Political scheming -  Chapitre 54 - L'Empereur et le Général se sont réconciliés

Une douleur sourde se fit sentir à son poignet. Dans leurs mouvements de lutte, les pans de son vêtement avaient glissé sur ses épaules, tandis que le pan croisé de son vêtement intérieur, noué assez lâchement, s’était légèrement entrouvert. Lu Ping, haletant, demanda nerveusement : « Que se passe-t-il ? »

Yan Ren s’accroupit et s’agenouilla à demi devant la couche. Ses yeux s’accrochèrent fermement à ceux de Lu Ping, ne lui laissant aucun endroit où fuir.

« Que cherche exactement à faire Votre Majesté ? » demanda-t-il.

Lu Ping resta interdit : « Que veux-tu dire ? »

Il avait fait irruption sans raison dans sa chambre à coucher et lui demandait maintenant ce qu’il cherchait à faire ?

Yan Ren ne répondit pas. Il se releva soudain et se dirigea vers la salle extérieure. Sa démarche, rapide comme le vent, effraya tellement les deux servantes qui se tenaient à la porte qu’elles reculèrent précipitamment. Il saisit d’une main un paravent décoré de fleurs et d’oiseaux qui se trouvait là, inutilisé et le tira brusquement vers lui. Dans un grand bruissement, le paravent vint masquer la vue entre la salle intérieure et la salle extérieure.

La lumière s’assombrit aussitôt.

Lu Ping, lui aussi passablement effrayé, vit Yan Ren revenir au chevet de son lit et s’agenouiller de nouveau sur un seul genou. Celui-ci déclara : « Mettons les choses au clair ici même. Vous avez délibérément placé autant de soldats de Zhenbei incorporés aux gardes impériaux à l’extérieur, puis vous me faites venir chaque soir pour travailler à l’annotation de textes anciens. Quel est votre véritable objectif ? »

Ainsi, c’était cela qu’il demandait.

Lu Ping ne parvenait pas à comprendre dans quel but il lui posait cette question. Pendant un instant, il ne sut s’il devait dire la vérité et balbutia : « C’est, c’est… »

Yan Ren l’interrompit : « Ne serait-ce pas parce que vous voulez que votre serviteur conduise ces soldats pour s’emparer du palais Qianqiu, le faire sien, puis usurper le trône demain ? »

Le cœur de Lu Ping tressaillit. En imaginant une telle scène, il répondit simplement à voix basse : « Si cela pouvait vraiment se passer ainsi, alors je l’accepterais aussi. »

« Si ce n’est pas cela, alors qu’est-ce donc ? » demanda Yan Ren en retour.

Lu Ping leva les yeux vers son expression et découvrit qu’un de ses sourcils était légèrement arqué. Un sourire discret, plein d’intérêt, flottait sur ses lèvres, tandis que ses yeux étaient emplis de moquerie envers la personne qui se trouvait devant lui. Lu Ping en resta un instant comme étourdi.

C’était familier, et pourtant si lointain.

Il semblait que, depuis le retour de Yan Ren, c’était la première fois qu’il souriait ainsi devant Lu Ping. Celui-ci en vint presque à croire qu’il ne se trouvait pas dans le palais Qianqiu de la deuxième année de l’ère Yuanxiang, mais dans la cour Cangdi d’il y avait trois ans, et que Yan Ren était toujours le même Yan Ren, sans avoir jamais changé.

Lu Ping revint à lui et décida de tout révéler dans son intégralité : « Au début, je voulais simplement que tu passes tes nuits penché sur ton bureau à écrire avec acharnement, puis que tu rentres chez toi dormir pendant la journée, afin de ne plus avoir l’énergie de t’occuper de rébellion ou d’entraînement militaire. Plus tard… » À ces mots, il baissa inconsciemment la voix. « Plus tard, j’ai de nouveau eu profondément le sentiment de t’avoir fait du tort, alors je t’ai fait installer un lit… »

Yan Ren fit entendre un « Tss », puis demanda avec incompréhension : « Je suis sur le point de me rebeller et vous pensez encore m’avoir fait du tort ? »

Lu Ping lui-même ne savait pas pourquoi il avait pensé et voulu agir de la sorte. Mais après avoir vu Yan Ren passer toute une nuit à travailler à son bureau, il n’avait plus eu le cœur de le regarder se fatiguer ainsi pendant la nuit. Plus encore, il avait complètement oublié jusqu’à cette histoire de rébellion.

Lu Ping, peu disposé à s’avouer vaincu, répliqua : « Mais n'ai-je pas aussi employé une autre méthode ? J’ai fait en sorte que tous ces ministres pensent que j’avais été pris en otage par toi, que mes paroles et mes actes échappaient entièrement à ma volonté. De cette façon, tout Qian’an sait que tu comptes te rebeller. Comment pourrais-tu encore te rebeller après cela ? »

Yan Ren se tut.

Lu Ping observa attentivement son expression.

Yan Ren releva les yeux et déclara : « Votre Majesté, votre méthode est vraiment bien trop maladroite. »

Lu Ping : « … »

Lu Ping marmonna : « Je voulais seulement te faire renoncer devant la difficulté. »

Yan Ren répondit : « Non. Je l’affronterai de front. »

C’était effectivement tout à fait dans le caractère de Yan Ren.

Le cœur de Lu Ping était plein de ressentiment. Il déclara donc simplement : « Tu ne sais pas que, presque chaque nuit, je fais des cauchemars jusqu’au milieu de la nuit. Chaque fois que tu entraînes les soldats au camp de Zhenbei, je fais un cauchemar. Je rêve que des silhouettes noires se trouvent à l’extérieur des fenêtres du palais Qianqiu, qu’on entend des bruits de métal qui s'entrechoquent et les cris atroces des eunuques. Puis du sang éclabousse les voiles des fenêtres, quelqu’un fait irruption et, armé d’une longue hallebarde, tente de me tuer. »

Il décrivit avec force détails la scène de son rêve.

Yan Ren demanda : « Et m’avez-vous vu ? »

Lu Ping secoua la tête : « Non. J’ai dit aux soldats de la garde impériale de te tuer, puisque, de toute façon, je ne voulais plus vivre. Puis je me suis réveillé. » À ces mots, ses yeux commencèrent même à picoter. Il jeta discrètement un regard à Yan Ren et demanda avec hésitation : « Alors, comptais-tu vraiment te rebeller ? »

Yan Ren laissa échapper un ricanement : « Si j’avais voulu me rebeller, je l’aurais fait dès mon entrée dans la ville. Je n’aurais pas attendu jusqu’à maintenant. »

Là encore, c’était effectivement tout à fait dans le caractère de Yan Ren.

Lu Ping demanda : « Alors, que ferais-tu ? »

Yan Ren réfléchit à sa question, puis répondit d’un ton nonchalant : « Je nouerais une robe rouge dans mon dos, enfourcherais mon Renjian Feng, partirais de la porte Mingde pour attaquer jusqu’à la porte Zhuque, puis de la porte Zhuque jusqu’à la porte Chengtian. J’attacherais ensuite tous ces vieux bonshommes du palais Taiji et leur fourrerais du tissu dans la bouche pour leur éviter de pousser des cris. Puis j’encerclerais le palais Qianqiu et vous enfermerais à l’intérieur. »

La scène était si réaliste que Lu Ping en eut le cœur glacé de terreur et demanda malgré lui : « Et ensuite ? Est-ce que vous m’attacheriez moi aussi ? »

Yan Ren se mit à réfléchir et répondit avec désinvolture : « Hmm, je vous… Je vous attacherais au lit. »

Lu Ping : « Hein ? »

Yan Ren se leva soudain et, comme pour changer de sujet, déclara : « J’ai un peu les jambes engourdies. Est-ce que je peux prendre un tabouret pour m’asseoir ? »

Lu Ping hocha instinctivement la tête. « Bien sûr. »

Le silence retomba autour d’eux. Lu Ping tenta d’imaginer la scène où Yan Ren l’attacherait au lit. Serait-il ligoté de toutes parts et réduit en boule, ou bien attaché d’une autre manière ? Il avait beau trouver cela logique, quelque chose lui semblait tout de même un peu étrange.

Alors qu’il y réfléchissait, Yan Ren avait déjà déplacé un petit tabouret depuis le côté de la coiffeuse et s’était assis devant Lu Ping.

Il déclara : « Votre Majesté, faisons un marché. »

« Quel marché ? »

Yan Ren répondit : « Je me suis aperçu que voir ces vieux bonshommes ne pas pouvoir me supporter sans pour autant pouvoir faire quoi que ce soit contre moi, et se mettre à trépigner de colère, est plutôt amusant. Alors, pourquoi ne jouerions-nous pas cette comédie jusqu’au bout ? Faisons semblant que vous êtes réellement une marionnette sous mon contrôle. Je voudrais profiter de cette occasion pour enquêter de fond en comble sur l’affaire des vivres militaires. »

À la mention de l’affaire des vivres militaires, son regard s’assombrit nettement.

Lu Ping fronça les sourcils : « Le dossier concernant l’enquête sur les vivres militaires n’a toujours pas été ouvert par la Censure impériale et le Temple Dali ? »

Yan Ren ricana froidement : « Ils ne cessent de repousser l’affaire. Ils prétendent devoir préparer quelques hommes et ne commenceront l’enquête qu’après-demain. Moi, simple officier militaire sans fonction officielle, qui ne suis pas soumis à leur autorité, si je ne me montre pas suffisamment impitoyable et ne joue pas le rôle d’un ministre félon capable de tout contrôler d’une seule main, il se pourrait bien que cette affaire ne soit toujours pas examinée lorsque je serai enterré. »

Lu Ping se redressa et hocha la tête : « Très bien. Faisons ainsi. »

Yan Ren haussa un sourcil : « Vous acceptez aussi vite ? »

Lu Ping répondit avec sérieux : « Les vivres sont la force vitale d’une armée en campagne. Il ne faut absolument pas les traiter à la légère. Tant que nous pouvons découvrir qui cherche à entraver l’affaire, peu importe la manière. »

Yan Ren baissa les paupières, comme s’il se souvenait de quelque chose.

Mais il se reprit rapidement et demanda : « Alors, comme condition en échange, qu’aimeriez-vous que je fasse pour vous, Votre Majesté ? »

Puisqu’il s’agissait d’un marché, il fallait que chacun y trouve son compte. Pourtant, Lu Ping ne parvenait pas à trouver ce dont il pouvait bien avoir besoin. Il réfléchit, puis ses pensées s’arrêtèrent.

À bien y penser, s’il y avait réellement une chose qu’il ne pouvait accepter…

Lu Ping lâcha spontanément : « Si c’est possible, j’aimerais te demander de profiter de l’occasion pour enquêter également sur les derniers partisans de Lu Zhi qui ont participé à sa rébellion. »

L’affaire du coup d’État et de la rébellion de Lu Zhi avait en réalité été classée dès l’année précédente. Les trois organes judiciaires avaient enquêté et, parmi les personnes impliquées, certaines avaient été exécutées avec leurs proches, certaines décapitées et d’autres exilées. Aux yeux des étrangers, l’affaire était déjà définitivement réglée. Quant à Yan Ren, qui n’avait pas vécu ces événements, il ignorait encore davantage toute leur complexité.

Yan Ren demanda : « Cette affaire ne serait-elle donc pas aussi simple qu’elle n’en a l’air ? »

Lu Ping secoua la tête et baissa la voix : « Le Temple Dali a délibérément laissé l’enquête incomplète. Ils ont effacé les noms de certaines personnes plus importantes, les ont dissimulées sans les interroger ni les signaler. Il se pourrait bien que ce soient précisément les personnes qui étaient les plus proches de Lu Zhi à l’époque. » Il marqua une pause. Sans même s’en rendre compte, il serra le poing sous sa manche et dit entre ses dents : « Je veux extirper le mal jusqu’à ses racines et venger mon frère impérial. »

Yan Ren regarda Lu Ping et hocha la tête : « D’accord. Même si j’ignore combien de temps cela prendra, je vous aiderai certainement à mener cette affaire à bien. »

Sur ces mots, il se leva et se dirigea vers le paravent près de la porte. Il en saisit le bord d’une main et le tira brusquement. La lumière du soleil estival et la brise légère pénétrèrent soudain dans la pièce. À l’extérieur, Qiu Shui et Zhile observaient nerveusement l’intérieur en passant la tête, et ce ne fut qu’en voyant Lu Ping assis sur son lit, parfaitement indemne, qu’ils poussèrent un soupir de soulagement.

Yan Ren revint ensuite en déambulant tranquillement, comme s’il se promenait dans sa propre cour, puis demanda à voix basse : « Alors, Votre Majesté, puisque nous devons jouer cette comédie pour les autres, dois-je encore revenir ce soir ? »

Les lèvres de Lu Ping se relevèrent involontairement : « Oui. »

Sa voix était devenue beaucoup plus douce.

Yan Ren demanda encore : « Et demain soir aussi ? »

Lu Ping répondit : « Oui. »

Yan Ren poursuivit : « Et le soir suivant aussi ? »

Lu Ping hocha la tête en retenant un sourire.

Yan Ren pointa alors du doigt l’extérieur du palais et demanda : « Dans ce cas, Votre Majesté compte-t-elle encore me faire travailler à l’annotation de ces maudits livres jusqu’au milieu de la nuit ? »

Lu Ping rougit aussitôt : « Je ne le ferai plus, je ne le ferai plus ! Qiu Shui, emporte tous les textes anciens qui se trouvent dehors et ramène-les au pavillon Wenyuan ! »

Une voix répondit « Oui » puis l’on entendit à l’extérieur le bruissement des livres que l’on transportait.

Yan Ren sourit, joignit les mains devant lui et déclara : « Alors je ne dérangerai plus Votre Majesté pendant son repos de l’après-midi. Je reviendrai ce soir. »

Yan Ren sortit du palais Qianqiu. À l’extérieur, comme d’habitude, une rangée de gardes impériaux se tenait bien alignée. En les regardant un à un, il trouva leurs visages quelque peu familiers : ils avaient tous autrefois appartenu à son camp de Zhenbei.

« Bonjour, Grand Maréchal ! »

D’ordinaire, Yan Ren ne leur répondait même pas et passait devant eux sans leur accorder le moindre regard. Mais comme il était de bonne humeur aujourd’hui, il fit tranquillement quelques pas devant les rangs, choisit l’un des soldats et lui tapota l’épaule : « Vous avez bien travaillé. »

Puis il se retourna et s’en alla sans se retourner.

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Note de l’auteur

Ils se sont réconciliés, ils ne sont pas encore ensemble. Vous vous réjouissez trop tôt ! Je vais encore les laisser entretenir cette ambiguïté pendant dix chapitres !

 

Traduction: Darkia1030

Check: Hent_du

 

 

 

 

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