Panguan - Chapitre 113 – Récupération
Bu Ning entra dans une colère noire.
Le cri rauque et typiquement aviaire de Lao Mao ramena tout le monde à la réalité.
Xia Qiao se frappa le front. « Ah oui, c’est vrai, le bain médicinal ! La baignoire ! Attendez-moi une seconde ! »
À mesure que les silhouettes familières réapparaissaient dans son entourage, il finissait enfin par laisser place à la joie. Il ressemblait à quelqu’un qui réagissait avec un temps de retard : lorsqu’il avait retrouvé ce qu’il avait perdu, il avait d’abord eu envie de pleurer. Ce n’était que maintenant qu’il commençait véritablement à sourire.
C’était une excitation qui s’était accumulée lentement, au point que même ses paroles semblaient bondir de joie. Il se précipita dans la salle de bains à une vitesse fulgurante et dut se rattraper au montant de la porte pour éviter de heurter quelque chose.
« Fais attention ! » lui rappela Zhang Biling.
Après avoir parlé, elle-même ne put réprimer un sourire et murmura : « C’est bien. »
Les uns après les autres, ils étaient revenus. Tout allait donc bien.
Xia Qiao entra dans la salle de bains, tout excité à l’idée de faire couler l’eau. Il avait déjà touché le robinet lorsqu’il se souvint que la baignoire n’avait été utilisée qu’un nombre infime de fois, principalement au cours des deux premières années après leur emménagement.
À cette époque, il était encore jeune et préférait se prélasser dans la baignoire plutôt que de prendre une douche. Il la remplissait souvent à ras bord, puis essayait de détendre ses membres sans bouger d’un pouce, dans l’espoir de flotter à la surface de l’eau. Évidemment… il échouait presque à chaque fois.
Avec le recul, il trouvait cela non seulement stupide, mais aussi un peu effrayant. Heureusement que son grand-père avait fait preuve de patience à son égard.
Une fois cette période passée, il avait perdu tout intérêt pour ces bêtises et s’était dit qu’une douche était plus pratique et moins contraignante. Depuis, il n’avait plus jamais utilisé la baignoire.
La question se posait donc…
Comment nettoyer convenablement une baignoire qui avait servi autrefois, mais n’avait pas été utilisée depuis de nombreuses années, afin qu’elle soit suffisamment propre pour y installer son ge sous le regard attentif de l’ancêtre ?
Xia Qiao resta un moment penché sur le bord de la baignoire, puis estima qu’il valait mieux avouer la vérité de lui-même.
« Ge… » appela-t-il.
Wen Shi avait entendu Xia Qiao l’appeler, mais il ne répondit pas.
Il était toujours assis en tailleur sur le lit, face à Chen Budao, qui se tenait devant lui les bras croisés. Il s’appliquait sérieusement à suivre une stratégie : tant que l’ennemi ne bougeait pas, lui non plus ne bougerait pas d’un pouce.
Zhang Biling fut la seule à faire preuve de compréhension. Elle demanda depuis la pièce : « Qu’est-ce qu’il se passe, Xia Qiao ? »
« Euh… C’est à propos de la baignoire. » répondit la voix de Xia Qiao. « Je pense que l’ancêtre et mon ge feraient mieux de venir voir… »
Lao Mao s’envola le premier dans cette direction.
Chen Budao finit lui aussi par tourner la tête et jeta un coup d’œil vers la salle de bains.
Aussitôt, la personne assise sur le lit se raidit, puis se mit à s’agiter discrètement pour immobiliser complètement les fils de marionnette autour de ses doigts.
Lorsqu’il eut terminé et releva les yeux, Chen Budao le regardait, les paupières à demi baissées.
Wen Shi : « … »
Il sentait que Chen Budao avait envie de rire, mais celui-ci ne laissa rien échapper. Il se redressa plutôt et lui tendit la main. « Si tes yeux sont déjà aussi ronds, inutile de les écarquiller davantage : tu n’auras pas plus d’allure pour autant. Viens, allons voir ce qui arrive à ton didi. »
Bu Ning avait été témoin en simple spectateur de la démonstration presque scolaire de mauvaise foi de son minuscule shidi : son visage affichait clairement « Je n’en ai ni l’envie ni l’intention. » mais sa main, elle, se tendit docilement.
Chen Budao le prit par la main et le fit descendre du lit.
Lorsqu’ils passèrent devant lui, Bu Ning observa en silence, pendant un moment, le sommet de la tête de Wen Shi…
Prétendre qu’il n’avait pas du tout envie d’y poser la main aurait été un mensonge. Mais il connaissait tout de même les règles élémentaires de la bienséance…
Cela arriva en un clin d'œil ! Soudain, Zhou Xu écarta l’ancêtre Bu Ning et, avec une rapidité qui ne laissait même pas le temps de cligner des yeux, tendit la main pour tapoter la tête de Wen Shi. Puis, aussi vite que l’éclair, il se replia aussitôt, laissant de nouveau la place principale à son autre moitié.
Bu Ning : « ………… »
‘Je…’
Il fallait bien reconnaître que les êtres humains partageaient tous cette même manie de toucher ce qu’ils ne devraient pas toucher. Tout dépendait simplement du courage de chacun pour oser passer à l’acte.
Quoi qu’il en soit, à cet instant précis, toute la villa de la famille Shen se figea.
Wen Shi tourna la tête, le visage impassible.
En une fraction de seconde, Bu Ning s’était déjà éloigné de plus de trois mètres. Le dos contre le mur de la pièce, il joignit les mains et s’inclina respectueusement devant lui.
« Shidi, ce n’est vraiment pas moi. »
S’il n’y avait pas eu de mur pour le limiter, il aurait pu reculer de quatre kilomètres.
Après s’être incliné, il releva les yeux et croisa le regard de son maître, Chen Budao. Il vit également les fils de marionnette de son shidi se déployer instantanément autour de ses doigts.
« … »
Maudit soit ce Zhou Xu !
Bu Ning s’inclina aussitôt une nouvelle fois, profondément, puis déclara : « Je vais lui faire entendre raison. »
À peine eut-il terminé sa phrase qu’il s’immobilisa complètement.
Les mortels appelaient cela « l’âme qui voyage au-delà du corps ». En réalité, cela signifiait simplement que le corps était momentanément laissé à l’abandon, tandis que les énergies spirituelles qui l’habitaient étaient parties se battre.
Bien plus tard, Zhou Xu, le téméraire qui avait osé défier le Ciel, raconterait parfois à son entourage cette scène aussi palpitante que périlleuse : « …, Bu Ning est entré dans une colère noire parce que j’ai touché la tête de l’ancêtre Wen Shi. »
Nul besoin de réfléchir longtemps pour comprendre que chacun de ces mots était chargé de sous-entendus sarcastiques.
Zhang Yalin en lâcha sa tasse sur-le-champ et demanda d’une voix stridente : « Tu as touché la tête de qui ?! »
Le vernis rouge vif de Zhang Lan trembla jusque sur sa petite main noire. Elle s’exclama : « Tu as dit que qui était entré dans une colère noire ?! »
Par la suite, « Bu Ning est entré dans une colère noire. » devint une plaisanterie récurrente.
Après tout, aux yeux de presque tout le monde, l’ancêtre Bu Ning, si raffiné et si courtois, n’aurait jamais pu, de toute sa vie, avoir le moindre rapport avec quoi que ce soit évoquant une colère noire.
Mais il y avait une personne qui, chaque fois qu’elle entendait cette histoire, pouvait rire aux éclats pendant une bonne demi-journée.
Il s’appelait Zhong Si. C’était le seul à croire cette histoire invraisemblable de Zhou Xu, et il renchérissait : « Je ne suis certes pas quelqu’un d’exceptionnel, mais j’ai eu la chance d’assister à cette scène à plusieurs reprises. »
Il ajoutait qu’il s’était réveillé trop tard et avait manqué l’occasion de caresser la tête de son petit shidi. Quel dommage, quel dommage !
À cause de ces propos, Zhou Xu et lui subirent une bonne dose de « représailles ».
Mais tout cela appartient à la suite de l’histoire, dans la vie paisible qui les attendait.
*
Quoi qu’il en soit, ce jour-là, la baignoire de la villa de la famille Shen ne fut finalement pas utilisée.
Ce n’était pas à cause des problèmes qui inquiétaient Xia Qiao. Après tout, Chen Budao, Wen Shi et Bu Ning étaient tous présents. Même Zhang Biling aurait pu rendre n’importe quel objet aussi brillant que s’il était neuf sans trop de difficulté.
Le véritable problème venait du bouchon de la baignoire, qui était défectueux et laissait constamment fuir un mince filet d’eau.
Ce n’était pas grave en soi, mais cela contrevenait à certaines règles à respecter pour nourrir l’esprit et accumuler l’énergie spirituelle. Cette baignoire ne convenait donc pas à Wen Shi, qui devait encore récupérer.
Chen Budao déclara alors : « Je vais le ramener un moment au mont Songyun. »
En temps normal, lorsqu’il retournait au mont Songyun, Bu Ning l’accompagnait forcément. Mais, à ce moment-là, Bu Ning était en train d’avoir une « conversation à cœur ouvert » avec Zhou Xu et ne les suivit pas.
Puisque Bu Ning ne bougeait pas, Zhang Biling ne pouvait naturellement pas prendre l’initiative de s’imposer. Quant à Xia Qiao, l’ancêtre ne lui ayant pas demandé de les accompagner, il n’osa pas faire un pas.
Finalement, seuls Chen Budao, Wen Shi et Lao Mao, qui transportait les médicaments, repartirent donc pour la montagne.
Bu Ning avait maintenu le mont Songyun sous scellés pendant de nombreuses années.
À présent que tout était rentré dans l’ordre et que la paix était revenue, la grande formation avait été levée. Seule une petite formation destinée à tromper les sens avait été disposée tout autour du pied de la montagne, afin d’empêcher les intrus de s’y aventurer par erreur et de s’y perdre.
Dès que cette montagne fut de nouveau reliée au Ciel et à la Terre, les innombrables signes de mort se transformèrent en manifestations de vie.
Sur les parois rocheuses bordant le chemin, les mousses avaient retrouvé leur teinte verte. Même si la pénombre nocturne empêchait de bien les distinguer, l’odeur de l’herbe fraîche imprégnait déjà tout le sentier.
Entre les vallons, les forêts de pins s’étendaient comme une mer. Les brumes et les nuages des montagnes, d’un blanc laiteux et délicat, portaient un parfum de résine. Lorsque le vent puissant les balayait, ils se déployaient sur des milliers de qing (NT : ancienne unité de superficie, équivalant à environ 6,7 hectares).
Lao Mao pénétra dans la montagne. D’un seul battement d’ailes, il disparut en un instant au sommet d’un pic élevé.
Peu après, les lanternes qui jalonnaient le chemin s’allumèrent les unes après les autres, répandant leur lumière jaune et chaude et ponctuant les falaises de lueurs dorées.
Wen Shi suivait Chen Budao le long du long escalier de pierre. Leurs ombres, l’une longue et l’autre courte, se projetaient sur les marches.
La nuit était froide dans la montagne et l’air glacial pénétrait jusqu’aux os. Pourtant, la main qui tenait la sienne était chaude. Elle ne portait aucune trace de dessèchement et aucune brume noire ne s’en échappait. Elle était longue, puissante, avec des tendons et des os bien proportionnés.
Exactement comme autrefois.
Wen Shi tourna la tête vers le flanc de la montagne et aperçut le reflet paisible du lac Qingxin. Puis il leva les yeux vers le sommet et aperçut la pleine lune, qui n’avait jamais daigné paraître, malgré toute l’attente qu’il avait endurée, dans ce rêve illusoire.
« Tu as donc si peu progressé que tu arrives à rester bouche bée en marchant ? » Chen Budao lui secoua doucement la main. « Reprends tes esprits. »
Wen Shi eut un instant de stupeur puis détacha son regard de la pleine lune.
Ils poursuivirent leur ascension vers le sommet. Pourtant, après seulement quelques pas, Chen Budao sentit le pan de sa robe effleurer sa jambe. Du coin de l’œil, il vit quelqu’un s’approcher un peu plus de lui, la tête baissée. Il ignorait si Wen Shi cherchait à se protéger du vent derrière sa robe ou s’il se montrait, fait rarissime, particulièrement affectueux.
On aurait dit une boule de glace qui venait se coller à lui en silence.
(NT : cette phrase parle d’une glace à manger qui adhère en fondant, en métaphore de la carapace de Wen Shi qui s’attendrit et un clin d’œil à son surnom de bonhomme de neige)
Lorsqu’ils arrivèrent au sommet, Wen Shi entendit des voix humaines. À sa grande surprise, l’endroit était plutôt animé, avec des bavardages incessants.
Il resta un instant interdit, sans comprendre ce qui se passait. Puis il vit la fenêtre de sa chambre s’ouvrir de l’intérieur. Deux têtes apparurent entre les montants, l’une à gauche et l’autre à droite.
Celle de gauche s’exclama : « Vous êtes enfin de retour ! »
Celle de droite reprit d’une voix semblable : « Vous voilà enfin revenus ! »
« Vous avez marché tellement lentement. »
« Oui, tellement lentement ! Nous avons attendu une éternité. »
C’étaient Da Zhao et Xiao Zhao.
Lorsqu’elles se chamaillaient ainsi en se serrant l’une contre l’autre, on finissait toujours par se demander si la scène où ces deux tigres blancs étaient descendus du ciel pour faire trembler la forêt n’avait pas été qu’un rêve d’un réalisme saisissant.
La chaleur s’échappait de la pièce et, dès qu’elle atteignait la fenêtre, se condensait en un nuage de vapeur blanche.
Da Zhao agita la main et déclara avec un grand sourire : « L’eau est prête. »
Xiao Zhao enchaîna : « Et nous avons ajouté les médicaments. »
« Nous sommes rapides et efficaces, n’est-ce pas ? » demandèrent les deux sœurs à l’unisson, réclamant leurs éloges.
Mais un bruit sourd retentit. Lao Mao sortit en portant un mortier désormais vide de médicaments et leur lança : « C’est moi qui ai nettoyé le baquet, fait chauffer l’eau et ajouté les médicaments. »
« Mais nous t’avons tenu compagnie ! »
« Comme si cela avait beaucoup d’importance. » Lao Mao ne prit même pas la peine d’être poli.
Da Zhao et Xiao Zhao éclatèrent de rire et se laissèrent aller contre le cadre de la fenêtre.
Lao Mao se retourna vers Chen Budao et Wen Shi pour leur annoncer : « Heureusement que je suis rapide et efficace. Cette fois, tu vas vraiment pouvoir prendre ton bain. »
Wen Shi entra dans la pièce avec une méfiance évidente et aperçut au milieu un grand baquet de bain rempli à ras bord.
Les médicaments s’étaient déjà dissous dans l’eau. À première vue, le mélange semblait très concentré, et son odeur…
Elle était atrocement piquante.
Wen Shi : « … »
Ce n’était pas un bain qu’on lui préparait, mais une saumure destinée à conserver des produits de la montagne !
Wen Shi fit aussitôt demi-tour pour partir.
Comme il était petit et que son âme spirituelle n’était nullement affaiblie, il fila à toute vitesse et atteignit la porte en un instant. Il allait tout juste franchir le seuil lorsqu’on le saisit par la taille et le ramena à l’intérieur.
« Tes jambes ont l’air minuscules, mais tu cours drôlement vite. » remarqua Chen Budao.
Les pieds de Wen Shi ne touchaient pas le sol. Les sourcils froncés, il demanda : « Qu’est-ce qu’il y a dans ce baquet ? »
« Des épices. Il y a beaucoup de bouches à nourrir ici, alors nous faisons des réserves de nourriture pour l’hiver. » répondit Chen Budao.
Wen Shi tourna la tête et le fixa.
« Bon, arrête de remuer. C’est bel et bien un bain médicinal préparé pour toi. » Chen Budao cessa de le taquiner.
Suspendu à son bras, Wen Shi sentit la plaisanterie disparaître de sa voix. Celle-ci se fit grave et profonde lorsqu’il reprit : « Tu as traversé une épreuve entre la vie et la mort. Tu crois vraiment que cela n’a eu aucune conséquence simplement parce que tu affirmes que tout va bien ? »
À peine eut-il terminé sa phrase que Wen Shi se retrouvait déjà plongé dans le bain médicinal.
L’eau chaude enveloppa tout son corps. D’abord, sa peau se réchauffa, puis la chaleur pénétra jusque dans chaque articulation et chaque interstice entre ses os… en particulier ses doigts, qui le faisaient souffrir sourdement depuis longtemps.
La véritable décoction médicinale n’avait pas cette odeur piquante. Au contraire, son parfum était agréable et avait quelque chose d’apaisant, qui aidait facilement à retrouver son calme.
Wen Shi entendit Chen Budao lui dire : « Reste dans le bain pendant une demi-shichen, (NT : une heure). »
Lorsqu’il s’agrippa au bord du baquet et releva la tête hors de la décoction, il vit la porte se refermer dans un grincement. Les pas de Chen Budao s’éloignèrent tout doucement.
Il lui avait dit de rester tranquillement dans le bain pendant une demi-shichen. Et, contre toute attente, personne ne vint le déranger pendant tout ce temps. Mais Wen Shi n’eut guère l’occasion d’y penser, car les effets des médicaments ne tardèrent pas à l’envahir d’une somnolence irrésistible.
Lorsqu’il eut enfin senti chaque articulation et chaque interstice entre ses os réchauffés et apaisés par le bain, il rouvrit les yeux, encore ensommeillé. Il découvrit alors que Chen Budao était revenu à une heure indéterminée et qu’il était assis près du bureau.
Ses longs cheveux retombaient librement, leurs contours dessinés par la lueur des bougies. La tête appuyée sur une main, il était resté là, à veiller sur lui en silence.
« Réveillé ? » Chen Budao se leva, le bas de sa robe effleurant le bord du bureau. « Tu sais donc bien calculer le temps. Ni trop ni trop peu : exactement une demi-shichen. »
Il retroussa ses manches et sortit Wen Shi du baquet en le portant dans ses bras.
Les vêtements imprégnés de décoction lui collaient au corps. Dans le bain, ils avaient atténué la sensation piquante du remède. Mais, une fois à l’air libre, ils commencèrent rapidement à refroidir.
Chen Budao voulut lui retirer ses vêtements trempés pour les remplacer, mais Wen Shi se sentit un peu gêné.
« Je vais me changer tout seul. » Assis sur le lit de repos, dégoulinant d’eau comme un fantôme aquatique, il tendit la main pour attraper la serviette propre que Chen Budao tenait.
Chen Budao ne parvint pas à le faire changer d’avis et savait bien qu’il était pudique. À la fois amusé et désemparé, il posa la serviette sur la tête du petit fantôme aquatique, puis chercha dans l’armoire une ancienne robe blanche de Wen Shi. Il la déposa à côté de lui et déclara : « Très bien, débrouille-toi tout seul. »
Alors que Chen Budao sortait en refermant la porte derrière lui, Wen Shi, la tête recouverte par la grande serviette, l’entendit ajouter avec un sourire dans la voix : « Ce n’est pas comme si je ne t’avais jamais aidé à te changer quand tu étais petit. »
Puis le silence retomba dans la pièce.
Wen Shi resta assis un moment dans l’obscurité sous la serviette. En repensant aux paroles de Chen Budao, il prit soudain conscience qu’il s’était écarté de la bonne voie…
S’il continuait ainsi, il risquait de se laisser ramener une nouvelle fois à une relation purement maître-disciple.
*
‘Bon, autant régler les comptes, alors.’
C’est ce que se dit Wen Shi.
Il retira la serviette et s’essuya soigneusement de la tête aux pieds. Puis il prit la robe posée à côté de lui et l’enfila. Au moment où ses bras passèrent dans les larges manches d’un blanc immaculé, tous les os de son corps commencèrent à s’allonger et à se déployer.
Lorsqu’il ressortit les mains des manches, il avait déjà entièrement retrouvé son apparence adulte.
La chaleur du bain persistait dans la pièce, qui était encore agréablement tiède.
Wen Shi attira à lui une pelote de fil de coton propre posée près du lit de repos et, par habitude, l’enroula autour de ses doigts longs, fins et pâles, croisant les tours de fil les uns sur les autres.
Soudain, quelques coups retentirent contre la porte. Dans le calme de la nuit, ils ne semblaient nullement déplacés.
« Tu as fini de te changer ? » demanda Chen Budao. Sa haute silhouette se dessinait près de la porte.
« Oui. » répondit Wen Shi.
Il baissa la tête, mordit le fil de marionnette et acheva soigneusement le dernier nœud.
« J’ai demandé à Lao Mao de préparer un peu d’huile médicinale… »
La porte s’ouvrit dans un grincement.
Chen Budao tenait au bout des doigts une fine corde de chanvre, aux deux extrémités de laquelle étaient suspendus deux petits récipients semblables à des tubes de bambou. Il s’apprêtait à entrer lorsqu’il leva les yeux vers Wen Shi et s’arrêta net.
Le vent de la montagne effleura son flanc et se glissa furtivement dans la pièce.
La flamme de la bougie posée sur la table vacilla légèrement.
La lueur tremblante de la bougie se refléta dans les yeux de Chen Budao. Ce dernier resta immobile un instant, puis cligna des yeux, et cette lueur sembla se dissoudre dans son regard.
Il s’approcha et s’arrêta près du lit. Baissant les yeux vers Wen Shi, il laissa son regard glisser du coin de ses yeux jusqu’à son visage, avant de revenir à son point de départ.
« N’était-ce pas parce que ton énergie spirituelle était insuffisante que tu ne pouvais plus grandir ? »
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