Weird disciple - Chapitre 100 - La fin qu'il ne voulait pas faire connaître (2)

 

S’infiltrer dans la Secte Vertueuse s’avéra plus facile qu’il ne l’avait pensé, grâce aux vastes connaissances de son partenaire en matière de formations. Repérer les points faibles et s’y faufiler lui vint presque naturellement. Il ne pouvait absolument pas laisser la Secte démoniaque découvrir à quel point tout cela lui était facile.

Contrairement à la Secte démoniaque, celle-ci se souciait un peu plus des apparences, remarqua Mingtian en débouchant dans le jardin des terrains supérieurs. Il n’avait pas eu le temps d’inspecter cette partie des lieux. Il n’avait pas accompagné Xie Yi lorsque celui-ci s’était rendu à la secte auparavant. Il connaissait la carte, mais c’était la première fois qu’il voyait lui-même cet endroit.

C’était paisible et magnifique.

Mal à l’aise, Mingtian avança sur la pointe des pieds. Le sol lui paraissait bien trop propre pour être foulé par lui.

L’odeur de Xiao Jie était partout dans ce coin, apaisante et familière. Il lui fut facile de la suivre jusqu’à l’une des maisons.

Avec aisance, il brisa les barrières à mains nues après s’être assuré que leur créateur ne le remarquerait pas, puis commença à escalader le mur. Les fenêtres étaient ouvertes : ils ne pouvaient pas rester constamment sur leurs gardes.

Mingtian fronça les sourcils en entrant. Une forte odeur de médicaments emplissait la pièce, une odeur qu’il reconnut. Elle était suffisamment puissante pour plonger même de solides cultivateurs dans le sommeil pendant un certain temps, et à présent elle flottait dans une pièce où se trouvait Xiao Jie.

Ses pas ne produisirent aucun bruit tandis qu’il s’approchait de plus en plus de la pièce où il pouvait sentir la présence de l’autre.

La porte n’était pas fermée. Il se glissa à l’intérieur et s’immobilisa brusquement.

Il avait pensé que l’aile de Xiao Jie était blessée, mais au bout du compte, il avait sous-estimé la situation.

Il s’avéra que le médicament destiné à l’endormir était davantage une miséricorde qu’autre chose. Contrairement à Xie Yi, Mingtian savait que Xiao Jie avait lui-même pris le vin, pleinement conscient de ses effets.

L’homme était une poupée brisée.

Son bras droit devait avoir été détruit au-delà de toute reconnaissance. Même après avoir été soigné, il n’avait pas retrouvé une apparence normale, et là où la peau s’était déchirée, d’horribles cicatrices subsistaient.

Le bras déformé pendait sans force au bord du lit, décoloré et difforme.

Les yeux de Mingtian le brûlèrent tandis qu’il les promenait le long du bras jusqu’au corps étendu sur le lit.

Xiao Jie était couché sur le ventre, la tête reposant sur son bras gauche, encore relativement intact. Quelqu’un avait fait de son mieux, mais son pouce avait disparu et les marques de ses blessures n’avaient pas bien cicatrisé. Son beau visage était sillonné de traces de larmes, ses yeux rouges.

Mingtian n’avait aucun doute qu’il passait chaque minute où il était éveillé à pleurer. Pour un oiseau aux ailes brisées… c’était un miracle qu’il se force à survivre.

Et ce n’étaient pas les seules marques que portait l’ancienne beauté immaculée.

Il n’était pas différent de Mingtian, qui, durant les centaines d’années précédentes, n’avait rien fait d’autre que se jeter dans des combats dangereux.

La jambe droite de Mingtian céda, faisant brusquement basculer son corps sur le côté. Il se rattrapa en s’appuyant contre le mur, la main tremblante.

La douleur était cuisante.

Il traîna son corps jusqu’au lit, tendant la main vers celle qui pendait au bord du matelas. Il effleura à peine les doigts qui semblaient si fragiles. Plus que de la vengeance, Mingtian ressentait la douleur de Xiao Jie. Il ne pourrait plus jamais voler ainsi. Une fois brisées à ce point, ses ailes lui seraient inutiles.

« Je suis désolé de ne pas avoir été avec toi », parvint-il à articuler en inclinant la tête contre celle de Xiao Jie.

La petite main dans la sienne était terriblement froide.

Xiao Jie ne pouvait pas être éveillé. C’était peut-être une cruelle ironie du destin que ses doigts tressaillent, réagissant peut-être à la chaleur ou à l’odeur de Mingtian.

D’une manière ou d’une autre, les doigts de l’oiseau bougèrent très légèrement contre ceux de Mingtian, scellant ainsi son destin.

Depuis le début, Mingtian était devenu négligent lorsqu’il avait commencé à se concentrer sur l’odeur de Xiao Jie.

Lorsqu’il était entré dans la pièce, sa vigilance était tombée au plus bas et, à cet instant, il ne remarqua plus rien d’autre.

C’était peut-être véritablement le destin.

La formation installée par un Grand Maître pour protéger sa famille se referma brutalement, emprisonnant celui qui avait osé pénétrer dans la pièce au moment même où il avait le plus relâché sa garde.

*

Ailleurs, Xie Yi se dirigeait lui aussi vers la Secte Vertueuse. Mais ce n’était pas, pour une fois, parce qu’il voulait voir l’homme qu’il aimait tant voir.

C’était parce que Mingtian n’était pas revenu.

Perplexe, Xie Yi se frotta la tête.

Il ne s’agissait que d’un bref déplacement, aussi n’avait-il pas informé les anciens, mais il fut surpris de se retrouver devant la Secte Vertueuse en suivant la piste laissée par son partenaire. Pourquoi Mingtian était-il venu ici ?

Ah, il devait avoir ses raisons.

Xie Yi traversa les formations sans la moindre inquiétude. Les formations se tordaient autour de lui, se tortillant de façon inconfortable, mais incapables de le retenir ou de fonctionner correctement.

Corrodées, la plupart se désagrégèrent en morceaux.

C’était tellement pratique depuis qu’il était capable de faire cela. Personne n’était alerté, mais les formations, elles, disparaissaient !

Détendu, Xie Yi se promena.

D’après ses perceptions, Mingtian se trouvait dans un grand bâtiment.

C’était le milieu de la nuit et personne ne se trouvait dans les environs, alors Xie Yi se dissimula simplement dans une formation spéciale et se dirigea vers le bâtiment. Celle-ci pouvait, d’une manière ou d’une autre, le rendre invisible. Il ne savait pas comment elle fonctionnait, mais les anciens avaient fait quelque chose et, désormais, elle le pouvait.

C’était également très pratique.

Le cultivateur traversa directement la porte et trouva l’escalier qui montait. Des voix descendaient de l’étage supérieur.

« Ce genre de chose ne s’était jamais produit auparavant. C’était vraiment angoissant, je te le dis ! Ça n’arrêtait pas de bouger ! »

« Et tu ne l’as pas arrêté ? Bon sang. Moi, je l’aurais jeté dehors. Tu es sûr que ça ne va pas prendre vie ? »

Les voix rauques discutaient entre elles en riant.

« Eh bien, c’est justement ça n’était pas vivant, alors ça devrait aller, non ? En plus, maintenant, c’est mort. »

Xie Yi regarda par la fenêtre.

La nuit était nuageuse et froide, assez désagréable. Il devrait bientôt rentrer.

« Maître Li t’a donné la permission, au moins ? »

« Nan. Mais allez, ça concerne Xue Hua. Je pense même lui avoir rendu service en ne le laissant pas tomber entre les mains de Maître Li. »

« Flippant. »

Ils rirent encore.

Xie Yi se tenait devant une pièce, la tête inclinée. C’était la même pièce d’où provenaient les voix.

Sans vraiment s’en soucier, il poussa la porte. Si les hommes le voyaient, tant pis. Il était simplement venu chercher Mingtian.

La pièce s’ouvrit devant lui.

La décoration n’était pas vraiment à son goût. De lourds rideaux de velours et de grands fauteuils rouges entouraient une table. La cheminée brûlait et deux hommes étaient assis en train de discuter. Des tableaux étaient accrochés aux murs et des bibliothèques se dressaient çà et là, invitant à rester.

Comme c’était l’hiver, ils avaient placé des fourrures sur le sol pour tenir tout le monde au chaud : une méthode rustique, mais courante.

Les yeux de Xie Yi se baissèrent.

Noire et grise, quelque peu rêche. Comme la fourrure était immense, elle couvrait à elle seule presque toute la pièce.

« H-Hé ! T-Tu es… »

Les hommes bondirent sur leurs pieds.

Xie Yi fixa encore le sol pendant une seconde.

Puis ses yeux remontèrent. Il cligna lentement des yeux en regardant les hommes et se déplaça.

Leurs têtes écrasées se vidèrent lentement de leur sang sur les fauteuils rouges, sans qu’une seule goutte n’atteigne le sol.

L’épée qui le maintenait légèrement en suspension dans les airs émit un faible bourdonnement. Il ne posa pas les pieds au sol.

Xie Yi se retourna pour revenir sur le côté de la pièce. Il regarda à nouveau autour de lui.

C’était étrange… Il pouvait sentir la présence de Mingtian dans les environs, mais il ne pouvait pas le voir. Enfin, il y avait aussi de mauvais jours pour les perceptions. Mingtian reviendrait de lui-même.

Il s’accroupit.

D’un mouvement de sa manche, les meubles et les corps disparurent de la fourrure. Avec des gestes lents, il la ramassa et la prit dans ses bras.

Mingtian était une bête qui avait erré pendant très longtemps ; peut-être était-il reparti. Ou bien il combattait un dragon. Il avait déjà fait ça auparavant.

La fourrure s’enroula plusieurs fois autour de lui avant qu’il ne puisse la porter. Elle était chaude et douce, pas du tout rêche.

« Mingtian, tu devrais me dire quand tu pars », marmonna Xie Yi. « Ce n’est pas gentil. Comment suis-je censé te retrouver ? »

Quoi qu’il en soit, il était probablement déjà sorti de la secte. Il n’était plus nécessaire de rester ici.

Xie Yi partit sans que personne ne le remarque.

La forêt était étrangement silencieuse autour de lui, ni le vent ni les animaux n’émettant le moindre son.

Un grondement sourd retentit et les nuages s’ouvrirent. Les gouttes de pluie se mirent à tomber à verse.

Xie Yi leva les yeux vers le ciel. La pluie ne le dérangeait pas, ce n’était que de l’eau. Quoi qu’il en soit…

Une goutte tomba sur la fourrure posée sur son épaule.

Xie Yi se retourna, revint jusqu’au grand arbre qu’il venait de dépasser et s’assit dessous.

En silence, il déplaça la fourrure pour la poser sur ses genoux, sans qu’un seul poil ne touche le sol ou l’arbre.

C’était une belle fourrure. Il la garderait pour lui.

Elle était très belle et sentait bon. Elle était également d’une douceur incomparable. Rien ne pouvait être comparé à son éclat sain et à ses couleurs intenses. Vraiment une belle fourrure.

Xie Yi sentit sa tête s’incliner.

L’arbre ne constituait pas un très bon abri : la fourrure avait quand même été mouillée. Si elle était détrempée d’eau salée, elle se collerait sur elle-même en séchant.

Il faudrait qu’il s’assure qu’elle reste dans son meilleur état.

C’était une si belle fourrure.

Il ne voulait vraiment pas la laisser derrière lui.

--

Note de l’auteur

Quel magnifique endroit pour terminer cette publication groupée. La pièce dans laquelle Xie Yi a trouvé la fourrure de Mingtian est la même que celle où Shi Yue l’avait amené après l’incident avec les puces. Si vous vous en souvenez bien, Xie Yi s’était recroquevillé dans un coin et avait murmuré qu’il n’aimait pas cette pièce.

Je pense que cela explique également ce qui a brisé Xie Yi. Ce n’était pas seulement la mort de Shi Yue : c’était la mort de Shi Yue, après que Xie Yi eut déjà perdu confiance en ses anciens, et après avoir perdu Mingtian, sa seule famille. Il ne s’est jamais remis de la mort de MingMing et ne l’a jamais affrontée. Il n’a fait que repousser toute pensée à ce sujet, en agissant comme si rien n’allait mal.

 

Traduction: Darkia1030

 

 

 

Créez votre propre site internet avec Webador