« Je ne les méprise pas… »
Mu’en demeura un instant déconcertée. Ces deux livres, dont elle ignorait tout, dégageaient pourtant une aura qui la poussait instinctivement à reculer… Étaient-ils vraiment des ouvrages destinés à enseigner les connaissances élémentaires ?
Pourtant, comparés à la terreur glaciale qui l’avait saisie face à toute la bibliothèque, ces deux livres paraissaient en réalité beaucoup plus « normaux ».
Mieux encore, cette aura exerçait au contraire une étrange attraction, éveillant l’envie de les ouvrir pour en percer les mystères.
Mais c’était précisément ce sentiment qui rendait Mu’en méfiante.
Cela signifiait que ces deux livres, rien qu’en étant posés là, possédaient déjà le pouvoir d’influencer l’esprit.
Elle fit donc un pas en arrière.
Cependant, l’homme devant elle venait de prononcer des mots tels que « C’est la base, et tu auras encore beaucoup à apprendre par la suite », ce qui ébranla profondément les connaissances fragiles qu’elle avait acquises au laboratoire, ainsi que la résistance instinctive qu’elle éprouvait.
L’expression de Lin Jie était d’un naturel désarmant, son regard d’une droiture absolue, et même sa voix portait l’autorité tranquille qu’il avait autrefois en tant que maître de conférences à l’université.
C’était cette présence si caractéristique du professeur disant : « Étudiants, cette question est très simple. Qui veut répondre ? Si personne ne lève la main, j’interrogerai quelqu’un. » Une aisance souveraine, mêlée à une pression redoutable.
Se pouvait-il… que ce soit réellement des connaissances fondamentales ?
Mu’en hésita un instant, puis reposa le registre qu’elle tenait entre les mains. Jetant un regard à Maître Lin, qui lui souriait avec une expression pleine d’encouragement, elle tendit finalement les mains pour accepter les deux livres.
Au moment même où ils touchèrent ses paumes, elle sentit un léger frisson traverser son âme.
Lin Jie lui caressa la tête avec satisfaction.
« Voilà, c’est comme ça. Ne rejette pas l’apprentissage. Il est certes douloureux, mais il est d’une immense utilité ; c’est un escalier de progrès sans fin, toujours à portée de main. Et ne le considère jamais avec arrogance. Une maison ne peut pas se réduire à son toit : elle a besoin de fondations solides, puis de briques accumulées étage après étage pour devenir un édifice complet et robuste.
« Cette maison sera désormais la forteresse la plus solide de ton cœur lorsque tu devras affronter toutes les épreuves. »
Il poursuivit : « Ces choses que tu ne perdras jamais seront ton plus grand soutien. Tout le reste, les possessions extérieures, n’est au fond rien du tout. Seule ta sagesse te permettra de garder confiance lorsque tu seras dans l’adversité, et de rester lucide lorsque le succès te sourira. »
Lin Jie plongea profondément son regard dans celui de la jeune fille, posa une main sur son épaule et laissa parler son cœur : « Voilà ta véritable force. »
Cette fois, il ne récitait pas quelque maxime réconfortante, mais exprimait sa propre conviction et la philosophie qui guidait sa vie.
L’existence qu’il avait menée depuis sa transmigration n’avait plus rien de commun avec celle qu’il connaissait auparavant. Les difficultés qu’il avait traversées étaient impossibles à raconter entièrement, mais il les avait toutes surmontées une à une, jusqu’à parvenir aujourd’hui à gérer sa librairie avec méthode et sérénité.
Et ce sur quoi il s’était appuyé n’avait jamais été uniquement son éloquence, mais bien davantage les compétences et les connaissances qu’il avait acquises autrefois.
Lin Jie prit un air solennel. « Souviens-toi de ceci : tout ce que tu acquiers n’est jamais dénué de valeur. Les efforts que tu fais aujourd’hui servent à ce que, le moment venu, tu disposes de davantage de choix. Tu comprends ? »
Mu’en ne comprit qu’à moitié. Avec une expression encore candide, elle laissa échapper un petit « Oui », puis acquiesça en hochant sérieusement la tête. « J’étudierai avec application. »
Satisfait, Maître Lin retira sa main avant de déclarer avec une assurance absolue : « Le dernier enfant à peu près de ton âge qui a emprunté un livre chez moi est tombé amoureux de l’apprentissage sur-le-champ. Il en a aussitôt acheté plusieurs pour les rapporter chez lui, et les résultats ont été excellents. Alors ne t’inquiète pas de ne pas pouvoir le supporter : ce qu’il a pris était bien plus avancé que ce que je te donne, et tout s’est très bien passé. »
Puis il ajouta avec gravité : « Je te le dis, en tant que mon assistante, c’est une occasion en or que de pouvoir consulter gratuitement tous ces livres dans la librairie. »
À cet instant, Mu’en fut complètement étourdie par le flot ininterrompu de paroles de Maître Lin. Il ne lui restait plus qu’à hocher la tête instinctivement, comme un poussin picorant des grains. Quoi qu’il dise, cela devait forcément être juste.
Lin Jie s’éclaircit la gorge. « Bien, va lire. Il ne devrait pas y avoir de clients ces deux prochains jours. Commence par maîtriser ces bases ; je vérifierai régulièrement tes progrès, alors ne sois pas paresseuse. »
Mu’en déplaça la chaise réservée aux clients derrière le comptoir et commença ainsi sa vie d’étudiante.
Le processus d’« apprentissage » fut bien plus facile qu’elle ne l’avait imaginé. Comme la jeune fille artificielle ne possédait auparavant aucune connaissance véritablement structurée, il n’y eut pas cette étape de « renversement puis remplacement » des savoirs. Ses anciennes conceptions furent simplement ébranlées avant de fusionner rapidement avec les nouvelles connaissances qu’on lui inculquait.
À l’occasion, Mu’en relevait la tête vers Lin Jie, absorbé dans sa lecture, et songeait qu’il avait effectivement dit vrai sur un point : La Clé de la Porte : Connaissances générales ne contenait bel et bien que des connaissances fondamentales.
Mais l’étendue de ces « fondements » était tout simplement… démesurée. L’ouvrage couvrait pratiquement toutes les disciplines élémentaires, compétences, connaissances et instincts des humains comme des non-humains.
Et parmi les non-humains figuraient également les animaux, les plantes et les créatures surnaturelles…
Si Mu’en n’avait pas été presque totalement vierge de connaissances au départ, elle aurait été réduite à l’état d’idiote par l’immense et chaotique torrent d’informations dès la première page, avant d’être reconstruite en une existence dont nul n’aurait su dire la nature.
Même elle mit près d’une journée entière à s’arracher à cette masse de savoir.
Mu’en découvrit alors une méthode pour stocker les connaissances : construire dans son esprit un palais de la mémoire, où elle classait les informations trop vastes et trop disparates par catégories, ne conservant à portée immédiate que celles qu’elle avait déjà assimilées.
Lorsqu’elle en avait besoin, il lui suffisait de les puiser dans ce palais de la mémoire ; tout devenait alors beaucoup plus simple.
Quant au second ouvrage, Fondements des Runes, s’il était qualifié de « fondamental »… ce n’était pas faux. Seulement, il s’agissait des fondements propres aux sorciers blancs.
D’après les connaissances qu’elle tirait de son palais de la mémoire, ces runes constituaient la source même de la magie des sorciers blancs.
Les sorciers noirs puisaient leur pouvoir dans le langage ; les sorciers blancs, dans l’écriture.
À cela correspondaient respectivement les incantations des sorciers noirs et les runes des sorciers blancs.
Cependant, pour déployer véritablement la puissance d’un sorcier blanc, connaître des runes isolées ne suffisait pas ; l’essentiel résidait dans leur combinaison.
Et ce que Maître Lin contrôlait principalement, c’était précisément la partie consacrée à la lecture des caractères.
Maître Lin prit un manuel de chinois de l’école primaire, l’ouvrit à la leçon d’apprentissage des caractères et désigna l’un d’eux. « Que signifie ce caractère ? »
Mu’en leva la main. « La lumière et la flamme du Brûleur. »
Maître Lin resta un instant figé. Il baissa les yeux vers le caractère 火 (« feu ») qu’il pointait du doigt, avec l’étrange impression que son élève venait de passer directement du primaire à la quatrième.
Quelque chose clochait…
Et pourtant, au fond, ce n’était pas faux.
« Hum… Alors celui-ci ? » Il désigna 电 (« électricité »).
Mu’en leva de nouveau la main. « La lumière du tonnerre. »
« … Et celui-là ? » Il montra 本 (« racine », « origine »).
Mu’en réfléchit un moment, puis répondit avec une confiance absolue : « L’origine de toutes choses. »
Maître Lin referma son manuel et soupira d’admiration. « Tu apprends vraiment très bien, Mu’en. On dirait que tu as déjà tout assimilé. »
Il lui tendit le registre. « Je peux désormais te confier en toute tranquillité les responsabilités d’assistante de la librairie. »
Mu’en acquiesça et reçut le registre avec le plus grand sérieux.
Elle pensait avoir enfin compris pourquoi il lui avait demandé d’étudier tout cela…
Le patron avait certainement remarqué la peur qu’elle éprouvait envers les étagères et les livres qu’elles contenaient.
Dans cet état, elle aurait été incapable d’accueillir correctement les clients. Il avait donc commencé par l’entraîner afin qu’elle s’y habitue, tout en renforçant ses capacités.
Oui… il avait véritablement tout prévu.
Traduction: Darkia1030
Check: Black_Orchid
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