Political scheming - Chapitre 53 - Je l'ai fait volontairement !

À l’aube, alors que le ciel commençait à peine à s’éclaircir, le palais Taiji était déjà rempli de fonctionnaires venus assister à l’audience impériale, tous discutant à voix basse et à qui mieux mieux des événements de la nuit précédente.

Avant même que Lu Ping n’arrive, une paire de longues bottes dorées franchit le seuil de la grande salle. Vêtu de sa robe de cour violette, Yan Ren entra dans les rangs des ministres, les mains derrière le dos. Tous tournèrent les yeux vers lui. Bien qu’ils n’osent pas ouvrir la bouche, leurs regards trahissaient tantôt de la colère, tantôt de la peur.

Peu après, Lu Ping apparut enfin près du trône impérial, sur l’estrade.

Il avait le visage sans éclat. En voyant son teint, Chen Jun s’écria avec surprise : « Votre Majesté, pourquoi avez-vous si mauvaise mine ? N’avez-vous pas suffisamment dormi ? »

Lu Ping fronça les sourcils. Il était simplement de mauvaise humeur parce qu’il s’était levé trop tôt; comment se faisait-il que les yeux de Chen Jun fussent si perçants qu’ils pussent discerner son air soucieux même à travers le rideau de perles ? Il agita la main et dit : « Je vais bien. Messieurs les ministres, avez-vous quelque chose à présenter ? »

À ces mots, Chen Jun leva sa tablette rituelle et déclara d’une voix forte : « J’ai une affaire à soumettre à Votre Majesté. »

Lu Ping lui fit signe de poursuivre.

« Je demande que soit accusé le commandant en chef de l’armée de Zhenbei, Yan Ren, pour avoir foulé aux pieds les rites et les lois, s’être révolté contre son supérieur, avoir conduit des troupes pour encercler les appartements de Votre Majesté et avoir occupé votre lit impérial. Ses crimes sont extrêmement graves et ne sauraient être tolérés ! » déclara Chen Jun avec indignation.

À peine eut-il fini de parler que les autres ministres à ses côtés semblèrent soudain galvanisés. Ils levèrent tour à tour leurs tablettes rituelles et se bousculèrent pour prendre la parole.

Le censeur en chef adjoint Huang Song déclara : « Je demande moi aussi que soit accusé Yan Ren pour avoir fait fi des lois et de la discipline et avoir organisé de sa propre initiative des revues et des exercices militaires au camp de Zhenbei sans ordre impérial. Il nourrit des intentions rebelles, il convient de le jeter immédiatement en prison et d’enquêter sur ses crimes avec la plus grande sévérité ! »

Wang Xuzhong déclara à son tour : « Je demande également que Yan Ren soit accusé d’avoir accepté en privé des pots-de-vin d’autres fonctionnaires, d’avoir organisé des banquets aux frais des fonds publics… »

« J’accuse également Yan Ren… »

Lu Ping sentit ses paupières tressaillir sans arrêt.

Il jeta discrètement un coup d’œil à Yan Ren et le vit se tenir à sa place, séparé des fonctionnaires civils à sa droite par une frontière aussi nette que celle qui séparait Chu et Han (NT : deux camps rivaux qui s’affrontèrent en Chine après la chute de la dynastie Qin, entre 206 et 202 av. J.-C.). Ils se faisaient face, mais Yan Ren gardait toujours une expression impassible, comme si toutes ces accusations ne l’atteignaient en rien.

Lu Ping sourit et dit : « Vous avez tous mal compris. Ces derniers jours, c’est moi-même qui ai convoqué Yan Ren au palais Qianqiu afin de travailler sur des textes anciens et, accessoirement… de nous remémorer le passé. Comme il se faisait tard, je lui ai demandé de rester pour se reposer. »

Un murmure de surprise et de suspicion s’éleva soudain dans la grande salle, tandis que les fonctionnaires se mirent à chuchoter entre eux.

Soudain, quelqu’un émit un doute : « Dans ce cas, pourquoi l’avoir convoqué à la tombée de la nuit pour qu’il ne reparte qu’à l’aube, au lieu de le convoquer durant la journée ? »

Un autre ajouta : « En effet, pourquoi les environs du palais Qianqiu étaient-ils entièrement occupés par d’anciens soldats de l’armée de Zhenbei ? »

« Pourquoi Votre Majesté était-elle dans l’impossibilité de sortir pour nous recevoir ? »

Lu Ping répondit : « Parce que… »

« Votre Majesté ! »

Il n’avait pas encore terminé sa phrase que Chen Jun l’interrompit brutalement. Levant bien haut sa tablette rituelle, les yeux écarquillés et l’air profondément indigné, il déclara : « Votre Majesté, n’auriez-vous pas quelque difficulté indicible, un scélérat vous aurait-il contraint à garder le silence sur la vérité ? »

Lu Ping resta un instant sans voix.

Les ministres, quant à eux, se mirent à l’approuver les uns après les autres.

« À voir Votre Majesté hésiter ainsi, il est évident que vous avez des souffrances que vous ne pouvez exprimer ! »

« N’ayez pas peur, Votre Majesté ! Nous sommes tous ici, dans le palais Taiji. Dites donc tout ce que vous souhaitez dire, sans avoir peur ! »

Lu Ping ne s’était pas attendu à ce que la situation prenne une tournure aussi éloignée de ses prévisions. Il ne sut s’il devait en rire ou en pleurer et déclara : « Messieurs les ministres, vous vous méprenez véritablement. J’étais parfaitement consentant. C’est de mon plein gré que j’ai voulu que le général Yan reste passer la nuit dans mes appartements. Cela n’a rien à voir avec lui. »

Après avoir parlé, il vit enfin les sourcils de Yan Ren se détendre légèrement.

Cependant, les ministres ne voulurent rien entendre. Les yeux remplis de larmes, le censeur en chef adjoint Huang Song pointa Yan Ren du doigt à distance et déclara d’une voix étranglée par les sanglots : « Messieurs les ministres, regardez donc ! Notre Empereur en est déjà réduit à être menacé et à avoir la bouche bâillonnée, au point de ne même plus oser dire la vérité ! »

« En effet ! Le grand chancelier Liang a déjà été tellement poussé à bout par Yan Ren qu’il a failli se suicider. Ce matin, il s’est déclaré malade et se repose pour se remettre de ses blessures, il ne peut donc pas assister à l’audience. En l’absence du chancelier Liang, nous devons d’autant plus protéger Votre Majesté et redresser le Dasheng ! »

Lu Ping : « … »

Il regarda Yan Ren avec une grande inquiétude. Celui-ci se tenait toujours bien droit, tandis que tous les autres l’accablaient de reproches en lui criant presque dans le dos. Bien qu’il gardât en apparence un visage impassible, comme le mont Tai s’effondrant devant lui sans qu’il ne change de couleur, il semblait pourtant qu’un froid glacial se fût mis à l’entourer, faisant frissonner le dos de chacun en plein cœur de l’été.

Soudain, quelqu’un déclara : « Seigneur Huang, ne vous livrez pas à des conjectures inconsidérées. En toute chose, il faut des preuves. Quelles preuves indiquent directement que le marquis Yan nourrit des intentions rebelles ? »

Lu Ping regarda celui qui venait de parler. Il s’agissait en réalité de Li Jiawen, vice-ministre de droite du ministère des Finances, un fonctionnaire d’ordinaire très discret.

Chen Jun ricana en entendant cela : « Les intentions de Sima Zhao sont connues de tous, jusqu’aux passants dans la rue. Pourquoi aurions-nous encore besoin de preuves ? »

Huang Song ajouta : « Exactement ! Seigneur Li, ne le défendez-vous pas ainsi uniquement parce que, comme Yan Ren, vous appartenez à une grande famille aristocratique et à une maison de noblesse ? »

« Vous ! » s’emporta Li Jiawen. « Je m’en tiens aux faits, alors ne mêlez pas les grandes familles aristocratiques à cette affaire ! »

Lu Ping sentit ses oreilles bourdonner tant le vacarme était grand. Il ne put que se lever et agiter les mains pour leur demander de cesser de se quereller, se préparant à fournir quelques explications supplémentaires.

Soudain, Yan Ren bougea.

Tous les regards se fixèrent sur lui. Yan Ren se retourna et, d’un pas lent et lourd, s’avança peu à peu jusqu’à Huang Song.

Huang Song le regarda, stupéfait.

L’instant suivant, Yan Ren leva haut la main.

Toute la salle fut saisie d’effroi. Huang Song, terrorisé, tomba aussitôt à terre et, brandissant sa tablette rituelle pour se protéger, s’écria : « Yan Ren, qu’est-ce que vous faites ! Vous voulez assassiner un fonctionnaire impérial en plein palais Taiji ? Votre Majesté, sauvez-moi ! »

Toute la grande salle sombra dans un silence de mort et chacun fut saisi de peur.

Lu Ping, intrigué malgré lui, s’avança jusqu’au bord de l’estrade pour mieux voir.

Cependant, la main de Yan Ren ne s’abattit pas.

De l’autre main, il épousseta sa large manche, puis baissa les yeux vers Huang Song et lui adressa un sourire qui semblait dissimuler une lame acérée. D’un ton léger, il déclara : « Je ne faisais qu’enlever un peu de poussière. De quoi avez-vous donc peur, Seigneur Huang ? »

Huang Song resta bouche bée.

Yan Ren poursuivit : « Je pensais que vous étiez d’un courage et d’une dignité à toute épreuve. Comment avez-vous donc pu être effrayé à ce point ? »

L’expression de Huang Song passa de la stupeur à la colère.

« Quant à savoir si je nourris réellement des intentions rebelles, il faut en discuter sur la base de preuves. Par exemple, ai-je pénètré dans le palais sans convocation ? Ai-je blessé Votre Majesté ne serait-ce qu’un peu ? La raison pour laquelle je suis entré au palais ces derniers jours est naturellement aussi claire qu’un miroir pour Votre Majesté, qui ne saurait accuser injustement son serviteur » déclara Yan Ren d’une voix suffisamment forte pour que tout le monde l’entende.

Huang Song se releva du sol et remit son bonnet officiel en place à deux mains, dans un état des plus pitoyables.

Yan Ren regarda Huang Song droit dans les yeux, puis releva de nouveau les commissures de ses lèvres en un sourire particulièrement inquiétant.

Il déclara : « Supposons que je contrôle déjà les gardes impériaux du palais. Messieurs les ministres, pensez-vous que vous pourriez encore sortir de ce palais Taiji vivants? »

« Vous… » Chen Jun afficha une expression profondément choquée.

Dans toute la salle, les jambes des fonctionnaires se mirent à trembler. Pris de panique, ils regardèrent autour d’eux avec inquiétude, se demandant s’ils pourraient encore s’enfuir.

Lu Ping ne put retenir un léger rire.

Après la fin de l’audience, Yan Ren descendit seul les marches du palais Taiji.

Il marchait sur la gauche, tandis que les autres ministres du parti des lettrés marchaient sur la droite. Aucun n’osait avancer à ses côtés. Tous étaient indignés sans oser protester, comme s’ils craignaient que Yan Ren n’eût qu’à agiter la main pour que les gardes impériaux à proximité se précipitent sur eux.

Une fois passée la porte Chengtian, Zong Yun vint à sa rencontre et l’interrogea sur ce qui s’était produit ce matin. Yan Ren lui en relata brièvement les événements.

Zong Yun lui ouvrit le rideau de la voiture et supposa à voix basse : « Ainsi, si Votre Seigneurie a fait poster autant de nos hommes devant l’entrée du palais Qianqiu, c’était pour cette raison : il voulait donner à notre maître une prise contre lui. »

Yan Ren ne confirma ni ne démentit et monta dans la voiture.

« Votre Seigneurie ira-t-elle encore au palais cette nuit ? Si Sa Majesté vous convoque de nouveau… »

« Trouve une raison de refuser » répondit Yan Ren après réflexion. Puis il demanda : « Je n’étais pas là cette nuit. S’est-il passé quelque chose ? »

Zong Yun répondit : « Tout va bien. » Il marqua une pause, puis ajouta avec hésitation : « Un domestique de la maison du marquis Yi’an est venu ce matin. Il a dit… il a dit que He Xinbai était ivre au pavillon Yuren et qu’il souhaitait voir Votre Seigneurie. »

Yan Ren fronça les sourcils. « He Xinbai ? Pourquoi est-il allé boire au pavillon Yuren de si bon matin ? »

Zong Yun répondit : « Il y est allé hier soir. Il paraît qu’il a bu toute la nuit et a refusé de se coucher jusqu’à l’aube. »

La voiture quitta la porte Chengtian en direction de la porte Zhuque. La grande avenue de la cité impériale était parfaitement paisible, tandis que le rideau de la voiture se balançait légèrement, faisant vagabonder les pensées de Yan Ren. Il déclara : « Rentrons nous changer puis allons au pavillon Yuren. »

Depuis son retour à Qian’an, c’était la deuxième fois que Yan Ren se rendait au pavillon Yuren.

La première fois, il y était venu avec Fu Yi et He Xinbai et leur soirée autour de l’alcool s’était finalement achevée sur une note désagréable.

Cette fois encore, il venait pour voir He Xinbai.

La décoration des lieux était encore plus luxueuse et imposante que trois ans auparavant. Cependant, comme il était encore tôt le matin, tout le pavillon Yuren était plongé dans le silence. Seule la chambre de He Xinbai était grande ouverte et l’on entendait de temps à autre le bruit d’une coupe qui se brisait.

Dès que Yan Ren entra, il entendit He Xinbai crier : « Ne vous occupez pas de moi ! J’ai seulement besoin de boire tout seul. Partez ! »

Une autre coupe tomba au sol et se brisa sur le tapis.

Yan Ren s’avança et vit He Xinbai serrer une jarre de vin contre lui, tout le corps affalé sur la table en pleurant à chaudes larmes : « Personne au monde ne me comprend ! Les étoiles ne me comprennent pas et la lune non plus ! »

Yan Ren tendit la main et lui tapota la joue. He Xinbai, surpris, se redressa brusquement. « Yan Zikeng ! Je veux voir Yan Zikeng ! »

Tout en parlant, il prit la coupe qu’il tenait à la main, ferma les yeux et, tourné vers l’avant, déclara d’une voix étranglée par l’émotion : « Zikeng, je bois à ta santé. »

Puis il versa d’un geste tout le vin sur le tapis.

Yan Ren : « … »

Il attrapa sans la moindre hésitation He Xinbai par le col, à l’arrière et le souleva entièrement. He Xinbai ouvrit les yeux, regarda qui était venu et, le regard hébété, demanda : « Zikeng, vous êtes vraiment venu ? »

Puis il se jeta sur Yan Ren et le serra violemment dans ses bras. « Je ne suis pas en train de rêver, n’est-ce pas ? Comment pourriez-vous venir dans un endroit pareil ! Vous ne viendriez jamais ! »

Après avoir fait l’ivrogne toute la nuit, il était remarquable qu’il eût encore autant de force. Yan Ren le laissa tirer sur son vêtement jusqu’à le froisser complètement et répondit avec patience : « C’est bien moi. J’ai entendu dire que tu souhaitais me voir pour une affaire ? »

À ces mots, He Xinbai s’excita davantage. « Faut-il forcément avoir une affaire pour vouloir te voir ? Pourquoi êtes-vous tous comme cela ? Ceux qui font la guerre font la guerre, ceux qui entrent dans les camps militaires entrent dans les camps militaires, ceux qui deviennent empereurs deviennent empereurs ! Vous êtes tous devenus des adultes étranges, occupés à vous agiter toute la journée pour rien ! Je ne peux même plus trouver quelqu’un avec qui boire ! »

À côté, Dame Xu déclara avec inquiétude : « Jeune maître He, parlez moins fort. Ne laissez personne vous entendre parler de l’Empereur dans son dos ! »

« Et alors ! Si je parle de l’Empereur devant lui, l’Empereur lui-même ne s’en offusquera pas ! » He Xinbai, pieds nus, se mit à tourner en rond sans ordre sur le tapis tout en criant. Puis il regarda soudain Yan Ren, retroussa les lèvres, les yeux remplis de larmes et ajouta: « Contrairement à certaines personnes, qui se mettent en colère au point de vouloir tuer quelqu’un dès qu’on les prend dans ses bras ! Bouhouhou… »

Yan Ren : « … »

Sous les yeux de He Xinbai s’étendaient deux traces de larmes parfaitement visibles. Les taches de vin et les traces de larmes s’étaient mêlées, le faisant paraître encore plus pitoyable et misérable. Après avoir pleuré, il s’avança de nouveau devant Yan Ren. « Zikeng, tu as changé. Depuis longtemps, nous ne sommes plus comme avant. »

Ses paroles ressemblaient tantôt à celles d’un homme ivre, tantôt à une confession venue du fond du cœur. Yan Ren rit amèrement intérieurement, mais son visage resta calme lorsqu’il répondit : « Après tout ce qui s’est produit, penses-tu vraiment que je puisse encore revenir à ce que nous étions autrefois ? »

He Xinbai resta un instant interdit, puis demanda avec perplexité : « Qu’est-ce qui s’est produit ? Tout ne va-t-il pas bien ? »

Une pointe de sarcasme apparut dans les yeux de Yan Ren. Il déclara : « Mon père est mort, ma mère est morte. Il ne reste plus que moi dans ma famille. »

He Xinbai resta de nouveau stupéfait. Quelques instants plus tard, il comprit et s’écria : « Mais qu’est-ce que cela a à voir avec moi ! Ce n’est pas moi qui ai causé la mort d’oncle et de tante ! Pourquoi m’avez-vous délaissé, moi et Fu Yi ? » Il attrapa la manche de Yan Ren et la secoua tout en l’accusant : « Pendant toutes ces années où vous n’étiez pas là, nous allions souvent chez toi pour rendre visite à ta mère. Ma mère et la duchesse du Guogong allaient elles aussi souvent tenir compagnie à ta mère pour la distraire et plaisanter avec elle. Même le Neuvième Prince… Non… même l’Empereur ! »

« Comment ça, Sa Majesté ? » demanda immédiatement Yan Ren.

He Xinbai, en pleurs, répondit : « Il vit au palais et venait chez toi encore plus souvent que moi. Il ne lui manquait presque plus que de lire tous les livres de ton cabinet ! Lorsque ta mère mourut, il fut retenu par certaines obligations et ne put quitter le palais. Il demanda alors à Lu Qiang d’aller rendre hommage à ta mère à sa place. Par la suite, il sortit même secrètement du palais pour aller se recueillir sur sa tombe. Notre affection pour toi n’a jamais changé ! »

He Xinbai essuya ses larmes sur l’épaule de Yan Ren et continua à le serrer dans ses bras en pleurant, tout en poursuivant ses lamentations, mais Yan Ren n’entendait déjà plus un seul mot.

« Bouhouhou… Zikeng, nous trois, les trois talents de Qian’an, pourrons-nous un jour redevenir comme avant… ? Nous avions promis de rester frères toute notre vie. Comment as-tu pu changer ainsi… ? »

Yan Ren soutint vaguement He Xinbai, tandis que ses pensées avaient depuis longtemps quitté le pavillon Yuren.

Il confia He Xinbai, ivre au point de ne plus tenir debout, aux domestiques et leur ordonna : « Ramenez-le à la demeure des He. »

Puis il se retourna et partit avec Zong Yun.

« Zikeng, Zikeng, ne pars pas ! » La voix de He Xinbai retentit derrière lui, s’éloignant peu à peu, mais Yan Ren fit comme s’il ne l’entendait pas.

*

Les après-midi du début de l’été étaient toujours propices à la somnolence. Après avoir déjeuné, Lu Ping n’eut le temps de lire que quelques mémoriaux avant de ne plus pouvoir tenir. Il regagna précipitamment le palais Qianqiu afin de faire une courte sieste.

Qiu Shui alluma au chevet un encens apaisant. Lu Ping n’avait même pas encore retiré son vêtement extérieur que des bruits agités retentirent soudain à l’extérieur du palais.

« Votre Majesté se repose ! Général Yan, vous ne pouvez pas entrer ! »

Lu Ping resta interdit. « Qui est-ce ? Yan Ren ? »

Les liens de son vêtement extérieur étaient encore défaits, le pan gauche et le pan droit de sa robe retombaient devant lui. N’ayant même pas le temps d’apprêter ses vêtements, il se précipita dehors et vit justement Yan Ren entrer.

Lu Ping fut à la fois surpris et ravi. « Pourquoi es-tu venu si tôt aujourd’hui… »

Il n’avait pas encore terminé sa phrase que Yan Ren était déjà arrivé devant lui et lui avait saisi le poignet.

Lu Ping poussa un cri de surprise.

Cependant, les mouvements de Yan Ren furent si rapides que, d’une poigne puissante, il tira déjà Lu Ping dans le sanctuaire intérieur et l’amena jusqu’au lit.

Dans un « Bang ! » Lu Ping tomba assis sur le lit, l’esprit complètement vide, incapable de comprendre ce qui venait de se passer.

 

Traduction: Darkia1030

Check: Hent_du

 

 

 

 

Créez votre propre site internet avec Webador