Après avoir assisté à la démonstration de patinage sur glace, Xiao Zhige et An Changqing rentrèrent tous deux à la résidence princière. À leur retour, ils aperçurent justement trois voitures arrêtées devant la porte latérale de la résidence, tandis que les serviteurs en sortaient les marchandises caisse après caisse.
An Changqing fit venir quelqu’un pour se renseigner et apprit qu’il s’agissait de la caravane marchande du Sud, qui était rentrée à Yejing et avait rapporté quantité de denrées et d’objets du Sud. Zhou Helan avait spécialement organisé qu’on les leur apporte.
À leur arrivée, presque toutes les caisses avaient déjà été déchargées. En entrant, ils virent plus d’une dizaine de grandes caisses en bois entassées dans la cour. Outre toutes sortes de tissus, il y avait également de nombreuses poudres et fards ainsi que des bijoux et parures. Le reste se composait de quelques ouvrages anciens et éditions rares soigneusement recueillis, de très bons pinceaux, de l’encre, du papier et des pierres à encre, ainsi que d’objets curieux et ingénieux.
Xiao Zhige déclara : « Zhou Helan a décidément pensé à tout. »
An Changqing jeta un coup d’œil et constata que toutes les caisses étaient déjà marquées du nom de leur destinataire. Les étoffes de soie, les tissus précieux, les fards et les bijoux étaient naturellement destinés à Yu Shi et An Xianyu.
Yu Shi avait reçu davantage de tissus, tandis que les parures et les bijoux étaient tous des pièces en or et en jade, précieuses et d’une élégance sobre. An Xianyu, quant à elle, avait reçu davantage de parures, pour la plupart ornées de pierres précieuses aux couleurs éclatantes, ainsi que de nombreuses poudres et fards.
Une autre caisse remplie d’ouvrages anciens était également destinée à An Xianyu. An Changqing jeta un regard au titre du livre placé tout au-dessus et se souvint vaguement qu’An Xianyu lui avait déjà parlé de cet ouvrage.
Quant aux pinceaux, à l’encre, au papier, aux pierres à encre et à quelques objets curieux et ingénieux, ils étaient destinés à An Changqing, ainsi qu’au petit prince héritier et à la petite princesse.
Il avait effectivement beaucoup pensé à eux. An Changqing fut quelque peu satisfait de ce futur beau-frère et dit : « Faites porter toutes ces caisses à la cour Shou’an et à la cour Qingyi, et dites qu’elles ont été envoyées par le jeune maître Helan. »
Les serviteurs obéirent à ses ordres et emportèrent les caisses.
Xiao Zhige demanda ensuite : « J’ai entendu dire que Zhou Helan avait participé cette année à l’examen provincial ? »
« Oui. Il souhaite passer les examens impériaux pour entrer dans la fonction publique. Je pense que servir comme fonctionnaire lui conviendrait mieux que de faire du commerce. De toute façon, maintenant que les mines de jade ont été rendues publiques, nous ne manquons plus de main-d’œuvre. »
Après l’accession de Xiao Zhige au trône, les mines de jade qui étaient autrefois exploitées secrètement furent également déclarées officiellement ouvertes. Chang Zaichang prit en charge l’ensemble des opérations d’extraction à Liangzhou, après quoi les pierres étaient acheminées vers les différentes préfectures et commanderies. Quatre-vingts pour cent des bénéfices étaient versés au trésor impérial.
Après que Zhou Helan eut confié à Chang Zaichang tous les hommes qu’il avait autrefois formés, il retourna lui-même à Yejing pour préparer les examens.
Après le banquet organisé pour l’accueillir et la longue conversation qu’il avait eue avec An Changqing, il ne lui fallut que quelques jours pour trouver une demeure située à une distance raisonnable de la résidence princière et y emménager avec sa mère. Il se consacra ensuite entièrement à la préparation des examens. Bien qu’il se rende rarement à la résidence princière pour leur rendre visite, il entretenait des relations suivies avec eux et envoyait de temps à autre des serviteurs apporter à la résidence toutes sortes de denrées et d’objets utiles.
Zhou Helan était un homme intelligent. Lorsqu’il vendait autrefois du jade brut dans le Sud, il s’était également constitué de nombreuses relations et avait acquis de nombreuses propriétés. Bien qu’il ne fût pas encore entré dans la fonction publique, sa fortune familiale était déjà considérable.
Xiao Zhige pensait lui aussi que Zhou Helan était un homme de talent. Il acquiesça et dit : « Il y a quelques jours, Ji Anmin m’a encore dit que les résultats de l’examen provincial allaient bientôt être publiés. À voir les copies que les examinateurs locaux ont envoyées, il semble qu’il y ait plusieurs candidats qui sortent du lot. Il se pourrait bien que l’examen métropolitain de cette session soit plus brillant que ceux des années précédentes. »
Au début de son règne, afin d’attirer des hommes de talent, il avait spécialement ordonné l’organisation d’un examen impérial exceptionnel. Ji Anmin en avait été nommé examinateur principal. En octobre, les différentes préfectures et commanderies avaient organisé en supplément les examens provinciaux. Une fois les résultats de ces examens publiés, l’examen métropolitain devait avoir lieu à la mi-février de l’année suivante.
An Changqing avait toute confiance en Zhou Helan. « Il se pourrait bien que Zhou Helan soit justement l’un de ces quelques candidats. »
Xiao Zhige estimait certes que ce n’était pas impossible, mais en voyant la confiance qu’An Changqing accordait à Zhou Helan, il ne put s’empêcher d’éprouver une pointe de jalousie. Il demanda à voix basse : « Nuonuo, comment peux-tu en être si certain ? Tu as donc une telle confiance en lui ? »
An Changqing lui lança un regard en coin et répondit avec un sourire qui n’en était pas un : « Je dois naturellement avoir confiance en lui. C’est tout de même le futur gendre que la résidence du prince Yan a choisi. »
« … »
Xiao Zhige se frotta le nez et toussota légèrement avant de dire : « Zhou Helan est effectivement digne d’An Xianyu. S’il parvient réellement à figurer au tableau des lauréats, je leur accorderai personnellement leur mariage. »
An Changqing sourit. « Dans ce cas, permets-moi de remercier Sa Majesté au nom d’An Xianyu. »
Xiao Zhige lui prit la main et l’entraîna vers la cour principale. Puis, incapable de s’en empêcher, il se pencha à son oreille et murmura : « Ta sœur est ma sœur. Entre membres d’une même famille, pourquoi faire tant de cérémonies ? Si le prince Yan veut vraiment me remercier, il n’a qu’à montrer un peu de sincérité… »
Sa voix n’était presque plus qu’un souffle, et son haleine chaude effleura la peau d’An Changqing, y faisant naître un léger frisson.
Ils avaient été séparés plusieurs jours et n’avaient pas eu de véritable intimité depuis longtemps. Le cœur d’An Changqing s’agita quelque peu, mais il songea ensuite au fait que Xiao Zhige avait été privé de sa compagnie durant plusieurs jours. S’il cédait réellement à ses désirs, il craignait que les choses ne deviennent incontrôlables.
Il détourna donc légèrement le visage pour éviter ses gestes affectueux et lui lança un regard de côté. « Puisque c’est ainsi, je ne te remercierai pas. »
N’ayant pas réussi à obtenir ce qu’il espérait, Xiao Zhige ne se montra pas déçu. Une fois de retour dans leur chambre, ils firent chacun leur toilette, puis il les fit aller se coucher de bonne heure.
Un brasero installé sous le sol chauffait la pièce. Leurs vêtements de nuit n’étaient pas très épais. Xiao Zhige encercla entièrement An Changqing dans ses bras comme s’il s’agissait d’un enfant, emprisonna également ses jambes entre les siennes et le serra étroitement contre lui, leurs joues et leurs tempes se frôlant.
Après avoir dormi seul plusieurs jours, l’empereur avait enfin retrouvé l’homme qu’il aimait dans ses bras. Il ne put s’empêcher de laisser échapper un soupir de satisfaction.
An Changqing se sentait lui aussi extrêmement bien. Les hommes avaient naturellement un tempérament ardent ; en hiver, Xiao Zhige était comme un grand brasero, son corps tout entier dégageant une chaleur agréable. Ses mains et ses pieds, qui avaient facilement tendance à se refroidir, étaient parfaitement réchauffés et ne ressentaient pas la moindre fraîcheur.
Seulement, tous deux étaient de jeunes hommes et avaient été séparés plusieurs jours. Il y avait donc quelque chose de l’ordre du bois sec et du feu ardent entre eux.
Au début, An Changqing avait pensé qu’ils se contenteraient de dormir enlacés et qu’ils ne feraient absolument rien d’autre. Mais après que Xiao Zhige eut encore insisté à plusieurs reprises, il finit par abandonner toute résistance et céda à ses désirs, partageant avec lui une nuit d’intimité.
*
Après une nuit de passion, ils devaient encore se rendre à la cour le lendemain, avant même l’aube.
Xiao Zhige avait le visage rayonnant. Il essora lui-même une serviette chaude pour essuyer le visage d’An Changqing.
En voyant son air plein d’énergie, An Changqing ne put s’empêcher de l’envier quelque peu. Il sortit un pied des couvertures et lui donna quelques petits coups. « Comment se fait-il que tu ne soies absolument pas fatigué ? »
C’était pourtant clairement Xiao Zhige qui avait fourni le plus d’efforts, mais il semblait aussi frais que s’il ne s’était rien passé, voire encore plus énergique. À l’inverse, lui qui avait fourni moins d’efforts avait les paupières lourdes et tout le corps endolori. C’était vraiment exaspérant.
Xiao Zhige le laissa lui donner des coups. Il attrapa même son pied au passage et lui enfila ses chaussures en souriant. « Je pratique les arts martiaux tous les jours. Il est donc naturel que je ne sois pas fatigué. Pourquoi ne te joindrais-tu pas à moi pour pratiquer les arts martiaux à l’avenir, Nuonuo ? »
Tout en parlant, il lui pinça la cheville et la compara à son propre poignet. « Elle n’est même pas aussi épaisse que mon poignet. Tu devrais vraiment t’entraîner davantage. Sinon, lorsque tu seras plus âgé, ta santé risque de ne pas être très bonne. »
An Changqing prit son poignet et le regarda. Il ne put s’empêcher de faire la moue.
Xiao Zhige pratiquait les arts martiaux depuis son enfance. Son corps était robuste et puissant, mais il n’avait pas pour autant la carrure massive et grossière de certains généraux, qui leur donnait une apparence lourde et peu élégante.
Au contraire, il était grand et droit, avec une ossature solide recouverte de muscles fermes. À première vue, il était manifestement différent d’un jeune maître lettré et délicat comme An Changqing, peu habitué au travail physique.
Cet homme ressemblait à une bête sauvage qui avait retenu ses griffes et ses crocs ; tout son corps semblait imprégné d’une force contenue.
An Changqing réfléchit sérieusement aux paroles de Xiao Zhige, puis reconnut qu’il avait raison. « Dans ce cas, lorsque tu te lèveras tôt pour pratiquer tes exercices à l’avenir, appelle-moi et je m’entraînerai avec toi. »
Xiao Zhige, à le voir ainsi, était manifestement doté d’une excellente constitution et semblait destiné à vivre cent ans. Il ne pouvait tout de même pas être trop loin derrière lui.
« D’accord. »
Xiao Zhige sourit, le souleva du lit, l’aida à s’habiller, puis se rendit avec lui à la cour.
Ainsi, lors de la grande audience de ce jour-là, tous les ministres virent le visage de l’empereur, qui avait été sombre durant plusieurs jours, soudain s’éclaircir. En jetant ensuite un regard vers le prince Yan, placé au premier rang, ils constatèrent également qu’il avait le teint frais et les lèvres étirées en un sourire. Ils purent alors tous pousser un soupir de soulagement. À l’évidence, les deux époux s’étaient réconciliés.
*
Après l’entrée dans la période des trois-neuvièmes (NT : 18 à 20 jours après le solstice d’hiver, soit début janvier), à mesure que la fête du Nouvel An approchait (NT : nouvel an chinois, en général fin janvier début février), les affaires se firent de plus en plus nombreuses.
La première affaire fut l’affichage des résultats de l’examen provincial : Zhou Helan avait remporté d’un seul coup le titre de jieyuan (NT : premier lauréat de l’examen provincial).
Bien qu’An Changqing eût auparavant discuté avec Xiao Zhige et estimé que Zhou Helan devait obtenir un assez bon résultat, ils ne s’étaient tout de même pas attendus à ce qu’il remporte directement le titre de jieyuan.
À l’origine, Zhou Helan était peu connu et n’avait même que rarement fréquenté une académie. Mais après la publication des résultats de l’examen provincial, sa renommée s’envola soudainement et il devint l’un des candidats les plus en vue pour remporter l’examen métropolitain de l’année suivante.
Non seulement des camarades de promotion avec lesquels il n’avait pourtant que peu de relations vinrent lui rendre visite, mais de nombreux entremetteurs se présentèrent également chez lui pour proposer des mariages.
Dans Da ye, il existait depuis toujours une tradition consistant à « capturer un gendre sous le tableau des résultats ».
Seulement, il était difficile de mettre la main sur le premier, le deuxième ou le troisième lauréat du classement final. De nombreuses familles souhaitant prendre les devants et s’assurer un gendre promis à un brillant avenir tournaient donc plutôt leur attention vers les candidats arrivés en tête de l’examen provincial.
Zhou Helan en était justement un exemple. Après avoir obtenu le titre de jieyuan, à condition de ne pas commettre d’erreur lors de l’examen métropolitain, il était pratiquement certain d’obtenir le statut de jinshi (NT : diplômé de l’examen impérial supérieur). S’il se montrait encore plus brillant et parvenait à accéder à l’examen devant l’empereur, son avenir serait alors véritablement sans limites.
Ainsi, la résidence des Zhou, autrefois délaissée et silencieuse, devint soudain très animée.
Zhou Helan continuait certes à accepter comme auparavant les invitations à boire et à manger, mais chaque fois qu’un entremetteur venait proposer un mariage, il refusait sans la moindre hésitation.
Cela lui valut les critiques de nombreuses personnes, qui disaient qu’il se considérait supérieur aux autres. Certains allèrent même jusqu’à faire des remarques sur son ascendance Xiqiang.
Zhou Helan, cependant, traitait toutes ces paroles comme du vent. Il se contenta de faire envoyer spécialement une nouvelle caisse d’ouvrages anciens à la résidence princière.
Il ne précisa pas à qui elle était destinée, mais dans toute la résidence princière, seule An Xianyu aimait collectionner ces ouvrages anciens et éditions rares.
An Changqing apporta lui-même les livres anciens à la cour Qingyi. Il y trouva An Xianyu occupée à broder un mouchoir. Elle y avait déjà brodé des litchis, des longanes et des noix, formant clairement le motif de « réussir trois examens consécutifs en arrivant premier ».
(NT : Motif auspicieux traditionnel. Ces trois fruits sont ronds. Or, en chinois, 圆 (yuán, « rond ») est homophone de 元 (yuán, « premier rang »).
An Changqing haussa un sourcil et la taquina volontairement : « Ce mouchoir est-il destiné à être offert à ton frère ? »
An Xianyu rangea son aiguille. Lorsqu’elle leva les yeux et aperçut l’expression moqueuse de son frère, elle répondit avec une certaine timidité : « Puisque tu l’as deviné, pourquoi me le demander délibérément ? »
An Changqing demanda aux serviteurs de déposer les ouvrages anciens, puis désigna la caisse en bois. « Ils ont été envoyés par Helan. J’ai entendu dire que, ces derniers jours, de nombreux entremetteurs se rendaient chez les Zhou pour proposer des mariages. »
An Xianyu feuilleta les ouvrages anciens, un sourire paisible aux lèvres. « Il possède une vaste culture. Si son origine familiale ne l’avait pas entravé, il y a longtemps que de nombreuses personnes seraient venues proposer un mariage. »
« Tu n’es vraiment pas inquiète du tout ? » la taquina An Changqing.
« Lorsqu’un beau jade et un homme de talent commencent à révéler leur éclat, les abeilles folles et les papillons turbulents ne peuvent que se précipiter vers eux. »
An Xianyu baissa les yeux et poursuivit doucement : « S’il n’était pas aussi exceptionnel, je ne serais pas tombée sous son charme. »
Puis elle agita légèrement l’ouvrage qu’elle tenait dans ses mains et sourit. « De plus, n’est-il pas justement venu immédiatement me rassurer ? »
Depuis son séjour à Yanzhou, le caractère d’An Xianyu s’était beaucoup animé et elle était devenue plus mûre dans sa manière d’aborder de nombreuses choses.
En voyant la tranquillité et l’assurance qui se lisaient sur son visage, An Changqing comprit manifestement qu’elle ne se tourmentait pas à cause de cette affaire et fut d’autant plus rassuré.
Il lui caressa les cheveux. « Et moi qui craignais que tu ne soies contrariée en l’apprenant, au point de venir spécialement pour te réconforter. »
An Xianyu pinça les lèvres et sourit, puis s’inclina légèrement. « Dans ce cas, tu es probablement venu pour rien. »
An Changqing rit malgré lui. Il prit encore le temps de lui parler longuement de l’examen métropolitain avant de partir.
Au moment de partir, il demanda également à emporter le mouchoir sur lequel elle venait d’achever le motif de « réussir trois examens consécutifs en arrivant premier ».
An Xianyu était naturellement réservée. Même si elle souhaitait féliciter Zhou Helan, les convenances lui interdisaient de lui remettre elle-même un présent privé. Elle avait certes terminé ce mouchoir, mais il était évident qu’elle ne le ferait jamais parvenir directement entre les mains de Zhou Helan.
Si le mouchoir passait par An Changqing avant d’être remis à Zhou Helan, personne ne pourrait les accuser de quoi que ce soit, et les sentiments des deux jeunes gens seraient également préservés. C’était donc la solution idéale.
*
Quelques jours seulement après la publication des résultats, commença la période des trois-neuvièmes.
La fête du Nouvel An n’était plus qu’à quelques jours. Après avoir été longuement préparées, les festivités de patinage sur glace allaient enfin commencer officiellement.
Le vingt-cinquième jour du douzième mois lunaire, Xiao Zhige conduisit les fonctionnaires civils et militaires au pavillon Lingxiao afin d’assister ensemble aux festivités de patinage sur glace.
C’était le troisième des trois-neuvièmes, et le froid était glacial. Une épaisse couche de glace s’était formée sur le cours d’eau.
Plus de deux mille soldats, vêtus d’habits dorés, tenaient des étendards militaires entre leurs mains et chaussèrent des patins à glace avant de gagner successivement la surface gelée.
(NT : Les démonstrations de patinage sur glace à des fins militaires, à l’origine une tradition des Mandchous, étaient une pratique bien réelle et documentée dans la Chine ancienne, en particulier sous la dynastie Qing (1644-1912))
Au milieu de cette vaste étendue blanche, une masse dorée apparut soudain, tantôt semblable à un roc déployant ses ailes, tantôt à un lion se disputant une balle…
Les soldats glissèrent rapidement sur la glace, formant successivement toutes sortes de formations. Finalement, ils se rassemblèrent en un même point pour former un immense dragon doré.
Le dragon s’éleva depuis le sud-ouest de la patinoire et se dirigea vers le nord. Lorsqu’il passa devant le pavillon Lingxiao, le dragon doré prit soudain une posture d’inclinaison respectueuse. Plus de deux mille soldats crièrent alors d’une seule voix : « Puisse Votre Majesté vivre mille automnes, et puisse Daye connaître une paix éternelle ! »
L’élan était majestueux, et leurs voix se propagèrent dans toutes les directions, leurs résonances ne cessant de retentir, comme si un véritable dragon doré poussait son rugissement.
Xiao Zhige se leva et leva sa coupe en guise de réponse.
Le dragon doré incliné changea alors brusquement de formation. Après avoir effectué un tour, il repartit dans une posture ascendante en direction du nord-est.
Cette année-là, parmi les festivités de patinage sur glace, la démonstration d’ouverture, avec ses formations exécutées sur patins, fut incontestablement la plus impressionnante.
Le Grand Pilier de l’État Shentu Xu plissa les yeux. Il désigna au loin un soldat tenant un étendard rouge, dont les traits étaient impossibles à distinguer, et dit en riant : « C’est ce vaurien de ma famille. Celui qui tient l’étendard à la tête du dragon. Vous le voyez ? »
Xiahou Shang, assis à côté de lui, sourit. « Comme on le dit, les héros naissent parmi les jeunes. J’ai entendu dire que Sa Majesté vous avait récemment demandé de lui céder quelqu’un ? Nous aussi, nous vieillissons. Lorsque nous étions jeunes, nous avons nous aussi été à la tête du dragon. »
L’un des deux avait demandé à prendre une retraite honorable, tandis que l’autre avait autrefois été le supérieur militaire et le maître de Xiao Zhige. À présent, ils chantaient à l’unisson, manifestement pour rassurer les esprits et apaiser les inquiétudes à l’égard de l’empereur.
Xiao Zhige était jeune et plein d’ardeur, et venait en outre des rangs militaires. Il connaissait parfaitement les avantages et les défauts de l’organisation militaire de Daye.
Des rumeurs circulaient depuis longtemps : l’empereur souhaitait reprendre le contrôle de l’armée et, à l’avenir, il n’y aurait plus six Grands Piliers de l’État (NT : hauts dignitaires militaires); les douze généraux appartiendraient eux aussi au passé.
Après la diffusion de ces rumeurs, les esprits commencèrent à s’agiter dans l’armée.
Le pouvoir impérial et le pouvoir militaire avaient toujours été des forces difficiles à concilier. À l’époque où le fondateur de la dynastie était encore en vie, il avait encore été possible de maintenir les six Grands Piliers de l’État sous contrôle. Malheureusement, les descendants qui lui succédèrent furent trop peu nombreux à être capables, tandis que la puissance des six Grands Piliers de l’État ne cessait de croître, menaçant progressivement l’autorité impériale.
Dans un passé récent, la famille Zhao avait tenté de se rebeller. Plus loin, les commandants militaires de Qingzhou et de Yongzhou avaient amassé leurs propres forces et s’étaient rendus indépendants, affichant une obéissance de façade, tandis que les puissants de leurs territoires s’appropriaient les terres, plongeant la population dans la misère.
Aucune de ces situations n’était tolérable pour l’empereur actuel. Un affrontement entre les deux camps était donc inévitable.
Shentu Bo avait toujours adopté une attitude modérée. Du vivant de l’empereur An Qing, il était resté loyal à l’empereur et ne s’était pas mêlé aux luttes pour la succession. Maintenant que Xiao Zhige avait accédé au trône, il avait lui-même demandé à retourner chez lui pour prendre une retraite honorable, craignant d’être entraîné dans les troubles.
À présent, il chantait le même refrain que Xiahou Shang, cherchant à gagner les esprits en faveur de l’empereur.
Chu Anliang afficha un sourire qui n’en était pas un et déclara : « Nous avons beau être âgés, nous sommes encore capables de servir Sa Majesté. »
Shi Lezheng, assis à côté de lui, sourit également. « À mon avis, le général Shentu est décidément trop prudent. »
Après la destruction de la famille Zhao, il ne restait plus que cinq des six Grands Piliers de l’État d’autrefois.
Xue Qi était le fils adoptif de la famille Shu. Après les événements qui avaient frappé la famille Shu, il s’était laissé gagner par le chagrin, était tombé malade à force de ruminer ses tourments et était désormais incapable de jouer le moindre rôle.
Il ne restait donc plus que les quatre hommes présents ici.
Shentu Bo et Xiahou Shang se tenaient manifestement du côté de l’empereur, tandis que Chu Anliang et Shi Lezheng avaient chacun leurs propres intentions et ne souhaitaient nullement abandonner facilement le pouvoir qu’ils détenaient.
D’autant que Chu Anliang et Shi Lezheng avaient auparavant entretenu des liens quelque peu ambigus avec le parti rebelle de Xiao Qi’an. Dans les circonstances présentes, ils répugnaient donc d’autant plus à céder devant l’empereur et à montrer la moindre faiblesse.
Ces derniers jours, l’armée semblait calme en apparence, mais les esprits étaient en réalité en pleine agitation.
De nombreux généraux craignaient que Xiao Zhige n’imite la dynastie précédente et ne s’en prenne à eux, ses officiers militaires, afin de reprendre le contrôle des forces armées.
Quant à Chu Anliang et Shi Lezheng, afin de rallier davantage d’alliés à leur cause, ils n’avaient cessé d’attiser les tensions.
Shentu Bo voyait très clairement leurs ambitions. Il secoua la tête et soupira : « Il faut savoir reconnaître son âge. Sa Majesté est dans la force de l’âge, travaille avec ardeur à gouverner et à renforcer l’État. Dans moins de trois ans, ce monde sera certainement différent de ce qu’il était autrefois. Nous autres vieillards devons faire preuve de discernement et laisser quelque peu de place aux jeunes. »
Son regard passa sur Chu Anliang et Shi Lezheng avant de se poser sur les autres généraux derrière eux. Il poursuivit : « Sa Majesté est issue des rangs militaires et se montre particulièrement attentive à nous autres anciens généraux. Nous devons également lui rendre cette bienveillance par une autre bienveillance et l’aider à porter ses préoccupations. »
Xiahou Shang caressa sa barbe et acquiesça : « C’est exactement cela. »
Par ces paroles, ils indiquaient clairement leur position à tous : la reprise du contrôle des forces armées par l’empereur était inévitable. Ceux qui remettraient volontairement leur pouvoir entre ses mains ne seraient pas maltraités par lui.
Quant au sort des généraux qui refuseraient de céder leur autorité et souhaiteraient continuer à disposer de leurs troupes à leur guise comme autrefois, cela était une tout autre affaire.
Alors qu’ils parlaient, un grand tumulte s’éleva soudain sur la patinoire.
Tous interrompirent leur conversation et regardèrent vers la glace. Ils virent alors Xiao Zhige retirer sa cape et descendre les marches.
Après la démonstration sur patins vint l’épreuve de la course aux étendards.
La course aux étendards consistait à planter à une extrémité de la patinoire des drapeaux de différentes couleurs, représentant différents niveaux. Les soldats participant à l’épreuve attendaient à l’autre extrémité.
(NT : épreuve de vitesse militaire sous la dynastie des Qing)
Une fois le départ donné, ils s’élançaient sur la glace en rivalisant de vitesse. Celui qui parvenait le premier à arracher un drapeau recevait une récompense.
Sur la patinoire se trouvaient un drapeau du dragon doré, trois drapeaux du lion rouge, cinq drapeaux de l’éléphant bleu et dix drapeaux noirs.
Le drapeau du dragon doré correspondait au premier rang et rapportait dix taels d’or. Les drapeaux du lion rouge correspondaient au deuxième rang et rapportaient cinquante taels d’argent. Les drapeaux de l’éléphant bleu correspondaient au troisième rang et rapportaient vingt taels d’argent. Les drapeaux noirs étaient de dernier rang et rapportaient cinq taels d’argent.
Les récompenses de cette course étaient particulièrement généreuses et les soldats attendaient depuis longtemps, impatients de participer.
Voyant qu’An Changqing regardait l’épreuve avec grand intérêt, Xiao Zhige sentit naître en lui une certaine volonté de se mesurer aux autres. Il voulut participer lui-même à l’épreuve afin qu’An Changqing puisse également voir de quoi il était capable.
Autrefois, Xiao Zhige avait passé de nombreuses années aux frontières et, de plus, il n’avait jamais été particulièrement apprécié par l’empereur An Qing. Il n’avait donc réellement jamais eu l’occasion de montrer ses talents dans une scène de ce genre.
Lorsque les soldats apprirent qu’il allait lui aussi participer, ils poussèrent tous des acclamations.
Après avoir retiré sa cape encombrante et revêtu une tenue noire ajustée, Xiao Zhige retourna sur la tribune et murmura à l’oreille d’An Changqing : « Je ne prête guère attention aux récompenses prévues pour cette épreuve. Si je remporte le premier rang, puis-je demander une autre récompense au prince Yan ? »
An Changqing était assis à ses côtés. En entendant cela, il sourit. « Tu es l’empereur. Qui oserait te battre ? »
« Je veux naturellement qu’ils donnent tout ce qu’ils ont », répondit Xiao Zhige en souriant. « Le prince Yan doit seulement me dire s’il accepte ou non. »
An Changqing le regarda en souriant. Il trouvait que, dans cette manière de réclamer une récompense, Xiao Zhige ne ressemblait nullement à l’empereur sage et posé qu’il était. Il ressemblait plutôt à un jeune homme impétueux, impatient de montrer ses capacités. Les coins de ses lèvres se relevèrent donc davantage.
« J’accepte. Mais tu dois les laisser donner tout ce qu’ils ont. »
Les yeux de Xiao Zhige brillèrent et il déclara avec assurance : « Regardez-moi bien, Nuonuo. Même s’ils donnent tout ce qu’ils ont, ils ne pourront pas me devancer. »
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Note de l’auteur :
Songsong : « Si je gagne, je veux que Nuonuo dorme avec moi, comme dans les petits livrets érotiques. »
Traducteur: Darkia1030
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