Weid disciple - Chapitre 94 - Les soucis d'un grand frère

 

Finalement, le jeune homme ordinaire entraîna le paon à l'écart. Soudain, Xie Yi trouva ce garçon beaucoup plus agréable à regarder.

Ce Huo Cheng parlait énormément, et très fort ; Xie Yi n'arrivait pas à suivre le fil de ses pensées. Les couleurs de ses vêtements étaient si éclatantes qu'elles lui brûlaient presque les yeux. Il se demanda si c'était vraiment normal. En tout cas, cela ne lui plaisait pas.

Quoi qu'il en soit, il avait mal aux yeux et aux oreilles. À la recherche de quelque chose de plus apaisant, il tourna son regard vers les jeunes femmes qui continuaient de jouer et se laissa porter par leur musique. La musique était simple. Elle ne demandait aucune interaction.

Il était sur le point de somnoler lorsqu'il entendit de nouveau Huo Cheng parler. « Je m'ennuyais. Et puis, j'ai trouvé cette ancienne formation que tu voulais que je t'apporte. »

Les mains de Xie Yi tressaillirent. Ancienne ? C'est-à-dire une formation que presque personne n'avait jamais vue ? Et il l'avait avec lui ?

Bon… C'était l'ami de Shi Yue. Ce serait mal de l'ignorer.

« Une formation ? » demanda Xie Yi, la voix légèrement plus enthousiaste.

À partir de ce moment-là, tout redevint beaucoup plus amusant. Cet étrange cultivateur possédait quantité de choses intéressantes et il était facile de discuter avec lui, ce qui remit Xie Yi de bonne humeur.

En revanche, il n'avait absolument pas envie de devenir son ami.

Ces dernières années, il avait travaillé dur pour se lier d'amitié avec les personnes qu'il avait choisi d'avoir auprès de lui, et cela fonctionnait très bien. Il se sentait à l'aise avec elles et ne craignait plus tellement de commettre des erreurs. Ce serait dommage qu'une personne supplémentaire vienne bouleverser cet équilibre. Il y était plutôt réticent.

Après quelques échanges, ils convinrent que leur relation ne demanderait ni beaucoup de temps ni beaucoup d'efforts, et Xie Yi acquiesça avec satisfaction. Tant que cela ne lui coûtait pas trop de temps ni de travail, cela lui convenait.

Huo Cheng n'était pas dénué d'intérêt, songea Xie Yi. Il lui apprenait beaucoup de choses qu'il ignorait encore. Il y avait aussi cette histoire avec la jeune fille assise sur ses genoux.

Un peu plus tôt, l'une des femmes s'était également assise sur ses propres genoux. Xie Yi pencha la tête pour observer attentivement, ne voulant pas manquer ce qu'il était censé faire dans une telle situation.

Honnêtement, il ne voyait pas pourquoi on aurait envie de promener sa main sur la jambe d'une femme, mais Huo Cheng s'arrêta assez vite. Peut-être que ce n'était finalement pas le comportement approprié ; après tout, il s'était excusé ensuite.

Xie Yi resta un moment préoccupé par cette question. Il voulait savoir quoi faire si, un jour, il revenait ici avec Shi Yue. Mais, d'un autre côté, il détestait vraiment que ces femmes au regard si inconfortable s'approchent de lui.

Il ne sortit de ses pensées qu'en voyant Shi Yue pointer un doigt dans sa direction.

« Xie Yi ressemble énormément à Tiankong lorsqu'il parle de formations », entendit-il dire son maître, et son cœur fit un bond nerveux dans sa poitrine.

Cette comparaison lui procurait une sensation délicieusement chatouilleuse. D'une certaine manière, il voulait être comparé à Tiankong. Après tout, ils étaient la même personne.

Huo Cheng tira sur la manche de Shi Yue pour en savoir davantage, mais le Grand Maître refusa de développer.

Ses yeux de phénix se plissèrent tandis qu'il lançait un regard noir à Huo Cheng. « Garde les mains loin de mon disciple. »

C'était la même voix que Xie Yi avait entendue neuf ans plus tôt, lorsque Shi Yue avait parlé de s'opposer à la famille Zhu. Une tonalité très semblable à celle qu'employait Mingtian lorsqu'il lui disait de ne pas s'inquiéter.

C'était une voix protectrice.

Shi Yue s'inquiétait pour lui. Il montrait même qu'il était prêt à le protéger contre un ami qui lui était pourtant cher.

Comme des plumes effleurant sa peau, une joie irrésistible lui chatouilla le cœur. Xie Yi dut réprimer un éclat de rire ravi et se contenta d'un sourire.

Si seulement il pouvait sortir plus souvent pour passer du temps ainsi avec son maître. Si la prochaine fois n'était pas dans plusieurs années, ce serait merveilleux. Jusqu'à présent, il n'avait toujours trouvé aucune raison de ne pas le faire.

Son humeur retomba lorsqu'il remarqua que l'aube approchait. Toute la nuit n'avait été qu'une succession de hauts et de bas. Il était à la fois déstabilisant et agréable de sentir ses émotions fluctuer ainsi. Revoir Mingtian apportait une forme de stabilité à cette nuit mouvementée.

Au quai, le groupe ralentit, et Mingtian accourut vers eux.

« Xiao Tian », l'appela-t-il en ignorant complètement les autres. « Te voilà enfin. »

Tout en parlant, son premier réflexe fut d'examiner le jeune homme aux cheveux noirs. Il lui saisit directement le bras droit, repoussa le tissu de sa manche et dévoila les bandages couvrant ses blessures, puis l'attira vers lui jusqu'à approcher son visage de son cou. Xie Yi l'entendit inspirer.

Mécontent, Mingtian recula. « Pourquoi es-tu blessé ? Et pourquoi sens-tu la poudre ? »

Les lèvres de Xie Yi se pincèrent légèrement. « Ce n'est rien. J'ai simplement été un peu irrité parce que des femmes se sont trop approchées pendant que nous buvions. »

« Il ne les a pas repoussées clairement, alors elles ont cru qu'elles devaient le servir », ajouta obligeamment Shi Yue.

Le visage de Mingtian se tordit en une expression très inhabituelle, totalement indéchiffrable. Il déglutit. « Vous… Vous l'avez emmené dans un bordel ?! »

Tout le monde se figea.

Le silence constituait une réponse suffisante.

Mingtian s'agrippa les cheveux et inspira profondément, comme s'il allait se mettre à jurer, avant de se retenir de justesse. Ses dents grincèrent tandis qu'il tournait en rond sur place.

Ni Shi Yue ni Huo Cheng ne comprenaient ce que ce comportement était censé signifier.

En réalité, Mingtian se réprimandait lui-même.

Shi Yue avait dit qu'il le distrairait ; pour le commun des mortels, un bordel était effectivement une excellente distraction, et il n'y avait là rien d'étrange.

Mais… c'était Xie Yi !

Son petit, innocent Xie Yi ! (Bon, innocent sur bien des points n'était pas le mot juste, mais sur celui-là, si.)

Il ne savait même plus par quoi commencer à paniquer ! Ils auraient pu le dévorer ! Ou… se faire tuer eux-mêmes, peut-être ! Ils avaient mis Xie Yi mal à l'aise ! Ils auraient pu lui apprendre toutes sortes de choses douteuses ! Et avec Shi Yue à ses côtés, Xie Yi n'aurait jamais rejeté quoi que ce soit de manière catégorique !

Par tous les dieux ! Toute cette situation était… était…

Non !!

Son petit frère !

Dans un bordel !

Mingtian résista à l'envie de serrer Xie Yi dans ses bras uniquement pour se calmer lui-même. Il fit de son mieux pour adresser au maître du jeune homme, ainsi qu'à la personne supplémentaire — dont il se souciait honnêtement assez peu — un sourire incroyablement forcé et raide.

« Quoi qu'il en soit, merci de l'avoir distrait pendant un moment. »

En voyant le visage crispé de Mingtian, Shi Yue afficha une expression légèrement étrange.

« Tu les as tous eus ? » demanda Xie Yi sur le côté, la voix devenue plus froide.

Huo Cheng tourna la tête vers lui avec surprise.

Mingtian éclata d'un rire plein d'affection. « Disons que ce lac possède désormais quelques os supplémentaires pour soutenir son fond. J'y ai largement contribué. »

L'homme aux cheveux noirs acquiesça avec satisfaction. « Bien… »

« Nous allons donc prendre congé. Jusqu'à notre prochaine rencontre, Maître Li, monsieur le cultivateur », dit Mingtian en s'adressant aux deux hommes restés en arrière, avant de retourner vers le quai et de sauter dans l'une des barques. Le vieil homme qui s'y trouvait attendait patiemment que son autre passager monte à bord.

Xie Yi regarda Mingtian, puis revint vers Shi Yue.

Il s'inclina. « Merci pour aujourd'hui. C'était agréable. »

Ces mots lui semblaient étranges sur la langue. Dans sa vie passée, il les avait prononcés d'innombrables fois, dans toutes sortes de circonstances, mais les dire ainsi à quelqu'un, pour parler du plaisir d'avoir simplement passé du temps ensemble, était différent. Autant qu'il s'en souvenait, il ne les avait encore jamais employés dans ce sens.

Il voulait que Shi Yue le sache.

Que c'avait été agréable de discuter avec lui et de passer quelques heures sans rien faire de particulier. Être simplement assis côte à côte, à converser. Ses sentiments étaient plus mitigés concernant le moment où Huo Cheng les avait rejoints, mais il avait malgré tout apprécié cette nuit.

Shi Yue lui rendit un sourire sincère et s'inclina à son tour. « J'espère que nous pourrons recommencer un jour. »

« Avec moi aussi ! » intervint grossièrement Huo Cheng en passant un bras autour des épaules de Shi Yue. « Ne m'oublie pas ! Moi aussi, j'aime ce genre de compagnie ! »

Xie Yi laissa échapper un petit rire, puis se retira et rejoignit Mingtian. La bête attendit qu'il soit assis dans la barque avant de s'installer à son tour à ses côtés. Xie Yi se retourna et adressa un signe de la main à son maître.

La barque se mit doucement à tanguer tandis qu'ils s'éloignaient du quai.

Leurs épaules se touchant, Xie Yi était assez près pour sentir l'odeur métallique du sang sur Mingtian.

C'était apaisant.

Il baissa les yeux vers l'eau, qui commençait à refléter les rayons dorés du soleil, et essaya d'en apercevoir le fond, dans l'espoir d'entrevoir les tout derniers cadavres venus s'y ajouter.

 

Traduction: Darkia1030

 

 

 

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