Political scheming - Chapitre 52 - Le stratagème de séduction de l'Empereur !

« Votre serviteur, Chen Jun, demande à voir Votre Majesté ! »

« Votre serviteur, Wu Hongyuan, demande à voir Votre Majesté ! »

« Votre serviteur… »

Des voix s’élevèrent les unes après les autres devant les portes de la salle. Yan Ren continuait à copier les textes avec un calme imperturbable, tandis que Lu Ping demanda, surpris : « Comment sont-ils arrivés jusqu’ici ? Je ne les ai pas convoqués. Comment les eunuques ont-ils pu les laisser franchir la porte Yiqiu ? »

À entendre leurs voix, ils devaient être nombreux. Il était évident qu’ils avaient forcé le passage. Après tout, il s’agissait de hauts fonctionnaires de troisième rang ou supérieur ; les eunuques n’avaient, quoi qu’il en soit, aucune raison de réellement leur barrer la route.

Lu Ping renifla froidement : « Je ne les recevrai pas. Dites-leur que je me suis couché et que, s’ils ont quelque chose à dire, ils n’auront qu’à attendre demain. »

Da Sheng s’apprêtait à sortir pour transmettre ses paroles lorsqu’il entendit soudain quelqu’un crier à l’extérieur. C’était la voix de Liang Hansong : « Pourquoi Votre Majesté refuse-t-elle de sortir recevoir votre vieux serviteur ? Votre Majesté aurait-elle quelque difficulté ? »

Puis Chen Jun prit la parole : « Votre Majesté a certainement été prise en otage par quelqu’un et est retenue contre son gré ! »

Quelqu’un demanda ensuite : « Pourquoi y a-t-il autant de gardes ici ? Qui sont-ils, et pourquoi faut-il autant de soldats pour garder le Hall Qianqiu et empêcher quiconque d’y entrer ? »

Un silence s’installa. Il semblait qu’un ministre se soit avancé pour identifier les soldats. Soudain, il poussa un cri : « C’est l’armée de Zhenbei, c’est l’armée de Zhenbei ! Comment est-ce possible ?! »

Un véritable tumulte éclata devant la salle.

Yan Ren finit par poser son pinceau, fronça les sourcils et leva les yeux vers les portes de la salle, hermétiquement closes.

Voyant cela, Lu Ping déclara aussitôt : « Da Sheng, va demander à l’armée de Zhenbei d’encercler les portes de la salle. Ils ne doivent pas pouvoir entrer. »

« Oui. »

Da Sheng ouvrit les portes et sortit. Quelques instants plus tard, il sembla que quelqu’un avait interrompu ses paroles, car une dispute de plus en plus véhémente éclata à l’extérieur.

« Eunuque Da, est-ce qu’il est arrivé quelque chose à Sa Majesté ? Dites-nous la vérité. Même s’il nous faut perdre la tête et verser notre sang, nous devons sauver Sa Majesté ! »

« Serait-ce Yan Ren ? »

« Je savais bien que c’était Yan Ren ! Ce traître rebelle ose aller jusqu’à s’en prendre à son supérieur et, en plein jour, faire entrer ouvertement l’armée de Zhenbei dans la cité impériale pour encercler les appartements de Votre Majesté et passer la nuit au Hall Qianqiu. C’est une véritable rébellion contre le Ciel, c’est absolument inadmissible ! »

« Se prend-il pour l’empereur ? Il occupe les appartements sacrés de Sa Majesté et usurpe la place de l’hôte ! C’est un crime de rébellion, et la loi prévoit qu’il soit exécuté ! »

« Laissez-nous entrer ! Nous voulons sauver Votre Majesté ! »

Les esprits s’échauffèrent quelque peu. Da Sheng eut beau tenter de calmer la situation par tous les moyens et avec les paroles les plus conciliantes, il ne parvint pas à maîtriser la scène. Une rangée de soldats de l’armée Longwu, revêtus d’armures lourdes et équipés d’armes de qualité, formait un véritable mur infranchissable entre les ministres et les portes de la salle, leur interdisant tout passage.

Yan Ren finit par ne plus pouvoir rester assis. Le visage sombre, il se leva.

Lu Ping déclara aussitôt : « Yan Ren, où vas-tu ? »

Yan Ren désigna l’extérieur et répondit : « Ces fonctionnaires civils me calomnient. Je dois sortir leur expliquer clairement la situation. »

Mais il ne fallait surtout pas qu’il aille s’expliquer ! Une fois la situation exposée au grand jour, comment Lu Ping pourrait-il lui-même expliquer pourquoi il avait convoqué Yan Ren au milieu de la nuit ? Il se leva précipitamment pour rattraper Yan Ren : « Attends, n’y va pas ! »

Yan Ren venait tout juste d’arriver près de la fenêtre à demi fermée lorsqu’il entendit par hasard les discussions à l’extérieur, tantôt distinctes, tantôt indistinctes.

Au début, ce fut la voix de Liang Hansong : « Messieurs les ministres, serait-il possible que ce soit Sa Majesté elle-même qui ait convoqué le Grand Maréchal Yan pour passer la nuit au palais ? »

Chen Jun s’emporta : « Quelle foutaise ! Comment Sa Majesté accepterait-elle volontairement qu’un homme aussi féroce et cruel passe la nuit auprès d’elle ? C’est absurde ! »

Liang Hansong, tout tremblant, répondit : « Seigneur Chen, veuillez ne pas manquer aux convenances devant l’empereur… »

« Les faits sont là !… »

Chen Jun continua son discours sans s’interrompre, intarissable, le ton passionné et empreint d’une indignation qu’il jugeait parfaitement légitime.

Lu Ping esquissa un sourire embarrassé et attrapa la manche de Yan Ren. « Qu’ils disent ce qu’ils veulent. Lorsqu’ils seront fatigués de se disputer, ils finiront bien par rentrer. N’y prêtons pas attention ; retournons lire. »

Yan Ren baissa les yeux vers la main posée sur sa manche et répondit :

« Impossible. Ces lettrés ont déformé ma réputation au point de m’imputer des crimes entièrement inventés. Je ne laisserai jamais de telles calomnies retomber sur moi. »

Sur ces mots, il se retourna pour avancer.

« Non, non, non ! Yan Ren ! Attends… »

Pris de panique, Lu Ping se précipita pour rattraper sa manche, mais trébucha sur le pan de sa propre robe et s’étala lourdement sur le sol.

Boum !

En entendant le bruit, Yan Ren se retourna aussitôt. Son regard s’assombrit ; en deux ou trois pas, il revint près de lui, s’accroupit et demanda en fronçant les sourcils : « Vous allez bien ? »

« Je n’ai ri… »

Lu Ping allait répondre « rien », puis s’interrompit brusquement.

S’il disait qu’il allait bien, Yan Ren le laisserait là pour sortir affronter ces ministres. Dans L’Art de la guerre, il existait un stratagème appelé le stratagème de l’auto-mutilation (NT : feindre ou accepter de souffrir pour tromper l’adversaire) ; il convenait parfaitement à la situation. Ce serait du gâchis de ne pas s’en servir.

À cette pensée, Lu Ping força quelques larmes à monter dans ses yeux et gémit : « J’ai mal… Je ne peux plus me relever. Je ne peux plus marcher. »

La main de Yan Ren se posa légèrement sur sa cheville droite. Après un instant de réflexion, il ouvrit la bouche : « Quelqu’un, qu’on… »

À peine ces mots prononcés, Lu Ping leva précipitamment la main pour lui couvrir la bouche.

Sa paume se plaqua contre des lèvres chaudes, tous deux demeurèrent figés.

Le contact, si doux, fit trembler involontairement la main de Lu Ping. Le souffle contenu de Yan Ren effleura la base de son pouce, provoquant un chatouillement presque insupportable. Lu Ping retira vivement sa main et improvisa maladroitement : « Je suis trop lourd… Les serviteurs ne sauraient pas me porter. Si cela ne te dérange pas… pourrais-tu me ramener dans tes bras ? »

La surprise envahit aussitôt le regard de Yan Ren.

Lu Ping savait que cette demande était soudaine, mais, pour Yan Ren, ce n’était guère difficile. Il murmura malgré lui : « De toute façon… ce n’est pas la première fois que tu me portes. »

L’étonnement de Yan Ren se mua en stupeur.

Après une brève hésitation, il finit par se pencher, passa un bras sous le dos de Lu Ping et l’autre sous ses genoux, puis se prépara à le soulever.

Craignant qu’il n’ait du mal à se redresser, Lu Ping entoura aussitôt son cou des deux bras et enfouit son visage contre sa poitrine.

Dans L’Art de la guerre, il existait encore un autre stratagème : le stratagème de la beauté (NT : séduire pour atteindre son objectif). Lu Ping ne savait plus très bien si ce qu’il faisait relevait du premier ou du second. Après tout, s’il était question de son apparence, parler de beauté n’était peut-être pas exagéré.

‘Et si… je le séduisais vraiment ?’ pensa-t-il confusément.

À cet instant, des cris éclatèrent de façon tout à fait inopportune derrière la porte : « Regardez l’ombre projetée par la lumière des bougies ! C’est Yan Ren ! »

Comme si tous les regards s’étaient tournés vers la silhouette noire dessinée sur la fenêtre de gaze par les flammes, chacun reconnut effectivement le profil de Yan Ren.

Au même moment, Yan Ren venait de soulever Lu Ping dans ses bras et s’apprêtait à rentrer vers l’intérieur.

« Yan Ren a porté Sa Majesté ! Cette couronne, c’est bien celle de l’empereur ! » s’écria quelqu’un.

Tout le monde sombra dans le désespoir.

« Yan Ren, qu’es-tu en train de faire ?! Repose immédiatement Sa Majesté ! Sa Majesté est bel et bien prise en otage ! Majesté ! Majesté ! »

« Arrête-toi ! Tu n’as pas le droit d’humilier Sa Majesté ! »

« Ne me retenez pas ! Laissez-moi entrer sauver l’empereur ! »

« À l’aide ! Une si vaste cité impériale… n’y a-t-il donc plus d’autre garde impériale ? »

« Yan Ren non seulement retient Sa Majesté en otage, mais il ose encore… oser une chose aussi sacrilège, aussi inavouable ! C’est du jamais vu dans l’histoire, pire encore que Wang Mang ! Quelle farce monstrueuse ! »

À l’extérieur, certains pleuraient, d’autres hurlaient, il semblait même que quelques-uns se frappaient la tête contre le sol. Rien qu’à l’entendre, la scène était d’une violence incroyable.

Yan Ren inspira profondément et fit un pas vers la porte tout en tenant Lu Ping dans ses bras.

Craignant qu’il ne sorte malgré tout affronter les ministres, Lu Ping leva précipitamment les mains et lui couvrit doucement les oreilles. « N’écoute pas. »

Le regard de Yan Ren s’abaissa sur lui.

Les yeux plissés par un sourire, Lu Ping murmura : « Grand Maréchal Yan… rentrons. »

À ces mots, les sourcils de Yan Ren se soulevèrent d’un mouvement presque imperceptible.

Lu Ping en resta interdit.

Il venait de découvrir, pour la première fois, un changement sur son visage.

Depuis le retour de Yan Ren à la capitale, son expression devant les autres avait toujours été indéchiffrable, impossible à lire. Or, pour la première fois depuis trois ans, il retrouvait cette expression familière d’autrefois : une lueur de malice et d’amusement brillait dans ses yeux, comme s’il allait, l’instant d’après, lancer une plaisanterie moqueuse.

Mais cette expression disparut aussitôt. Son visage retrouva son calme habituel et Lu Ping ne put plus la retrouver.

Yan Ren le porta pas à pas vers les appartements intérieurs, tandis que, derrière eux, les lamentations continuaient à retentir par intermittence.

Liang Hansong sanglotait : « Votre vieux serviteur est incapable ! Voir Sa Majesté livrée aux attouchements d’un ministre félon, sans oser résister ni pouvoir entrer la sauver… Quelle honte ! À quoi bon rester Premier ministre ? Autant mourir pour témoigner de ma loyauté ! »

« Seigneur Liang, surtout pas ! » s’écrièrent aussitôt les autres.

« Grand Chancelier Liang, pourquoi vouloir vous fracasser la tête contre les marches ? Vite, soutenez-le ! Le Grand Sheng a encore besoin de vous ! »

Dehors, Da Sheng aperçut Liang Hansong dans un état pitoyable, une entaille sanglante sur le front. Il ne put qu’envoyer quelqu’un chercher un médecin impérial.

Sous ses yeux, tout le monde s’empressa de relever Liang Hansong. Soutenu par plusieurs personnes, celui-ci s’assit à même le sol, haletant, essuya ses larmes du revers de sa manche et leva la tête vers le ciel dans un profond soupir de désespoir : « Le Ciel veut la perte du Daheng ! Le Ciel veut la perte du Daheng ! »

Da Sheng : « … »

Peu à peu, les pleurs et les clameurs s’éloignèrent et les appartements intérieurs retrouvèrent un peu de silence.

Qiu Shui et Zhile, voyant Yan Ren porter Lu Ping dans ses bras, accoururent avec affolement : « Votre Majesté, vous… Général Yan, vous… »

Yan Ren leur jeta un regard.

Ce regard n’avait rien de bienveillant. Zhile en resta le cou raidi de frayeur.

Qiu Shui n’osa pas davantage s’interposer. Elle jeta seulement un coup d’œil vers la salle extérieure, où plusieurs servantes et eunuques se tenaient de chaque côté, la tête baissée, tremblants; ils avaient probablement voulu, eux aussi, demander à Yan Ren de reposer Lu Ping, mais un seul de ses regards les avait fait reculer.

Lu Ping releva la tête de la poitrine de Yan Ren et dit à Qiu Shui et Zhile : « Je vais bien. Sortez d’abord toutes les deux. »

Qiu Shui poussa un soupir de soulagement, prit Zhile par la main et quitta les appartements intérieurs.

Yan Ren déposa Lu Ping sur le lit, puis s’accroupit naturellement au chevet et demanda aussitôt : « Votre Majesté, qu’est-ce que tout cela signifiait ce soir ? »

Lu Ping se gratta la tête : « Euh… je… je ne savais vraiment pas qu’ils viendraient semer un tel vacarme dans mes appartements. Je suis désolé de t’avoir entraîné là-dedans. »

Yan Ren fronça les sourcils, cette réponse ne semblait manifestement pas le satisfaire.

Après un long silence, il reprit : « Votre Majesté souhaite-t-elle réellement que je vienne chaque soir au Hall Qianqiu pour annoter les ouvrages ? »

Lu Ping resta un instant sans voix.

S’il répondait qu’il le souhaitait, il n’avait aucune raison valable à invoquer; cela paraîtrait bien trop forcé. Mais s’il répondait que non, il risquait de ne plus jamais pouvoir le voir d’aussi près.

Sans attendre sa réponse, Yan Ren conclut de lui-même : « Puisque telle est la volonté de Votre Majesté, votre serviteur viendra chaque jour. »

Les yeux de Lu Ping s’illuminèrent aussitôt et il sourit : « Très bien ! » Puis il demanda avec prudence : « Alors… demain, nous irons ensemble à l’audience du matin ? »

« Oui. » Yan Ren acquiesça, se releva, puis demanda : « Votre Majesté, faut-il faire venir un médecin impérial ? »

Lu Ping répondit : « Un médecin impérial ? Da Sheng en a déjà fait appeler un pour Liang Hansong. Il n’y a pas à s’inquiéter pour eux. »

Yan Ren le regarda un instant avant de préciser : « … Je parlais de votre cheville. »

Lu Ping se rappela seulement alors qu’il avait fait semblant de s’être foulé le pied. Il appuya donc sur sa cheville et s’exclama en feignant la surprise : « Ah ! Étrangement, je n’ai plus mal du tout. On dirait que c’est déjà guéri. »

Yan Ren : « … »

 

Traduction: Darkia1030

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