TTBE -Chapitre 119 — Examen métropolitain

 

NT : Dans le système des examens impériaux chinois :

  • 乡试 (xiāngshì) → examen provincial → permettait d’obtenir le titre de juren

  • 会试 (huìshì) → examen métropolitain, organisé dans la capitale → permettait aux juren de concourir pour le titre de gongshi

  • 殿试 (diànshì) → examen impérial, passé devant l’empereur → déterminait notamment le classement des jinshi

 

Quelques jours seulement après le banquet d’anniversaire d’An Changqing, la fin du deuxième mois lunaire arriva, marquant précisément le début de l’examen métropolitain.

Xiao Zhige chargea le grand censeur et le ministre du Temple Taichang de présider l’examen. Celui-ci se déroulerait au Gongyuan de Yejing et comportait trois épreuves au total. La première avait lieu le vingt-cinquième jour du deuxième mois ; une nouvelle épreuve se tenait ensuite tous les trois jours, jusqu’à la dernière, qui s’achevait le premier jour du troisième mois.

Dès les alentours du Nouvel An, les auberges, grandes et petites, de Yejing avaient déjà été peu à peu remplies par les candidats venus de toutes les régions pour passer l’examen.

Depuis que Xiao Zhige était monté sur le trône, il avait supprimé les impôts excessifs, destitué les fonctionnaires corrompus et appliqué une politique bienveillante dans toutes les préfectures et commanderies afin de permettre au peuple de reprendre des forces et de prospérer. La confiance du peuple envers la maison impériale de Daye, qui avait été ébranlée, s’était ainsi considérablement rétablie. De nombreux hommes talentueux qui, découragés par la corruption du monde administratif, avaient perdu toute ambition, avaient également retrouvé leur ardeur et leurs aspirations, et étaient accourus pour participer à cette session extraordinaire de l’examen impérial. Cette année-là, le nombre de candidats venus passer l’examen extraordinaire dépassait de très loin celui des années précédentes. À en juger par les copies envoyées depuis les différentes régions, on comptait en outre parmi eux nombre d’étudiants remarquables.

Comme Zhou Helan participait lui aussi cette fois aux examens impériaux, An Changqing accordait une attention particulière à cette session extraordinaire. Après la séance de la cour, il en parla avec le vice-ministre du Temple Taichang et soupira avec émotion : « De nos jours, dans toutes les rues et ruelles de Yejing, on peut voir des candidats vêtus de leurs robes d’étudiant. »

Le vice-ministre du Temple Taichang soupira lui aussi : « Ces dernières années, nous n’avions plus vu une scène aussi animée. »

Tous deux regardèrent à l’extérieur depuis le salon privé de l’auberge. La moitié de la salle principale était occupée par des candidats, pour la plupart de jeunes hommes, réunis en groupes et discutant à bâtons rompus. Peu importait pour l’instant la pertinence de leurs discussions : leur présence offrait à elle seule un spectacle d’une animation tout autre.

C’était grâce à ces jeunes gens emplis d’ambition que Daye pouvait devenir chaque année plus prospère et plus puissant.

An Changqing déclara : « Le ministre du Temple Taichang m’a encore dit hier qu’en raison du nombre exceptionnellement élevé de candidats venus à Yejing pour passer l’examen, les auberges comme les logements loués sont déjà tous complets. De nombreux candidats aux moyens modestes n’ont donc nulle part où loger. Il m’a proposé de libérer temporairement les hospices afin d’y accueillir ceux qui n’ont aucun endroit où poser leurs affaires. »

Quelques années auparavant, la situation de Daye était mauvaise. Les différentes régions souffraient d’une pauvreté et d’une faiblesse généralisées, et même permettre au peuple de remplir son estomac était devenu un problème. À présent, bien que nombre de candidats issus de familles pauvres aient réussi à réunir suffisamment d’argent pour se rendre dans la capitale et passer l’examen, beaucoup, afin d’économiser quelques frais de voyage, dormaient même la nuit devant les portes du Gongyuan en cette période où le froid printanier n’avait pas encore totalement disparu, attendant simplement que le vingt-quatrième jour, les portes du Gongyuan soient ouvertes et que les candidats soient autorisés à entrer dans les salles d’examen.

Ces candidats pauvres n’étaient pas rares. Le ministre du Temple Taichang en avait aperçu certains par hasard et, craignant qu’ils ne tombent malades ou ne soient incapables de tenir jusqu’au début de l’examen, il en avait parlé à An Changqing afin de sonder son opinion. Les ministres auxquels Xiao Zhige pouvait désormais confier de lourdes responsabilités n’étaient en effet pas des incapables. Seulement, Xiao Zhige n’était pas un souverain au tempérament doux, et les relations entre le souverain et ses ministres devaient encore s’harmoniser. Lorsqu’ils agissaient, les fonctionnaires avaient donc inévitablement quelques scrupules et n’osaient pas toujours aller de l’avant. Pour les affaires dont ils ne parvenaient pas à déterminer les intentions impériales, ils avaient pris l’habitude de commencer par sonder l’opinion d’An Changqing. Si le prince Yan ne s’y opposait pas, ils pouvaient alors présenter la proposition à la cour.

Le ministre du Temple Taichang était venu sonder son opinion la veille, mais n’avait pas encore eu le temps de soumettre l’affaire à la cour. Comme le vice-ministre du Temple Taichang l’avait justement invité à boire aujourd’hui, An Changqing donna son accord : « Je me chargerai de prévenir les responsables des hospices. J’enverrai également du riz et des vivres supplémentaires depuis les magasins de riz qui sont à mon nom. Commencez par faire installer les candidats. Quant au mémorial, vous pourrez le déposer ultérieurement. Sa Majesté est également favorable à cette affaire. »

Le vice-ministre du Temple Taichang lui porta un toast, le visage rayonnant de joie : « Je vous en remercie, Votre Altesse. Je vais immédiatement faire le nécessaire. Il reste encore deux ou trois jours ; cela permettra à ces candidats d’être convenablement installés et de bien se préparer à l’examen. »

Après avoir parlé, il s’excusa aussitôt auprès d’An Changqing et s’apprêta à partir le premier pour retourner à son administration afin de rédiger les documents officiels et de faire afficher une proclamation.

Cependant, à peine eut-il poussé la porte du salon privé qu’une vive agitation se fit entendre à l’extérieur. Les candidats qui, quelques instants auparavant, discutaient encore de la manière de gouverner le pays s’étaient, sans que l’on sache quand, mis à se quereller. On distinguait vaguement des mots tels que « prince Yan », « séduire par ses charmes » et « ignorer les relations humaines et la morale ».

Le vice-ministre du Temple Taichang jeta un coup d’œil à l’intérieur du salon privé, referma prudemment la porte et s’approcha de l’endroit d’où provenaient les cris. Ce ne fut qu’alors qu’il comprit clairement ce dont les candidats se disputaient.

Il s’agissait de quelques candidats originaires de Yanzhou qui s’étaient querellés avec des candidats de Bingzhou. Lorsque l’actuel souverain était encore prince, son fief se trouvait à Yanzhou et, durant son mandat, il avait gouverné la région à la perfection. Les candidats de Yanzhou en tiraient donc une grande fierté. Lorsqu’ils discutaient avec les autres candidats, ils ne manquaient pas d’en parler. Or, dès qu’il était question de l’empereur, il était difficile d’éviter de parler du prince Yan, d’autant plus qu’An Changqing avait accompli de nombreuses choses à Yanzhou : il avait fait parvenir du grain et des provisions sur mille li, avait défendu les villes aux côtés des soldats pour repousser les Beidi, puis avait conçu la roue hydraulique à godets destinée à l’irrigation et élaboré diverses mesures favorables au peuple… Qu’il s’agisse des soldats de Yanzhou ou des simples habitants, tous lui vouaient une grande estime.

Seulement, lorsque les quelques candidats de Yanzhou évoquèrent les diverses actions accomplies autrefois par l’empereur et le prince Yan à Yanzhou, deux candidats venus de Bingzhou les raillèrent avec mépris : « Ce n’est rien d’autre que se servir de sa beauté pour plaire aux autres et séduire le souverain. »

Cette remarque avait véritablement mis le feu aux poudres. Dans la salle principale de l’auberge, il suffisait qu’une table parle pour que tout le monde entende distinctement. À plus forte raison, beaucoup de personnes, déjà curieuses au sujet des affaires de Yanzhou évoquées par les candidats, tendaient l’oreille pour écouter.

À peine les deux candidats de Bingzhou eurent-ils prononcé ces paroles que des candidats des commanderies et districts environnants de Yejing se levèrent, indignés, pour les accuser d’être des loups aux yeux blancs (NT : idiome, des ingrats). Les quelques candidats de Yanzhou qui avaient lancé la discussion étaient eux aussi furieux. Leurs paroles devinrent même plus grossières : après avoir énuméré les mesures bienveillantes prises par l’empereur et le prince Yan, ils les insultèrent sans ménagement en les traitant de gens qui mangeaient la viande une fois le bol entre les mains, puis insultaient leur mère dès qu’ils posaient les baguettes.

Le nouvel empereur était monté sur le trône depuis déjà six mois. Si, au début, certains avaient encore émis des réserves au sujet de son refus de prendre une impératrice ou de constituer un harem, ainsi que de sa faveur exclusive envers le prince Yan, après qu’An Changqing eut commencé à participer aux affaires de l’État et accompli nombre de choses bénéfiques au peuple, les accusations selon lesquelles il « séduisait le souverain par ses charmes » s’étaient progressivement tues. Au cours de ces six mois, même un aveugle aurait pu voir que l’empereur était profondément attaché à lui et l’aimait véritablement. Quant au prince Yan, il n’avait pas laissé la moindre prise aux censeurs : tout ce qu’il avait fait était irréprochable, et même les fonctionnaires de la cour commençaient peu à peu à lui accorder leur confiance. Il y avait désormais peu de gens pour se mêler de leurs affaires. Au contraire, les récits et pièces de théâtre populaires qui les mettaient en scène se multipliaient.

À présent, entendre soudainement reparler de cette accusation selon laquelle il « séduisait le souverain par ses charmes » ne pouvait que mettre tout le monde en ébullition.

Il n’y eut pas que les quelques candidats de Yanzhou à prendre la parole. De nombreux habitants de Yejing se joignirent eux aussi aux reproches. Les deux candidats de Bingzhou n’avaient pas imaginé qu’une seule phrase susciterait autant de critiques. À la fois furieux et humiliés, ils répliquèrent : « Si ce n’était pas parce qu’il séduit les gens par ses charmes, pourquoi donc le protégez-vous tous ? Un homme qui entre et sort du harem de manière ambiguë, n’est-ce pas là se servir de sa beauté pour obtenir les faveurs d’autrui ? Et puis, ce n’est pas nous qui avons inventé cette façon de parler. C’est ce que tout le peuple de Bingzhou dit. Si vous n’êtes pas d’accord, allez donc à Bingzhou chercher ceux qui tiennent ces propos et vous disputer avec eux. Pour l’instant, vous ne faites que nous intimider à deux contre tous, en profitant de votre nombre ! »

Après qu’ils eurent fini de parler, un autre candidat de Bingzhou ne put s’empêcher d’intervenir pour les défendre : « Ils n’ont pas tout à fait tort. Et toutes ces histoires dont vous parlez, comme la suppression des impôts et la construction d’hospices… nous, nous ne les avons jamais vues. En revanche, on nous a encore imposé plusieurs nouvelles taxes, sous prétexte que Sa Majesté veut construire des palais et des résidences de villégiature pour le prince Yan. »

La salle principale de l’auberge était plongée dans une dispute si violente qu’on ne s’entendait plus parler. Plus le vice-ministre du Temple Taichang écoutait, plus il trouvait la situation étrange. Les sourcils profondément froncés, il s’apprêtait à se retourner pour aller chercher An Changqing lorsqu’une voix claire et mélodieuse retentit derrière lui : « Des impôts supplémentaires sont-ils effectivement prélevés à Bingzhou pour construire des palais et des résidences de villégiature au prince Yan ? Est-ce bien vrai ? »

Le tumulte de la salle principale se calma soudain. Tous se tournèrent instinctivement vers l’origine de la voix. Ils virent un jeune homme grand et élégant sortir lentement du salon privé. Il ne portait qu’une longue robe blanc lunaire, sans apparat ni ornements superflus, mais son maintien et son éclat suffisaient à montrer au premier regard qu’il n’était pas un homme ordinaire. Certains dans la salle reconnurent également An Changqing. Mais en voyant son expression froide et concentrée, personne n’osa prendre la parole.

An Changqing avait entendu l’agitation incessante à l’extérieur et, pensant qu’un incident s’était produit, était venu voir ce qu’il en était. Il ne s’attendait pas à entendre précisément les paroles de ce candidat. Il s’avança jusqu’au candidat de Bingzhou qui venait de parler et répéta : « Ce que vous venez de dire est-il vrai ? Si ce ne sont que des paroles mensongères et inconsidérées, cela risque de compromettre votre avenir. »

Le candidat de Bingzhou, intimidé par son imposante présence, resta un instant figé sans parvenir à répondre. Ce fut plutôt le candidat qu’il avait défendu qui prit la parole : « Ce qu’il dit est vrai. Les soldats chargés de percevoir les impôts chez nous disent la même chose. Ils prétendent que Sa Majesté est aveuglée par la beauté et qu’il faut augmenter les impôts pour construire un palais de villégiature… » À ces mots, les yeux du candidat s’emplirent de larmes. « Ma famille est pauvre. L’argent que mes parents avaient économisé pour me permettre de me rendre à l’examen a entièrement été réquisitionné de force. L’argent qui m’a permis de venir passer l’examen, je ne l’ai obtenu que grâce aux prêts réunis par tout notre village. Si vous ne me croyez pas, vous pouvez aller interroger les autres candidats de Bingzhou pour vérifier mes dires ! »

An Changqing fronça légèrement les sourcils. Pas étonnant que ces candidats de Bingzhou aient autant de ressentiment. Il adoucit son expression et lui expliqua : « Dès le début du règne de Sa Majesté, celle-ci a ordonné l’exonération des impôts agricoles pendant trois ans et n’a jamais augmenté les impôts. Prétendre qu’une hausse des impôts aurait été décidée pour construire un palais de villégiature est une pure absurdité. Je présenterai cette affaire à Sa Majesté et chargerai des personnes de se rendre à Bingzhou afin de vérifier et d’enquêter sur les faits. »

Le candidat n’avait probablement pas imaginé qu’il rapporterait l’affaire à l’empereur en seulement quelques phrases. Il prit aussitôt peur et demanda avec hésitation : « Puis-je vous demander qui vous êtes ? »

An Changqing ne montrait aucune colère dans son regard ni sur son visage. D’une voix douce, il répondit : « Mon nom de famille est An, mon prénom est Changqing. Je suis précisément le prince Yan dont vous parliez à l’instant. »

Aussitôt, des murmures s’élevèrent tout autour d’eux. Nombre de candidats n’avaient encore jamais vu le véritable visage du prince Yan et auraient presque voulu dessiner son portrait sur-le-champ, afin de pouvoir plus tard le montrer aux autres et s’en vanter. Seuls les quelques candidats de Bingzhou pâlirent en un instant. Les lèvres tremblantes, ils ne savaient plus quoi faire.

Leurs paroles précédentes pouvaient être considérées comme profondément irrespectueuses envers l’autorité impériale. Si le prince Yan s’était mis en colère et avait décidé de les punir, cela aurait été parfaitement justifié.

Cependant, avant même qu’ils aient eu le temps d’avouer leur faute et de demander grâce, An Changqing déclara : « L’examen métropolitain commence après-demain. Soucieux de préserver les talents, le ministre du Temple Taichang a spécialement demandé que certains hospices de Yejing et de ses environs soient temporairement libérés afin d’offrir un lieu où loger aux différents candidats. Des personnes seront chargées de mettre cette mesure en œuvre dès aujourd’hui. L’examen métropolitain étant imminent, vous devriez vous concentrer sur vos révisions et éviter de vous quereller pour des affaires secondaires, au risque de compromettre vos propres études. »

Il se tourna ensuite vers les trois candidats qui demeuraient aussi stupéfaits que des poulets de bois et leur dit d’une voix douce : « La cour enquêtera sur l’affaire de Bingzhou. Si les faits sont avérés, la cour vous rendra justice. Pour l’heure, contentez-vous de préparer sereinement votre examen. »

Après quoi, il salua de ses mains jointes les personnes présentes dans la salle principale, puis partit avec le vice-ministre du Temple Taichang.

Après son départ, les discussions, jusque-là difficilement contenues, éclatèrent avec fracas. Nombre de candidats qui voyaient pour la première fois le véritable visage du prince Yan étaient profondément stupéfaits : « Qui aurait imaginé que le prince Yan possédait une telle allure et une telle prestance… Ces livrets populaires qui circulent dans le peuple ne rendent même pas justice à deux dixièmes de son charme ! »

Tout le monde se mit à discuter à qui mieux mieux, chacun ajoutant son mot à celui des autres. D’autres candidats issus de familles pauvres évoquèrent également l’accueil proposé par les hospices, tous le visage illuminé de joie. Les trois candidats de Bingzhou se regardèrent, voyant dans les yeux de l’autre le soulagement qu’ils ressentaient eux-mêmes. Jamais ils n’auraient imaginé que le prince Yan ne chercherait absolument pas à les punir.

Ils observèrent l’agitation autour d’eux et se renseignèrent prudemment. Ils découvrirent alors que les autres préfectures et commanderies n’avaient nullement augmenté leurs impôts : seul Bingzhou avait procédé à une hausse ! Les candidats qui, à l’origine, ne les appréciaient guère, après avoir entendu ce qui s’était passé à Bingzhou, se mirent malgré tout à éprouver de la sympathie pour eux. Ils partagèrent même leur indignation et se mirent à accabler ensemble les fonctionnaires de Bingzhou d’injures.

Les paroles prononcées par les candidats de Bingzhou ne tardèrent cependant pas à parvenir aux oreilles de Xiao Zhige.

Bingzhou était limitrophe de Xiqiang et constituait une région reculée. Le général Ningyuan chargé de sa défense, Shi Xun, était également le fils de Shi Lezheng, Grand Pilier de l’État. Xiao Zhige n’était monté sur le trône que depuis six mois et n’avait initialement pas prévu de s’en prendre à eux si rapidement. Il ne s’attendait pas à ce que l’autre se montre à ce point arrogant, osant lever des impôts sous prétexte de construire un palais de villégiature et pressurer le peuple jusqu’à en extraire ses richesses. Plus intolérable encore à ses yeux, ils avaient osé salir aussi ouvertement la réputation d’An Changqing. Manifestement, ils ne le prenaient absolument pas au sérieux.

« Je vais d’abord envoyer secrètement des hommes à Bingzhou pour enquêter. Si les faits sont confirmés, qu’il soit immédiatement exécuté sans aucune grâce. » Le visage de Xiao Zhige était aussi sombre que l’eau profonde. « En outre, ordonnez à Cai Cong de faire encercler la résidence des Shi avec ses hommes. Tant que l’enquête ne sera pas terminée, interdisez-leur de transmettre la moindre information à l’extérieur. »

Afin d’apaiser les esprits, An Changqing avait été contraint de se montrer publiquement aujourd’hui. Cette initiative présentait des avantages comme des inconvénients. Son inconvénient était que l’affaire de Bingzhou ne pouvait désormais plus être dissimulée. Si Shi Lezheng venait à l’apprendre, il chercherait probablement déjà un moyen de transmettre un message à Bingzhou.

Il s’agissait désormais de voir qui agirait le plus rapidement. Xiao Zhige était un souverain prompt à trancher et à agir, et il était alors dans une colère noire. Ses ordres oraux furent transmis les uns après les autres, et dès l’après-midi, la résidence des Shi fut étroitement encerclée.

Shi Lezheng, qui s’était retrouvé pris au dépourvu et transformé en tortue dans une jarre, entra dans une colère telle qu’il en fut presque renversé. Non seulement il ne parvint pas à faire sortir la moindre information, mais, au cours des deux jours suivants, les quelques mémoriaux qu’il tenta successivement de transmettre à l’extérieur lui furent tous retournés. Chu Anliang, qui entretenait depuis toujours de bonnes relations avec lui, voyant cela, contacta deux ou trois généraux et, lors de l’assemblée de la cour, ils accusèrent ensemble Xiao Zhige, les larmes aux yeux, de refroidir le cœur de ses anciens ministres pour quelques simples rumeurs.

Cependant, si Xiao Zhige avait pu être menacé par quelques pleurs et quelques protestations, il n’aurait plus été Xiao Zhige. Lorsqu’ils eurent fini de s’agiter et de se lamenter, Xiao Zhige ne se soucia même pas de savoir s’ils se relevaient ou non. Il les laissa de côté et poursuivit ses discussions avec les autres ministres. Après quoi, il leva la séance comme à l’ordinaire, sans même envoyer quelqu’un les aider à se relever.

Les hauts fonctionnaires discernèrent quelque chose dans l’expression de l’empereur. Les généraux qui, eux aussi, avaient d’abord éprouvé quelque amertume à cette situation et comptaient dire quelques mots en faveur de Shi Lezheng réfléchirent à l’attitude inhabituelle de Xiao Zhige ainsi qu’aux rumeurs qui circulaient à l’extérieur, puis se turent aussitôt.

Certains, craignant que cette affaire ne finisse par les éclabousser eux-mêmes, cherchèrent indirectement à sonder l’attitude de Xiahou Shang et de Shentu Bo. Malheureusement pour eux, ces deux hommes étaient encore plus insaisissables. Désormais retirés chez eux pour profiter paisiblement de leurs vieux jours, ils passaient chaque jour leur temps à s’occuper de leurs enfants et petits-enfants et, de temps à autre, faisaient un tour au camp militaire. Leur vie était si agréable qu’ils semblaient ne rien savoir des remous de la cour.

Dix jours passèrent ainsi, jusqu’au cinquième jour du troisième mois. Une dépêche urgente arriva de Bingzhou. Après l’avoir lue, Xiao Zhige entra dans une fureur noire. Il envoya immédiatement le général Qi Wei accompagner le vice-ministre du Tribunal des Délits à Bingzhou afin d’arrêter le coupable, Shi Xun. Les gardes qui encerclaient étroitement la résidence des Shi ne furent pas retirés. Les fonctionnaires qui avaient auparavant voulu prendre la défense de Shi Xun se turent tous, aussi effrayés que des cigales en hiver.

Shi Xun s’était montré beaucoup trop arrogant. S’appuyant sur les nombreuses années durant lesquelles il avait établi son pouvoir à Bingzhou, il avait placé ses hommes de confiance à tous les niveaux et était pratiquement devenu un empereur local à Bingzhou. La région était reculée et pauvre, sans comparaison avec les riches marchands et les grandes familles fortunées des régions méridionales. Lui qui avait pris l’habitude de mener une vie luxueuse recevait chaque année des présents et des offrandes de la part des fonctionnaires placés sous ses ordres. Ceux-ci, après avoir eux-mêmes payé de leur poche, devaient naturellement trouver un moyen de récupérer cet argent et commencèrent donc à inventer toutes sortes de prétextes pour augmenter les impôts.

Or, l’année précédente, après l’accession au trône du nouvel empereur, l’exonération des impôts agricoles pour trois ans avait privé les fonctionnaires de Bingzhou de leurs sources de revenus et réduit leurs offrandes. Shi Xun, mécontent, avait donc instauré de nouveaux prétextes pour percevoir des impôts supplémentaires. Influencé par son père, il nourrissait en outre de nombreux griefs envers Xiao Zhige et n’avait pu s’empêcher de profiter de l’occasion pour faire répandre la rumeur selon laquelle ces impôts serviraient à construire un palais de villégiature, afin de ternir la réputation de Xiao Zhige et d’An Changqing.

Seulement, il n’aurait probablement jamais imaginé qu’il finirait par être renversé par une simple querelle entre quelques candidats aux examens impériaux.

Lorsque Qi Wei partit avec des soldats et le vice-ministre du Tribunal des Délits pour arrêter Shi Xun, celui-ci refusa d’abord de se rendre. Mais lorsque Qi Wei sortit le sceau officiel de Shi Lezheng et lui annonça que la résidence des Shi était encerclée et que tous ses occupants étaient désormais sous le contrôle de l’empereur, il accepta enfin son sort, renonça à toute résistance et fut ramené à la capitale sous escorte.

Tout au long du troisième mois, la cour fut secouée par des remous incessants et les généraux étaient plus nerveux que jamais. Après la condamnation de Shi Xun, l’enquête révéla toute une série d’affaires de corruption et de détournement de fonds impliquant des fonctionnaires locaux. Xiao Zhige entra dans une violente colère et ordonna au Tribunal des Délits de mener l’enquête jusqu’au bout. Ce fut ainsi que débuta la vaste entreprise de réorganisation des affaires militaires locales.

Shi Xun et plusieurs fonctionnaires de Bingzhou furent condamnés à mort, tandis que le Grand Pilier de l’État Shi Lezheng, impliqué dans l’affaire, fut démis de ses fonctions et fit l’objet d’une enquête. La résidence des Shi fut également saisie. Dès lors, il ne resta plus que quatre Grands Piliers de l’État parmi les six.

 

Traducteur: Darkia1030

 

 

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