A certain someone - Chapitre 58 - Exil
« Ge », murmura-t-il à voix basse.
Sheng Wang leva à moitié les yeux, encore vaseux, et aperçut Jiang Tian sur son téléphone, la main droite appuyée contre le bord de la vitre. Lorsqu’il posa la tête dans sa paume, son bras obstrua cette ouverture.
Le cœur de Sheng Wang manqua un battement, puis ralentit progressivement de nouveau.
La plupart des élèves dormaient dans le bus, certains étreignant encore à la dernière minute la jambe du Bouddha (NT : idiome signifiant s’accrocher à quelqu’un ou à quelque chose au dernier moment dans l’espoir d’obtenir de l’aide). Des ronflements étouffés, des bruissements de papier et des récitations à voix basse se faisaient entendre ; aucun de ces bruits n’était aussi sonore que le déluge de pluie à l’extérieur du bus.
Il observa Jiang Tian en silence pendant un moment et eut soudain le sentiment que les paroles de Porte-bonheur n’étaient pas tout à fait exactes. Cette journée n’était pas uniquement consacrée à la raison.
« Ge », l’appela-t-il doucement.
Le doigt de Jiang Tian s’immobilisa dans les airs et il se tourna vers lui avec surprise.
« Je voulais simplement te prévenir : réveille-moi lorsque nous serons sur le point d’arriver. » Après avoir parlé, Sheng Wang bâilla et s’effondra comme un roseau flétri.
Jiang Tian se remit finalement de cette façon de l’appeler. Il fronça les sourcils en regardant le teint de Sheng Wang. « Tu ne vas pas bien ? »
« Noooon », traîna Sheng Wang, comme s’il avait encore quelque chose à dire. Il sortit son téléphone et tapa sur WeChat à l’intention de Jiang Tian : Le style de conduite de l’oncle chauffeur est un peu trop sauvage, j’ai le mal des transports.
Les yeux de Jiang Tian s’arrêtèrent sur ce nom d’affichage. La dernière fois qu’il l’avait vu, c’était son nom complet. À un moment donné, il ne savait pas exactement quand, il était soudainement devenu « Ge ».
Il resta brièvement étourdi. Lorsqu’il revint à lui, Sheng Wang avait déjà récupéré son téléphone et s’était rendormi.
Une fois cette paire d’yeux clairs et brillants fermée, le sourire radieux, ou parfois espiègle, qui apparaissait au coin de ses lèvres s’effaça et s’aplatit en une ligne droite ; une lourde expression de découragement apparut instantanément.
Il semblait quelque peu affaibli, légèrement mal à l’aise et pas particulièrement heureux non plus.
*
Les examens de mi-session durèrent deux jours. Cette fois-ci, les épreuves d’anglais, de mathématiques et de physique furent toutes difficiles. Des hurlements et des gémissements retentirent dans tout le couloir, formant une immense vague descendante chaque fois qu’une épreuve prenait fin. Au terme de chaque sujet, les élèves étaient pratiquement morts de fatigue.
Lorsque les chauffeurs des bus scolaires ramenèrent les élèves à Fuzhong, ils eurent l’impression de conduire une veillée funèbre.
Quant à Sheng Wang, la difficulté d’une épreuve, le manque de sommeil, le fait d’aimer quelqu’un : rien de tout cela n’avait d’incidence sur lui. Il n’allait pas devenir assez stupide pour être incapable de répondre aux questions simplement parce qu’il avait canalisé son agitation dans la mauvaise direction.
Il était le seul à pouvoir contrôler ses notes ; ce n’était pas une question de capacités, mais de volonté.
Lorsqu’ils descendirent du bus, la moitié de la classe A comparait déjà ses réponses avec celles des autres, tandis que l’autre moitié se criait dessus : « J’ai complètement raté cette question, et toi ? » « J’ai fait tellement d’erreurs sur celle-ci, et toi ? » « Je n’ai presque pas réussi à terminer toutes les questions, et toi ? »
Sheng Wang avait toujours dit : « Ca va bien. » Cette fois-ci, tout était devenu : « C’est moyen. »
La première fois qu’ils entendirent cela, Gao Tianyang, Song Sirui et les autres s’arrêtèrent tous sincèrement, mais ce fut tout ce qu’ils firent. Personne ne prit réellement cette remarque au sérieux.
Ce ne fut que lorsque les quelques écoles eurent terminé de corriger les copies que les gens comprirent ce que cette phrase signifiait.
C’était un mercredi, ce jour-là.
Jiang Tian se réveilla en sursaut vers cinq heures du matin et, lorsqu’il ouvrit les yeux, il découvrit que la porte du balcon avait été grande ouverte par le vent à un moment donné. Un oiseau arriva en trombe, ses plumes trempées, éclaboussant toute une zone de boue humide, renversant un verre d’eau, puis s’envola dans une bourrasque.
La boue humide avait taché les vêtements de Jiang Tian, qu’il venait de mettre à sécher. Le verre lui appartenait également, et l’eau avait trempé le livre le plus proche : le recueil de problèmes d’olympiade mathématique de Jiang Tian.
Il nettoya ce terrible désordre sur la table et retira les vêtements sales pour les laver de nouveau, perdant ainsi complètement toute trace de somnolence. Il remit sous la couverture la main pendante de Sheng Wang, puis le regarda pendant un moment tout en restant debout près du lit. Il finit par s’asseoir.
Pour une raison mystérieuse, il avait le sentiment que cette journée ne se déroulerait pas très bien.
He Jin entra dans la classe exactement à l’heure, quelques piles de copies de physique dans les bras ainsi que la liste complète des résultats de chacun.
Tout le vacarme qui régnait dans la classe se tut instantanément et tous les élèves se tinrent correctement. Ils fixaient avidement cette liste, dont un coin se soulevait sous l’effet du vent.
He Jin n’avait pas l’air d’aller particulièrement bien, mais elle avait généralement cette expression après chaque examen important ; personne ne fut donc surpris.
« Notre classe, dans son ensemble, a répondu aux attentes. Parmi les quatre écoles, nous avons obtenu la meilleure moyenne en physique et en mathématiques, la deuxième en chimie, la troisième en langue et la quatrième en anglais. La professeure Yang Jing n’est pas contente de cela. Préparez-vous à être réprimandés plus tard. »
Personne n’osa même respirer trop fort. Dès qu’ils pensèrent à Yang Jing, ils n’osèrent plus bouger.
« Il y a cependant un point positif cette fois-ci. » Les yeux de He Jin balayèrent toute la classe et s’arrêtèrent d’abord sur Jiang Tian. « La première place aux examens communs des quatre écoles revient à notre classe. Avec un score total de 480 points, le premier a laissé le deuxième à vingt et un points derrière lui. »
L’écart était plus important que lors du dernier examen commun : un nouveau record avait été établi. La classe A entra en ébullition pendant un moment. Alors que Gao Tianyang applaudissait, il se tourna vers Sheng Wang et s’exclama : « Il n’est pas humain, n’est-ce pas ! Mon Tian-ge n’est vraiment pas humain ! »
Sheng Wang rit et lui répondit en le soutenant : « Oui, il est complètement hors norme ! »
L’humeur de Jiang Tian s’améliora pendant ce bref instant. Le stylo qu’il tenait entre ses doigts vint frapper fermement l’épaule de Sheng Wang.
« Aïe, tu es vraiment déraisonnable. » Sheng Wang fit semblant d’avoir mal en se tenant l’épaule. « Tu ne me laisses même pas dire la vérité ?! »
He Jin frappa sur le pupitre et la classe se calma bientôt de nouveau. Elle déclara : « Je dois également souligner qu’il y a davantage d’élèves parmi les meilleurs que d’habitude. Par le passé, il y avait généralement plus de dix élèves classés parmi les quarante-cinq premiers. Cette fois-ci, il n’y en a que cinq. »
Les élèves voulurent instinctivement les féliciter et les encourager, mais, au moment où ils étaient sur le point de commencer, ils se rappelèrent soudain que ces cinq élèves devraient changer de classe et parvinrent à s’arrêter brusquement.
« Je demanderai bientôt à chaque chef de groupe de distribuer les fiches de résultats individuelles. » He Jin s’arrêta, puis poursuivit : « Ceux qui n’ont pas compris, venez me voir au bureau pendant la longue pause. Nous aurons une conversation. »
Sur ce, tout le monde comprit : ceux qui ne recevraient pas leur fiche de résultats étaient pratiquement exclus des quarante-cinq premières places.
Chaque chef de groupe se faufila dans la salle de classe. Moins de deux minutes plus tard, toutes les fiches de résultats étaient distribuées. Lorsque Gao Tianyang reçut la sienne, il faillit en sangloter de joie.
Il avait eu une chance incroyable : ses deux matières les plus faibles avaient été particulièrement difficiles cette fois-ci et, à l’exception des meilleurs élèves du sommet du classement, les résultats de chacun étaient assez proches, ce qui lui avait sauvé la mise. Par conséquent, son total de points lui permit d’obtenir exactement la quarante-cinquième place.
Il serra férocement sa fiche contre lui à deux reprises, puis se retourna aussitôt pour partager sa joie avec Sheng Wang. Pourtant, son visage se figea la seconde suivante : il n’y avait aucune fiche sur la table de Sheng Wang.
Le vacarme de la salle se dissipa complètement en un instant. Il suffit à chacun de jeter un coup d’œil autour de lui pour comprendre le résultat du « changement de classe » cette fois-ci.
Les cinq élèves qui devaient changer de classe étaient Zhang Xin, Zhou Sitian, Zhao Rui, Wang Zelin… ainsi que Sheng Wang.
À cet instant, la salle de classe devint silencieuse.
Sheng Wang inclina légèrement la tête et vit que le stylo dans la main de son Ge avait cessé de tourner. Avec un claquement sec, il tomba sur la table.
Il cligna légèrement des yeux et pensa : J’ai vraiment fait ce qu’ils disaient. Dès que j’ai commencé à être imprudent, je suis exactement comme Zhao Xi.
Cependant, il ne l’avait pas fait par imprudence. Il avait simplement décidé de s’exiler afin de retrouver un peu de calme.
Cela pouvait faire légèrement mal, mais il irait bientôt mieux.
Traduction: Darkia1030
Correction: Religieuse Aucafé
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