Weid disciple - Chapitre 93 - La version des choses de Xie Yi

 

Depuis qu'ils avaient rencontré Shi Yue à la salle des ventes, Xie Yi était tiraillé par des sentiments contradictoires.

D'abord, il venait de comprendre qu'il y avait quelque chose de profondément anormal avec son vin préféré. Ensuite, Mingtian l'avait laissé partir seul pour aller tuer des cultivateurs démoniaques. Son cœur s'était un peu apaisé lorsque Shi Yue avait essayé de lui remonter le moral.

Le bâtiment était lumineux et coloré, très différent de tout ce à quoi il était habitué. Les gens à l'intérieur étaient étranges eux aussi. Les femmes étaient presque toutes très belles et vêtues de manière légère ; les hommes avaient des regards… eh bien, des regards bizarres.

À peine furent-ils entrés que des femmes entourèrent Xie Yi.

Elles poussaient des petits cris aigus et gloussaient. Certaines lui donnaient de légers coups sur les flancs du bout des doigts. Il les observait avec perplexité : qu'est-ce qui les excitait autant ? Elles continuaient à rire entre elles.

Puis cette femme s'approcha, et elles se dispersèrent.

Il ne la comprenait pas vraiment.

« Une chambre pour vous deux ? Dois-je vous en préparer une privée ? » demanda-t-elle avec un sourire étrange.

Le visage de Shi Yue s'assombrit. « Non ! »

Puis il jeta un coup d'œil à Xie Yi.

Le jeune homme lui rendit un regard vide. Donc… ils allaient s'asseoir dans une salle commune ? Pourtant, Shi Yue ne préférait-il pas toujours avoir une pièce pour lui tout seul ? Pourquoi pas aujourd'hui ?

« Maître Li, dois-je choisir une chambre bien insonorisée ? »

Elle avait encore ce ton.

C'était ce genre d'intonation qu'il apprenait lentement à reconnaître.

Xu Yan le lui avait expliqué : c'était une manière de parler qui laissait entendre des choses sans les dire à voix haute. De toute évidence, Shi Yue avait compris l'allusion, mais pas lui. Quel dommage que Xu Yan ne soit pas là. Il aurait adoré savoir ce qu'elle insinuait par cette phrase.

Tandis qu'il essayait encore de le deviner tout seul, Shi Yue s'était déjà tourné vers lui en se pinçant l'arête du nez.

Xie Yi savait que cela signifiait que Shi Yue était contrarié, mais il aimait beaucoup le voir faire ce geste. Il trouvait que cela lui allait plutôt bien.

« Ne la prends pas au sérieux. Elle se moque simplement de moi. Je ne fais pas… ce genre de choses. »

Encore ce ton.

Quoi qu'il en soit, Shi Yue avait l'air mal à l'aise, et Xie Yi n'aimait pas cela. Il acquiesça donc. Si Shi Yue disait qu'il ne le faisait pas, alors il ne le faisait pas, même si lui ignorait complètement ce qu'était ce « ça ».

Son maître se détendit, et Xie Yi se détendit également.

Peu après, une jeune fille s'approcha.

Shi Yue lui parla avec douceur en voyant qu'elle était nerveuse, et Xie Yi replia légèrement ses doigts. Il adorait aussi cette voix-là. Elle était tendre et bienveillante. Il observa la jeune fille : elle était un peu plus jeune que lui et n'était pas particulièrement jolie, surtout comparée aux autres femmes du bâtiment. Il sautait aux yeux qu'elle était intimidée en leur présence, mais Xie Yi n'y prêta pas attention. Il était habitué à ce que les gens soient nerveux devant lui, aussi bien dans cette vie que dans la précédente.

Elle les conduisit à l'étage, devant de nombreuses portes soigneusement fermées. Il y avait des femmes partout.

« Tu viens souvent ici ? » demanda Xie Yi, le cœur soudainement un peu serré.

Bien sûr, lorsqu'il était question de belles femmes, les hommes aimaient les avoir près d'eux. Il le savait. Mais cette idée lui donnait malgré tout un léger malaise.

Shi Yue répondit par un léger murmure. « Un très bon ami à moi adore cet endroit. Quand nous nous retrouvons, c'est généralement ici. »

C'était encore pire.

Xie Yi détourna les yeux de Shi Yue pour fixer le sol. Mingtian lui manquait terriblement. Il avait l'impression de ne pas être à sa place ici. Il ne comprenait pas pourquoi Shi Yue avait choisi de venir dans un tel endroit. Au moins, la chambre où on les conduisit semblait confortable.

Shi Yue alla directement s'installer sur l'amas de coussins, mais Xie Yi hésita.

Euh… N'avait-il pas dit qu'il ne voulait pas de chambre privée ? Celle-ci avait pourtant l'air très privée. Et pourquoi y avait-il autant de coussins ? Et cette scène ?

Attends… fallait-il enlever ses chaussures ? Shi Yue le faisait.

Peu sûr de lui, Xie Yi retira ses chaussures et s'assit à côté de Shi Yue. Il n'arrivait pas à se détendre. Cet endroit lui était étranger, et l'odeur de poudre et de parfum y était beaucoup trop forte à son goût.

Puis les femmes entrèrent.

Elles s'appuyèrent contre lui en gloussant. Leur parfum lui déplaisait profondément, mais il pouvait le supporter. Même leurs voix aiguës n'étaient pas si insupportables. En revanche, leurs mains qui le touchaient de partout étaient étranges : cela le chatouillait tout en laissant derrière elles une sensation inconnue qu'il ne supportait déjà plus.

Il endura.

C'était peut-être ainsi que les choses se passaient ici. Il ne voulait pas embarrasser Shi Yue.

La musique commença à jouer. Elle était douce et agréable à l'oreille, mais Xie Yi n'arrivait pas à se concentrer. L'une des femmes vint s'asseoir sur ses genoux. Il ne s'en était jamais rendu compte auparavant, mais cette partie de son corps était étonnamment sensible : il percevait le moindre de ses mouvements.

Il pouvait supporter le parfum. Il pouvait supporter leurs rires. Il pouvait supporter leurs caresses.

Mais lorsqu'elle leva un raisin devant sa bouche et qu'il plongea son regard dans le sien…

C'était exactement cette expression.

La même qu'il avait vue tant de fois dans sa vie passée. Une simple variation du regard que ces vieux salopards posaient sur lui.

Et soudain, il ne put plus rien supporter.

« Répugnant. » Le mot lui échappa.

Il n'avait pourtant jamais voulu dire quelque chose qui puisse faire honte à Shi Yue.

Pourtant, les jeunes femmes s'éloignèrent aussitôt et revinrent simplement jouer de la musique.

Xie Yi les regarda.

Peut-être venait-il de commettre une erreur. Peut-être que Shi Yue allait se fâcher. Il n'osait même pas tourner la tête vers lui.

Il voulait partir, mais il ne le pouvait pas. Son inquiétude à l'idée que Shi Yue soit en colère se mêlait peu à peu au malaise que les jeunes femmes avaient fait naître en lui, formant un nœud de plus en plus lourd dans son ventre. Son bras, là où elles l'avaient directement touché, le picotait. Chaque endroit effleuré par ces femmes aux regards écœurants ressemblait à des morsures de fourmis, mais l'endroit où leur peau avait touché la sienne brûlait comme s'il avait été plongé dans de l'acide.

Il y passa ses ongles en réfléchissant. S'il arrachait cette peau, elle repousserait, n'est-ce pas ? Une peau neuve ne ressentirait plus cette sensation.

Puis il entendit Shi Yue parler. Sa voix était basse, pleine d'inquiétude et de culpabilité.

Shi Yue s'était rapproché de lui et s'était penché dans son champ de vision. À ce son, les oreilles de Xie Yi devinrent brûlantes ; il se retint de lever les mains pour les frotter. La voix de Shi Yue sonnait différemment lorsqu'il parlait ainsi, d'une manière terriblement agréable.

« Je suis désolé. Tu n'aimes pas cet endroit ? Tu ne l'avais pourtant pas refusé lorsque je te l'ai proposé. Je voulais que tu t'y sentes à l'aise. »

Le nœud dans le ventre de Xie Yi se défit lentement.

Alors c'était donc cela.

Sa bouche lui semblait douce, comme s'il venait de croquer un bonbon.

« J'aime la musique », répondit-il honnêtement.

« Mais tu n'aimes pas qu'on te touche », reprit aussitôt Shi Yue. « Pourquoi ne le leur as-tu pas dit immédiatement ? Il n'y a aucune raison de les laisser t'approcher si cela te met dans cet état. »

Oh.

Il ne le savait pas.

Il ne savait même pas pourquoi elles étaient venues vers lui au départ ; il lui avait donc été difficile de refuser.

Ensuite, Shi Yue nettoya son bras. Il le tenait avec précaution tout en rinçant les éraflures ouvertes. Xie Yi le regardait fixement.

Hum… Il préférait largement cela.

Regarde, sa main était presque aussi grande que celle de Shi Yue. Elle n'était plus petite. En réalité, sa véritable main était encore un peu plus menue que celle-ci, mais il finirait bien de grandir.

Le bout de ses doigts tressaillit légèrement en frôlant l'avant-bras de Shi Yue. La peau de l'homme était agréablement chaude. Cette sensation pétillante dans sa tête ne fit que s'intensifier lorsque Shi Yue se tourna vers l'une des femmes pour leur demander de ne plus l'approcher.

Shi Yue n'en fit pas toute une histoire et ne posa pas davantage de questions. Il avait simplement accepté les choses en silence et réagi afin que Xie Yi soit plus à l'aise.

Les lèvres de Xie Yi se relevèrent doucement en un sourire.

Puis, soudain, de lourds pas résonnèrent, accompagnés de cris encore plus sonores. « Shi Yue ! Tu oses venir t'amuser ici sans moi ! »

Quelqu'un ouvrit la porte avec fracas.

Xie Yi sursauta, se recroquevilla instinctivement et tourna la tête vers le nouvel arrivant. Il ne ressentait aucune hostilité, mais cette entrée l'avait réellement surpris.

Il resta un instant interdit à le dévisager.

Ses vêtements étaient élégants, mais, pour une raison inexplicable, Xie Yi n'aimait pas son allure générale.

Puis une seconde personne accourut. « Votre Altesse ! »

Oh.

Xie Yi commençait à comprendre.

Voilà pourquoi ce n'était pas une chambre privée. D'abord les huit jeunes femmes étaient entrées, puis maintenant deux hommes. Les gens pouvaient entrer comme bon leur semblait. C'était logique !

L'homme qui ressemblait à un paon entra dans la pièce en claquant la langue. « Sérieusement, tu gardes toutes les beautés pour toi ! Comment oses-tu, Shi Yue ? Tu ne peux pas venir profiter de tout ça sans moi. »

Mais qui était donc cet homme ?

Dès que la seconde personne entra dans la pièce, Shi Yue les salua.

Le paon et Shi Yue commencèrent à discuter. « On avait pourtant toujours dit qu'on partagerait. »

Attends…

Son maître était donc si proche de cet homme ? Shi Yue avait dit qu'on partageait les choses qu'on aimait avec les gens qu'on appréciait. Si Shi Yue aimait cet homme, qui devait être son ami, alors cela signifiait qu'il aimait vraiment les beautés de cet endroit ?

« Qu'est-ce que c'est que ça ? Tu déniches un trésor pareil et tu ne me le présentes même pas ? »

Xie Yi réprima l'envie de regarder autour de lui.

Était-il assis sur quelque chose de précieux ? Pourquoi parlait-il de l'« accrocher » ? Était-ce censé être suspendu au plafond ?

« Je te traiterai bien. »

Shi Yue le traitait déjà très bien. Il n'y avait aucune raison de suivre cet homme.

… Pourtant, une petite voix au fond de l'esprit de Xie Yi lui soufflait qu'il passait complètement à côté du véritable sens de cette conversation.





Traduction: Darkia1030

 

 

 

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