Arc 7 : Système vs. Système
Pour toi, la folie, l’appel d’un vieil ami.
061 entra dans la cuisine pour couper des oranges à Chi Xiaochi, tout en lui racontant l’accord qu’il avait conclu avec Ding Qiuyun avant son départ.
Chi Xiaochi était allongé dans son lit pour se remettre de sa maladie. Il avait toujours très froid et, bien emmitouflé dans sa petite couverture, attendait qu’on lui apporte ses oranges.
La chair généreuse et tendre des oranges s’ouvrit sous la lame. Le léger bruit des éclaboussures de jus lorsque le couteau tranchait leurs fines fibres procurait une sensation subtilement satisfaisante.
Après avoir écouté son récit, Chi Xiaochi resserra sa couverture autour de lui et se détendit légèrement. « C’est très bien, pour Ding Qiuyun. »
061 épluchait l’orange en faisant tourner sa peau en spirale. De loin, il répondit : « Je ne l’ai pas fais pour lui. Je l’ai fais pour toi. »
… Son Xiaochi avait l’esprit trop tourmenté. Il fallait absolument qu’il se repose et reprenne des forces.
Chi Xiaochi resta un instant stupéfait.
061, pourtant, avait prononcé ces mots comme s’il s’agissait de la chose la plus banale du monde, avant d’enchaîner avec une question : « Les oranges sont à manger, et les écorces à faire infuser dans l’eau. Cela te convient-il ? »
Chi Xiaochi dissimula la moitié de son visage sous la couverture.
« Hum. Apporte-les-moi au plus vite, et présente-les à Sa Majesté. »
061 sourit. « Bien, Votre Majesté. Veuillez patienter un instant, je vais vous dresser une jolie assiette. » (NT : 061 utilise le ‘vous’ honorifique)
Chi Xiaochi expira plusieurs fois sous sa couverture, puis prit appui pour essayer de se redresser.
Il avait la tête qui tournait à force d’être resté allongé.
Mais dès qu’il s’appuya sur ses bras pour se relever, il remarqua quelque chose d’anormal.
Il retira sa main droite de la couverture soigneusement bordée autour de lui et découvrit une bague à son annulaire.
C’était un simple anneau, d’une sobriété élégante, parfaitement ajusté à son doigt, sans le moindre écart. Au premier regard, il semblait tout à fait ordinaire. Mais en l’examinant attentivement, on distinguait à sa surface de minuscules motifs étoilés. Une lueur argentée s’en dégageait, et l’on aurait dit qu’une Voie lactée y coulait lentement.
Depuis quand portait-il cette bague ?
Alors que Chi Xiaochi trouvait vaguement sa matière familière, il entendit de nouveau ce faible appel : « Monsieur Chi ? »
La voix était bien plus forte et plus distincte que la fois précédente.
Elle restait prudente, mais celui qui l’appelait avait acquis davantage de gravité et de maîtrise de soi que dans le souvenir qu’en gardait Chi Xiaochi.
« Monsieur Chi, êtes-vous là ? »
Chi Xiaochi ne répondit pas à voix haute. Il essaya simplement de lui répondre par la pensée. « C’est moi. »
Toute la gravité et la maîtrise de soi qu’il venait tout juste de lui reconnaître disparurent. La voix qui lui parvint, tremblante d’une joie débordante, correspondait bien davantage à l’âge de celui qui parlait, qui n’avait pas encore vingt ans.
« Monsieur Chi ! Monsieur Chi ! C’est Ji Zuoshan. Vous vous souvenez de moi ? »
« … Combien de mois se sont écoulés chez vous ? »
Ji Zuoshan répondit docilement : « … Hum, presque quatre mois. »
Chi Xiaochi posa une autre question : « Est-ce que j’ai l’air de présenter les premiers signes de la maladie d’Alzheimer ? »
Ji Zuoshan comprit alors ce qu’il voulait dire et sourit avec docilité, les lèvres pincées.
Chi Xiaochi avait l’habitude de faire parler les gens sans en avoir l’air. Au fil de leur bref échange de questions et de réponses, il avait déjà recueilli une foule de renseignements.
Il effectua rapidement quelques additions et soustractions dans son esprit.
Le temps ne s’écoulait pas à la même vitesse dans tous les mondes. Dans certains, il passait plus vite ; dans d’autres, plus lentement. Toutefois, les écarts n’étaient généralement pas considérables.
En prenant pour référence le monde d’où il venait, il avait passé environ huit mois dans les deux premiers mondes, puis plus de sept ans dans celui de Dong Ge. Mais comme il avait utilisé successivement des cartes de compression temporelle de niveau débutant, intermédiaire et avancé, la durée équivalente dans le monde extérieur n’avait été que d’un an et deux mois.
Il avait vécu plus de deux ans dans le monde interstellaire où se trouvait Ji Zuoshan. Heureusement, grâce à une carte de compression temporelle avancée offrant un facteur d’accélération de seize, il n’y avait passé ici qu’un peu plus d’un mois.
Dans le monde de Song Chunyang, son séjour avait été le plus court : en comptant au plus large, il n’avait duré que quarante-cinq jours. Après compensation par la carte de compression, moins de trois jours s’étaient écoulés dans le monde extérieur.
Dans le monde post-apocalyptique, il avait passé trois ans et huit mois. Mais après compensation par la carte avancée, près de quatre mois seulement s’étaient écoulés dans le monde réel.
En ajoutant ensuite les fractions de temps de ses congés et les différences de durée entre chacun des mondes et le monde réel, puis en calculant le tout, il arrivait à un total de deux ans et demi écoulés dans le monde d’origine de Chi Xiaochi.
… C’était vraiment trop long.
Même si, dans les différents mondes, il bondissait partout avec une énergie débordante, tel une énorme sauterelle, dans le monde réel, il n’était probablement plus qu’un pauvre petit esprit de fauteuil roulant, faible, pitoyable et désemparé. Il suffisait qu’une infirmière lui arrache accidentellement sa sonde d’oxygène en marchant dessus pour qu’il passe peut-être de vie à trépas sur-le-champ et se réincarne directement.
Dans le monde de Ding Qiuyun, Chi Xiaochi avait un jour demandé à 061 comment il avait pu, en douze ans de service, accompagner dix hôtes. Il aurait vraiment mérité la médaille du travailleur modèle du 1er Mai, sans oublier une parade triomphale sur un char fleuri pour le célébrer.
061 lui avait répondu, impuissant : « Eux aussi peuvent échanger des points contre des cartes de compression temporelle avancées. En outre, ils ne font généralement qu’augmenter la valeur d’affection… C’est bien plus facile à faire monter que la valeur de remords. »
Chi Xiaochi s’était étonné : « Même comme ça, l’efficacité ne devrait pas être aussi élevée. »
061 avait expliqué : « Parfois, il se produit une situation comme celle de Zhan Yanchao : dès son arrivée dans un monde, la valeur d’affection de la cible envers l’hôte est déjà au maximum. Dans ce cas, ils se suicident directement. »
… D’accord. Voilà qui permettait vraiment d’économiser l’énergie et de réduire les émissions.
Cependant, dans sa propre perception, le temps qu’il avait vécu en personne était bien réel, et ne pouvait être truqué.
Pour Chi Xiaochi, le nom de Ji Zuoshan appartenait désormais à un souvenir vieux de presque quatre ans.
Chi Xiaochi ramena ses pensées au présent et demanda : « Comment as-tu réussi à me contacter ? »
Ji Zuoshan répondit : « C’est grâce à l’armure de Bleu. Vous vous souvenez de cet entraînement d’été “Scar” ? Du métal Naman découvert par le professeur Liu ? L’armure de Bleu a été entièrement rénovée avec du métal Naman, et le professeur Liu en a conservé une partie pour lui-même. Ce métal Naman provenait d’une même poussière d’étoiles et possède certaines propriétés de résonance particulières. Alors… »
Chi Xiaochi caressa doucement son annulaire. Son visage se colora légèrement, comme s’il venait de penser à quelque chose.
Mais très vite, refusant de se laisser aller à des suppositions téméraires, il desserra la bague en la faisant glisser sur son doigt. Il comptait la remettre dans l’entrepôt dès que cette communication avec Ji Zuoshan, depuis un autre monde, serait terminée.
Il demanda : « Pourquoi me chercher ? Pour chanter au karaoké ? »
Sa voix était teintée d’amusement, mais son esprit était parfaitement lucide.
Depuis que Ji Zuoshan avait établi la connexion jusqu’à cet instant, ils avaient déjà parlé un bon moment. Pourtant, Ji Zuoshan n’avait pas prononcé une seule fois le nom de 061, et 061 ne lui avait pas non plus adressé de salutations.
De toute évidence, Ji Zuoshan avait ouvert un canal secret que même 061 ne pouvait pas détecter.
Puisqu’il n’en parlait pas, Chi Xiaochi supposa qu’il avait quelque chose de confidentiel à lui dire. Il n’était donc pas nécessaire, pour le moment, de faire venir 061 afin qu’il écoute avec lui.
Parvenir à franchir les défenses du système du Dieu principal, à bloquer directement les autres systèmes et à s’introduire ici sans laisser la moindre trace : à certains égards, la puissance mentale de Ji Zuoshan méritait véritablement d’être qualifiée de quasi divine.
Ji Zuoshan expliqua : « Voilà. J’ai découvert ici une personne étrange. Elle semble avoir un lien avec le système pour lequel travaille Monsieur Chi. C’est pour cette raison que j’ai spécialement bloqué le professeur Liu, afin d’éviter que le système puisse nous espionner. »
« De qui s’agit-il ? »
Ji Zuoshan répondit : « D’un homme. Je suis tombé sur lui par hasard alors que j’accompagnais Luoqian et les autres faire du shopping. Il a affirmé venir d’un autre monde et m’a demandé de le ramener dans son monde d’origine. »
La description de Ji Zuoshan était déjà particulièrement objective et indulgente.
Après examen, les médecins avaient diagnostiqué chez cet homme un trouble mental modéré. C’était un fou.
Pour comprendre ce qui s’était passé, Ji Zuoshan avait dû déployer des efforts considérables. Ce n’est qu’après avoir démêlé son récit incohérent et décousu qu’il avait réussi à en extraire plusieurs informations essentielles.
Cet homme avait passé treize années entières dans « ce monde ». Il ne se souvenait plus de son propre nom : tantôt il se présentait comme Bai Chufei, tantôt il affirmait s’appeler Tan Hu.
Ji Zuoshan avait mené une enquête. Il avait découvert que la planète comptait certes plus de trois cents personnes nommées Tan Hu, mais que toutes possédaient une carte d’identité officielle valide. Aucune ne correspondait à l’homme qui se trouvait devant lui.
Bai Chufei, en revanche, avait bel et bien existé. Seulement, sa carte d’identité avait été annulée.
Autrement dit, aux yeux des autorités, Bai Chufei était officiellement « décédé ».
Bai Chufei était un jeune homme d’une élégance raffinée et d’une grande beauté. Même après avoir été rasé et remis en ordre, ce « Tan Hu » barbu et hirsute, qui pouvait alors passer pour un bel homme au charme un peu délicat, restait très différent de Bai Chufei.
Tan Hu persistait pourtant à affirmer qu’il était censé être Bai Chufei, le mort.
Pour Luoqian, il avait réellement perdu la tête. Elle demanda à Ji Zuoshan de ne pas gaspiller davantage son temps et son énergie avec lui.
Mais Ji Zuoshan s’était justement entêté à tirer cette affaire au clair avec ce fou à l’identité inconnue.
Il avait enquêté sur Bai Chufei et appris que celui-ci était issu d’une famille prestigieuse. Son milieu familial n’était inférieur que d’un degré à celui de Zhan Yanchao. C’était un alpha talentueux, froid et fier, qui avait une haute opinion de lui-même.
Or, après son entrée dans l’armée, ce Bai Chufei avait été arbitrairement emprisonné par un autre alpha, Zhao Jinnian, commandant d’un régiment d’une unité de l’armée de l’Est. Celui-ci l’avait enchaîné jour après jour dans sa tente et l’avait contraint à avoir des rapports sexuels avec lui.
Par la suite, incapable de supporter une telle humiliation, il avait, selon toute vraisemblance, choisi de se suicider.
Tan Hu, lui, affirmait qu’il avait dû se suicider pour accomplir sa mission.
Au cours de cette mission, il était tombé irrémédiablement amoureux de Zhao Jinnian, un homme à la prestance remarquable, d’une beauté éclatante et doté d’une virilité exceptionnelle au lit.
En matière d’amour, ce qui est un poison pour l’un est souvent un miel pour l’autre.
Pour Tan Hu, qui était faible et craintif dans le monde réel, la guerre était une source de terreur. Or, Zhao Jinnian l’enchaînait dans sa tente, ce qui lui évitait justement de retourner sur le champ de bataille. Il n’était pas doué pour prendre ses propres décisions ; Zhao Jinnian, autoritaire, réglait donc tous ses problèmes à sa place. Il redoutait les interactions sociales ; Zhao Jinnian l’isolait alors du reste du monde, le gardant auprès de lui comme un objet de divertissement dont lui seul pouvait profiter.
Aux yeux de Tan Hu, Zhao Jinnian était le partenaire idéal.
S’il n’avait pas été absolument obligé d’accomplir sa mission, il n’aurait jamais quitté Zhao Jinnian.
Lorsqu’il eut porté la valeur d’affection de Zhao Jinnian à son maximum et qu’il mit le feu à la tente militaire à l’aide d’une pierre à feu qu’il avait dissimulée, il prit secrètement une décision : une fois toutes ses missions accomplies, il reviendrait sans faute retrouver Zhao Jinnian.
Cependant, lorsqu’il eut terminé toutes ses missions et que le Dieu principal fut appelé à tenir sa promesse, son rêve se transforma complètement en une bulle de savon.
Avec le visage de Tan Hu et l’identité du plus banal des bêta, il se retrouva dans les rues animées d’une ville.
… Il n’avait ni carte d’identité, ni source de revenus, ni endroit où se loger. Il n’avait absolument rien.
Le prestigieux milieu familial de Bai Chufei, sa vie dans le luxe, sa beauté et sa force au combat : il ne possédait aucune de ces choses.
Il était Tan Hu, un homme qui n’aurait jamais dû exister dans ce monde.
Il alla trouver Zhao Jinnian et prétendit être Bai Chufei. Il faillit recevoir une balle des gardes et dut se résoudre à s’accroupir au bord de la route, à fouiller les poubelles pour y trouver de quoi manger, comme un mendiant. Transi de froid, il tremblait de tous ses membres en attendant que Zhao Jinnian sorte du camp militaire, afin de se précipiter vers lui et de lui révéler son identité.
Ils avaient tant de merveilleux souvenirs ensemble. Zhao Jinnian devait aimer son âme ; il ne pouvait certainement pas supporter de l’abandonner.
Son doux rêve prit fin brutalement lorsque, affamé et pris de vertiges,il aperçut la voiture de Zhao Jinnian sortir par le portail du camp militaire.
La place arrière droite, qui lui avait toujours été réservée, était occupée par un homme dont les traits ressemblaient à ceux de Bai Chufei.
Craignant que son compagnon ait le mal des transports, Zhao Jinnian baissa la vitre, passa un bras autour de ses épaules, retira l’emballage d’un bonbon au lait et le lui glissa dans la bouche. Puis, se penchant à son oreille, il lui murmura des mots doux, faisant rire ce bel homme.
Tan Hu sombra dans le désespoir absolu.
À maintes reprises, il implora le Dieu principal, le suppliant de le laisser retourner là-bas. Il était même prêt à accomplir dix missions supplémentaires, si nécessaire. Il ne voulait pas rester dans cet endroit où personne ne le connaissait.
Il se mordit les doigts de regret et s’époumona jusqu’à s’en rendre la voix rauque, mais le Dieu principal ne lui répondit plus jamais.
Lors de la signature du contrat, le Dieu principal avait précisé qu’il n’exaucerait qu’un seul souhait par personne.
Lorsqu’il comprit qu’il ne pourrait jamais rentrer, Tan Hu tenta plusieurs fois de se suicider. Mais après avoir ramassé un morceau de lame et l’avoir longuement placé contre son poignet sans parvenir à se résoudre à agir, ses jambes se dérobèrent. Il s’effondra sur le sol, les fesses par terre, serra ses genoux contre lui et éclata en sanglots.
Il avait peur. Il ne voulait pas mourir.
Il n’osait ni vivre ni mourir. Tan Hu n’eut donc d’autre choix que de serrer les dents et de rester dans ce monde, où il survécut tant bien que mal pendant treize ans. Dans cette société qui vénérait la force, il vécut dans la terreur constante, subsistant grâce à la récupération de déchets.
Avec le temps, il finit par sombrer dans la folie. Retranché dans son petit monde intérieur, il marmonnait sans cesse et racontait ses supplications à tous les passants qui croisaient son chemin : « Emmenez-moi. Ramenez-moi chez moi. Je ne veux plus rester ici… »
Au cours de ces longues années de supplications, une seule personne comprit ce qu’il demandait. Elle l’emmena dans un endroit où il pouvait vivre à l’abri et lui fournit de quoi se nourrir et se vêtir. Mais son esprit était déjà devenu confus. Chaque jour, il restait assis, hébété ; en dehors des moments où il mangeait ou buvait, il ne faisait que marmonner devant un mur.
Il ne parvenait plus à distinguer s’il était Bai Chufei ou Tan Hu.
Même s’il avait déjà formulé certaines hypothèses, lorsque les faits sanglants lui furent présentés sans le moindre détour, Chi Xiaochi sentit malgré tout un froid glacial lui envahir le corps.
Il resserra sa couverture autour de lui et tenta d’obtenir davantage de renseignements. « A-t-il dit autre chose ? Par exemple, quel était le numéro de son système ? »
Ji Zuoshan répondit : « Il a dit que c’était le “numéro 127”. Il n’a cessé de me supplier de prendre contact avec son système afin que celui-ci intercède auprès du Dieu principal en sa faveur. Mais il a également précisé qu’il était le dernier hôte que le numéro 127 avait accompagné. Bref, il ne sait pas si le numéro 127 travaille encore au sein du système. »
Son dernier hôte, il y avait treize ans…
Le professeur Liu ne lui avait jamais parlé de ce système.
Soit il s’agissait d’un collègue ordinaire, soit il avait quitté ses fonctions bien avant que le professeur Liu ne prenne son poste.
Chi Xiaochi réfléchit encore un instant, puis décida de poser des questions plus précises. Dès qu’il en aurait l’occasion, il pourrait ainsi demander des renseignements au professeur Liu, qui pourrait à son tour se renseigner auprès de systèmes plus anciens que lui.
« À quoi ressemblait le numéro 127 ? L’a-t-il vu ? Pourrait-il le décrire ? »
Ji Zuoshan était lui aussi très méticuleux. Il avait pris les devants et posé d’innombrables questions à ce fou, jusque dans les moindres détails. À présent, il avait presque obtenu tous les renseignements pertinents qu’il était possible de recueillir.
Il prit son enregistreur. Celui-ci contenait les descriptions décousues de Tan Hu, qui passait sans cesse du coq à l’âne et sautait d’un sujet à un autre sans aucun lien apparent.
Ji Zuoshan avait dû déployer des efforts considérables pour tirer de ces fichiers audio un récit à peu près cohérent.
Tenant son enregistreur entre ses mains, il lut à voix haute les informations qu’il avait compilées :
« Le numéro 127 était très jeune. Lorsqu’il est mort, il venait tout juste de réussir le concours d’entrée à l’université. Il étudiait les lettres, portait des lunettes et avait des traits plutôt délicats. Il avait de longs bras et de longues jambes. Lorsqu’il accompagnait Tan Hu, le numéro 127 s’occupait de lui avec beaucoup de dévouement. Il avait un tempérament assez enjoué et aimait parfois discuter avec lui de poésie, d’amour et de tout ce qui touche aux beautés de la vie. … Ah, oui, il adorait manger. »
Traduction: Darkia1030
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