Weird disciple - Chapitre 97 - Pas ce genre d'intention

 

C’était un pendentif en jade. Techniquement, c’était un présent assez délicat et quelque peu problématique, puisqu’il était principalement utilisé comme gage d’amour, mais Shi Yue ne doutait pas que Xie Yi n’en avait aucune idée et qu’il n’avait nullement l’intention de le faire prendre pour tel.

Le pendentif en jade blanc avait la forme d’un croissant de lune. Le cordon qui l’entourait était doré — au moins, il n’était pas rouge, heureusement — et se terminait par un gland fin. À première vue, c’était un joli ornement, mais rien de particulier.

Cependant, Shi Yue le voyait autrement.

C’était le présent de Xie Yi et il répondait à toutes ses attentes : le jade était couvert, encore et encore, de formations. Il le souleva pour les examiner et les parcourut du regard, un sourire ravi aux lèvres.

Les formations de son disciple avaient toujours été extrêmement simples et dépourvues de fioritures. Depuis qu’il avait commencé à dessiner comme Shi Yue le lui avait ordonné afin de se calmer, les formations tracées par Xie Yi étaient devenues plus nettes et beaucoup plus artistiques.

Ce pendentif révélait toute l’étendue de ses compétences. Les gravures étaient délicates et joliment entrelacées, ressemblant davantage à des décorations qu’à quelque chose d’utile. La technique nécessaire pour parvenir à ce résultat était complexe — le jeune homme faisait une fois de plus preuve d’un talent très supérieur à ce que son âge laissait supposer. On pouvait même dire qu’il était arrivé à un niveau où cela lui serait utile pour forger son épée spirituelle.

Le petit pendentif avait manifestement été soigneusement conçu. Shi Yue était à l’origine né dans une région plus septentrionale du pays, où il faisait plus froid, et il avait toujours apprécié les températures fraîches.

Le jade était parcouru de formations qui le maintiendraient toujours légèrement frais au toucher, sans jamais se réchauffer, et lui permettraient de diffuser le parfum légèrement sucré de l’hamamélis. D’autres formations amélioraient sa solidité ainsi que celle du cordon, mais les principales étaient destinées au parfum et à la température.

Shi Yue fut surpris. Il ne s’attendait pas à ce que Xie Yi se soit souvenu qu’il aimait l’hamamélis ; il n’y en avait qu’un seul arbuste dans son jardin.

Avait-il demandé à quelqu’un à son sujet ?

C’était une plante qui fleurissait en hiver ; il était possible qu’il se fût montré curieux en la voyant.

Quoi qu’il en soit, c’était un magnifique présent. Comme il était petit et léger, Shi Yue pouvait facilement le porter sur lui, et les intentions qui se cachaient derrière étaient attentionnées.

Si seulement il n’avait pas autant l’apparence d’un gage d’amour.

« C’est un très joli présent. Merci de me l’avoir offert », dit Shi Yue, à moitié amusé par la vue de Xie Yi qui semblait terriblement embarrassé. Oh, il parviendrait bien à faire passer cela pour un simple pendentif en jade qu’il portait par hasard. « Maintenant, dis-moi pourquoi tu es venu. »

Xie Yi inspira.

« Je ne veux pas que quelqu’un d’autre forge mon épée », déclara-t-il avant de poursuivre sans marquer de pause. « Le minerai est important pour moi. Les autres matériaux sont des choses que j’ai moi-même rassemblées avec Mingtian. Je ne veux simplement pas les confier à quelqu’un d’autre. Mingtian est même allé jusqu’à casser une partie de sa corne pour moi. »

Il observa Shi Yue, qui s’était adossé en arrière, tout en parlant, prêt à s’arrêter si l’homme montrait le moindre signe de mécontentement.

« J’ai un cristal d’âme et je pense que si je l’utilise, cette épée aura un esprit. Je ne veux que personne d’autre ait quoi que ce soit à voir avec l’épée qui aura mon esprit ! Elle est à moi ! »

Il ravala de nouveau son irritation. Shi Yue continua de sourire. « Pourquoi ne pas faire preuve d’un peu plus de patience et t’entraîner d’abord avec d’autres choses ? »

« J’ai le sentiment que je serai plus calme une fois qu’elle sera terminée. Je ne pense pas devoir attendre longtemps », tenta de se défendre Xie Yi.

« Pour quelle raison ? »

« L’intuition. »

Shi Yue émit un léger son pensif et garda le silence.

Le maître et le disciple continuèrent à se regarder dans les yeux jusqu’à ce que Xie Yi commence à s’agiter. « Alors… peux-tu me dire pourquoi tu refuses de me laisser essayer ? »

« Bien sûr », répondit joyeusement Shi Yue. Même si c’était sur la suggestion de quelqu’un d’autre, son disciple était venu le questionner. C’était une bonne chose.

Patiemment, il lui expliqua ses inquiétudes. Xie Yi semblait ne pas avoir conscience des conséquences possibles d’une erreur et fronça les sourcils.

« Comprends-tu que, en tant que ton maître, je refuse de te laisser foncer droit dans cette situation ? » conclut-il doucement.

Xie Yi hocha plusieurs fois la tête. « Oui, je comprends maintenant. »

Le soulagement déferla sur lui. Il y avait une véritable raison logique au comportement de Shi Yue. Il n’aurait jamais pensé que cela puisse être aussi apaisant.

Lorsqu’il avait rencontré Mingtian à l’époque, il avait pensé que les choses finiraient par rentrer dans l’ordre assez rapidement. Avec son aide, il apprendrait sûrement vite à se comporter comme n’importe quelle autre personne.

À présent, il commençait à comprendre que pour chaque chose qu’il apprenait, deux nouveaux problèmes surgissaient.

Il se trouvait constamment à faire des allers-retours entre les personnes qui lui donnaient des conseils sur la manière d’interagir avec les autres.

Xie Yi expira entre ses lèvres, faisant voler une mèche de ses cheveux devant lui.

« Shi Yue, je ne sais pas si c’est une mauvaise chose de le dire maintenant, mais je veux toujours savoir si je peux te convaincre de me laisser essayer… »

« Bonne réaction », le félicita Shi Yue, comme si celui qui se trouvait devant lui était un petit animal. « Ce n’est jamais une mauvaise idée d’essayer d’expliquer son point de vue aux autres et de voir si l’on peut éventuellement les convaincre — même s’il faut savoir quand battre en retraite. Dans ce cas-ci, c’est très bien. Qu’est-ce qui, selon toi, pourrait me convaincre ? »

Ah, Shi Yue revenait encore en mode leçon. Xie Yi s’appuya sur ses coudes et se mordilla la lèvre. « Hmm… Peut-être si je prouve que je suis doué pour la forge ? Je pourrais d’abord forger des choses moins dangereuses ? »

Son maître lui fit signe de poursuivre.

« Peut-être si je demande à l’un des Maîtres Forgerons de me faire passer un examen ? Puisqu’ils peuvent te dire si je suis susceptible d’y arriver ou non, n’est-ce pas ? S’ils disaient que c’est bon, tu serais plus facilement convaincu que si c’était moi qui te le disais ? »

Le Grand Maître afficha une expression satisfaite. « Bonne suggestion. C’est ce que nous allons faire. Je peux fournir le matériau et prendre en charge tous les autres frais nécessaires, mais tu devras convaincre toi-même l’un des professeurs de te faire passer un test. Et cette fois, pas question de demander de l’aide à tes amis. »

Aussi appréciable fût-il que tout le monde soutienne Xie Yi, il ne voulait pas que son disciple prenne l’habitude de toujours accepter leur aide sans réfléchir lui-même au problème.

Xie Yi n’était pas mauvais pour résoudre les problèmes ; il ne cherchait simplement jamais à appliquer cette capacité aux êtres humains. Chaque personne était différente, mais cela ne signifiait pas qu’il n’existait pas certains schémas que l’on pouvait apprendre et qui étaient utiles pour interagir avec les autres. Prenons les marchands, par exemple.

Son disciple réfléchit un moment à la situation, mais finit par hocher la tête. « Mh-hm. Je les convaincrai moi-même. »

« Juste un conseil : la violence est une mauvaise idée. »

« …Je sais. Je n’envisageais pas ça. »

« Non ? »

« … »

Cette fois, Xie Yi marqua une pause suspecte d’une demi-seconde.

« Pas vraimeeeent… », répondit-il en étirant les mots un peu trop longtemps.

Shi Yue sentit son visage tressaillir.

Mon petit disciple est un peu trop assoiffé de sang. Mieux vaut le lui rappeler de temps en temps.

« Y a-t-il d’autres problèmes dont tu souhaites parler ? »

Xie Yi afficha une expression qui disait clairement « Oui, beaucoup », mais ses lèvres se figèrent et Shi Yue interpréta cela comme le fait que le jeune homme ne souhaitait pas encore en parler.

« Repars. »

« D’accord ! »

Une fois de plus, le jeune homme quitta les quartiers supérieurs.

Les gardes avaient le sourire aux lèvres, mais se retinrent de rire devant le jeune homme insensé qui faisait des allers-retours.

Xie Yi les ignora.

« Qu’est-ce que tu lui as donné ? » demanda Li Mei en premier lorsqu’il s’approcha d’elle. Le voir de bonne humeur lui suffit pour comprendre que les choses s’étaient bien passées, si bien qu’elle se concentrait désormais sur ses propres priorités.

« Un pendentif en jade », répondit Xie Yi par réflexe, avant de se demander pourquoi exactement elle voulait le savoir et ce qu’elle comptait faire de cette information.

Li Mei fut d’abord surprise, puis afficha un large sourire. « Pourquoi ça ? »

« C’est petit, ce n’est pas trop voyant, et c’est quelque chose qu’on peut couramment porter sur soi. »

« Ah. Comme prévu. Tu ne cesses jamais de confirmer mes attentes concernant les choses que tu ignores. C’est mignon. »

« Hein ? »

« Non, non. Ne fais pas attention à moi. »

Li Mei gloussa. Si elle lui expliquait, cela ne ferait que mettre le garçon mal à l’aise, puisqu’il s’agissait d’un simple présent et non d’un gage d’amour. « Je suis heureuse que tu sois de nouveau de bonne humeur. Souviens-toi : la communication est très importante ! »

« Frapper les gens est plus facile », répondit Xie Yi à moitié sérieusement.

Elle lui fit un clin d’œil. « Certes, mais si nous passons toute la journée à frapper des imbéciles, nous finirons par avoir des crampes aux bras. »

Elle épousseta sa jupe. « Mission accomplie. Je dois retourner auprès de mon maître. On se voit plus tard ? »

« Mh », répondit Xie Yi en hochant la tête.

De bonne humeur, il voulut aller retrouver Mingtian.

La bête n’avait pas été présente de toute la journée, ce qui était étrange. À présent, Xie Yi avait toutefois une vague idée de la manière de localiser la bête et comptait partir à sa recherche.

C’était un peu comme savoir où se trouvait quelqu’un. Ce n’était pas vraiment une sensation précise, mais plutôt une sorte de perception qui l’aidait à retrouver Mingtian tant que celui-ci ne se trouvait pas trop loin.

À présent, il savait que Mingtian était de nouveau parti dans la forêt — la partie dont la secte ne s’occupait jamais et qui était plutôt tranquille.

 

Traduction: Darkia1030