Political scheming - Chapitre 61 - CP secondaire (2)

Avertissement : pour public averti (description de rapport sexuel, toutefois peu descriptif)



« Je tiens beaucoup à ma vie. Je ne veux pas mourir » déclara Xu Yan.

« C’est pourquoi je ne peux absolument pas retourner à Qian’an. » Après ces mots, Xu Yan continua d’essuyer de la main l’humidité qui imprégnait les plis du pan inférieur de l’uniforme de Fu Yi, au niveau de sa taille et de son ventre.

Mais, malgré tous ses efforts, le tissu ne parvenait pas à sécher. Fu Yi lui saisit de nouveau le poignet et ricana : « En quoi cela me concerne-t-il ? Je ne fais qu’exécuter les ordres. » Pourtant, il ne le lâcha pas; au contraire, il resserra encore son étreinte, comme s’il voulait le broyer entre ses doigts. « Tu t’es rangé aux côtés d’un prince rebelle, provoquant la mort tragique de l’impératrice douairière et de l’ancien prince héritier. Même ta mort ne suffirait pas à expier tes crimes. »

Xu Yan fit comme s’il n’avait rien entendu et se rapprocha de lui en déplaçant son corps.

Dehors, un vent froid s’engouffrait par rafales et frappait sourdement, à intervalles réguliers, les vieilles fenêtres à treillis recouvertes de papier. Fu Yi sentit Xu Yan frissonner légèrement.

« Fu Yi, j’ai froid » se plaignit-il.

Fu Yi se raidit.

Cette impression de déjà-vu le rendit encore plus irritable, sans qu’il sût pourquoi.

Xu Yan ne l’enlaçait même pas et ne lui retenait pas le cou pour l’empêcher de partir. Il appuyait simplement son front contre son épaule, respirant doucement, comme s’il éprouvait un malaise qu’il peinait à supporter. Ses halètements répétés effleuraient le cœur de Fu Yi, tels les brins d’un roseau du début de l’automne qui le chatouillaient doucement de part et d’autre.

Son vêtement intérieur était si fin qu’il paraissait presque transparent sous la faible lumière de la lampe.

Fu Yi ne ressentait qu’une sécheresse insupportable dans la gorge. Sa pomme d’Adam remua lorsqu’il déclara : « Je ne me laisserai plus prendre à tes pièges. »

« Tu n’as pas bu d’alcool. Comment pourrais-tu te laisser piéger ? » répondit Xu Yan.

Il leva la tête pour regarder Fu Yi. Des traces d’eau subsistaient encore sur ses lèvres, où elles reflétaient la lumière des bougies. Elles étaient aussi envoûtantes qu’un ambre d’une beauté incomparable.

« Laisse-moi partir, veux-tu ? » murmura-t-il. « Je peux te donner tout ce que tu désires. »

Fu Yi fut bouleversé intérieurement, puis éclata de rire, avec une ironie mordante. « Tu crois que je suis encore celui que j’étais autrefois ? À présent, tu ne vaux plus un sou à mes yeux. Tu n’as plus qualité pour proposer de t’échanger contre quelque chose qui m’intéresse. »

« Je le sais. » Xu Yan acquiesça et se rapprocha encore de lui. « Mais j’ai froid. »

Son ton était si naturel et si calme qu’il semblait simplement énoncer un fait. Rien ne donnait l’impression qu’il cherchait à le séduire. Pourtant, ses paroles étaient devenues un parfum ensorcelant qui pénétrait directement dans l’oreille de Fu Yi.

‘Un seul baiser. Juste un baiser, ce n’est rien.’ pensa-t-il.

Après tout, l’autre était désormais un prisonnier à sa merci, il pouvait bien en faire ce qu’il voulait.

‘Oui, qu’y a-t-il de mal à l’embrasser une fois ?’

À peine cette pensée eut-elle traversé son esprit que Fu Yi cessa d’hésiter. Il leva la main, saisit le menton de Xu Yan et l’embrassa.

Sa prise était forte, comme s'il voulait lui broyer la mâchoire.

Les lèvres fines de Xu Yan conservaient la chaleur de l’eau chaude qu’il venait de boire. Lorsque Fu Yi eut entièrement effacé cette chaleur par ses baisers et sa langue, il ne resta qu’une fraîcheur pénétrante, mêlée à une respiration légèrement précipitée : fraîche et douce à la fois.

Le cœur de Fu Yi battait à tout rompre. Chaque battement semblait le pousser à libérer ses désirs. Xu Yan agrippa la ceinture de cuir autour de sa taille et prononça un seul mot : « Doucement… »

Le dernier fragment de raison qui lui restait finit par voler en éclats. En même temps que le désir, une tristesse inexplicable monta en lui.

‘Alors, c’est donc cela, la méthode que Xu Yan a trouvée ?’ pensa Fu Yi. ‘Eh bien, il a réussi.’

Fu Yi savait qu’il manquait cruellement de dignité, mais il l’accepta.

Il relâcha Xu Yan, descendit du lit et referma la porte de la chambre derrière lui. Lorsqu’il revint près du lit, il serra les dents. D’une main, il plaqua l’épaule de Xu Yan contre la couche, de l’autre, il lui saisit le visage, son pouce et son index enserrant sa mâchoire, le forçant à relever la tête et à le regarder de ses yeux où scintillaient les points lumineux des lampes.

« Xu Yan, souviens-toi bien d’une chose : c’est toi qui me supplies ! » lança-t-il durement.

Il serrait si fort que la voix de Xu Yan en devint indistincte. « Oui, je te supplie… »

Fu Yi se répéta que c’était Xu Yan qui le suppliait de lui accorder cette faveur et non lui qui la désirait. Il ne faisait qu’accepter à contrecœur.

À cette pensée, il eut un rire d’autodérision et répondit : « Très bien. »

Ses doigts descendirent le long du corps de Xu Yan et arrachèrent brutalement les liens de ses vêtements.

Fu Yi se souvint soudain de leur première rencontre.

Xu Yan estimait peut-être que leur première rencontre avait eu lieu au Collège impérial. Mais il ignorait que, plusieurs années auparavant déjà, Fu Yi avait gravé son visage dans sa mémoire.

Fu Yi avait oublié la date exacte. Il se souvenait seulement qu’il devait avoir une dizaine d’années. C’était probablement à la transition entre l’été et l’automne. Les rues et les grandes avenues de Qian’an étaient encore humides. Le carrosse de la famille Fu traversait la ville, dès que les passants apercevaient le caractère « Fu » inscrit sur la caisse du véhicule, ils s’écartaient aussitôt avec discernement.

Les jeunes Fu Yi et Fu Yu s’amusaient dans le vaste carrosse. Ils se préparaient à entrer au palais pour rendre visite à leur tante, qui était alors l’impératrice.

Mais un hennissement retentit soudain. Le carrosse s’immobilisa brusquement, tandis qu’au-dehors s’élevaient des cris et des réprimandes.

« Qui donc se précipite ainsi sans regarder où il va ? Faites attention à ne pas effrayer notre demoiselle et notre deuxième jeune maître ! »

Fu Yi souleva le rideau et aperçut justement la scène qui se déroulait devant lui.

Le carrosse s’était arrêté devant une pharmacie. Un domestique de sa famille réprimandait un jeune garçon, petit et chétif. Celui-ci tenait dans ses bras une pile de paquets de médicaments. Ses vêtements usés étaient maculés de boue après la pluie, il venait manifestement de tomber. Pourtant, il n’avait même pas le temps d’essuyer les salissures et protégeait encore étroitement les plantes médicinales qu’il tenait contre lui, malgré la douleur.

« Regarde donc où tu vas ! Sais-tu seulement à qui appartient ce carrosse ? »

Le jeune garçon semblait faire la sourde oreille aux paroles du domestique. Il lui lança un regard froid. Malgré sa silhouette frêle, ses yeux étaient pleins d’une fierté farouche. Le petit grain de beauté rouge au coin inférieur de son œil attirait tout particulièrement le regard.

Fu Yi fut captivé par son apparence. Il resta un moment à le contempler, comme hypnotisé, avant de rappeler le domestique à l’ordre. « Attends ! »

Il souleva aussitôt le rideau, sauta du carrosse et s’approcha du garçon pour lui demander : « Comment t’appelles-tu ? »

Le garçon fronça les sourcils. Son regard glissa de la coiffe ornée d’une houppe rouge sur la tête de Fu Yi jusqu’à l’ornement jinbu suspendu à sa ceinture (NT : pendentifs, souvent en jade ou en métal, auxquels peuvent être attachées des perles et des franges). Puis il détourna les yeux et s’écarta, comme s’il craignait que quelqu’un ne lui dérobe les médicaments qu’il tenait dans les bras.

Fu Yi resta interdit et s’approcha encore. « Tu… »

Cette fois, le garçon ne lui accorda plus un seul regard. Il se retourna et s’enfuit dans la foule dense et animée derrière lui. Malgré sa petite taille, il était rapide comme un lapin; en un clin d’œil, sa silhouette avait disparu.

« Hé ! » Fu Yi tenta de le rappeler, mais en vain.

Il aurait tant voulu connaître son nom, savoir où il habitait et s’il était esclave ou homme libre. À voir ses vêtements et son apparence, il ne devait certainement pas être riche. S’il était esclave, Fu Yi aurait pu le réclamer pour en faire son page. S’il était un homme libre, il aurait pu lui demander s’il souhaitait venir étudier et apprendre à lire avec lui dans la résidence des Fu.

Mais, en définitive, Fu Yi ne parvint pas à savoir son nom ni son nom de famille. Il ne put qu’espérer qu’au milieu de l’immense ville de Qian’an, ils auraient une seconde occasion de se rencontrer.

*

Les conditions de la station-relais étaient mauvaises. À l’origine, la chambre ne disposait que d’une natte de paille. Ce n’est qu’après l’arrivée soudaine de la pluie d’automne que l’aubergiste avait apporté une couche de literie supplémentaire. Elle était toutefois si mince que, même à genoux, on pouvait sentir la dureté de la planche sous le corps.

Mais cela n’empêchait nullement Fu Yi de vouloir dévorer sans la moindre pitié tout ce que Xu Yan pouvait lui offrir.

La pluie s’intensifia au-dehors. Son bruissement continu, shasha shasha, engloutissait les halètements et les gémissements, tantôt plus forts, tantôt plus faibles. Xu Yan avait les yeux à demi clos, emplis de larmes provoquées par l’intensité de ses sensations. Ses lèvres entrouvertes laissaient échapper des sons intermittents qu’il s’efforçait de contenir; chaque fois qu’ils menaçaient de lui échapper, ils étaient aussitôt étouffés.

Un peu plus tôt, il disait encore avoir froid. À présent, son front était couvert de fines perles de sueur et il n’avait plus l’occasion de se plaindre du froid.

Fu Yi maintint les deux jambes de Xu Yan écartées et se pencha vers lui pour demander : « Pourquoi ne cries-tu pas ? »

Il accentua encore ses mouvements et des larmes coulèrent des coins des yeux de Xu Yan.

« Est-ce parce que tu as peur que les gens de la chambre voisine t’entendent, hm ? Crie donc, Xu Yan. »

Mais Xu Yan ne poussa toujours aucun cri.

Il n’y eut que des halètements brisés et contenus, engloutis par le bruit de la pluie.

Quel que fût le nombre de fois où ils recommencèrent, aucun des deux ne prononça plus un mot, jusqu’à ce que la pluie d’automne cesse peu à peu.

‘Ce n’est qu’une transaction’ pensa Fu Yi.

Du moins, c’était ainsi que Xu Yan concevait les choses.

Au cours de la seconde moitié de la nuit, l’homme allongé sur le lit finit par sombrer dans un profond sommeil, sa respiration devenue régulière et profonde. Fu Yi tira la couverture pour l’en recouvrir, puis descendit seul du lit et se rhabilla. Il descendit ensuite ajouter de l’huile dans les lampes, avant de se rendre à la cuisine pour faire chauffer de l’eau.

Les soldats de l’armée de Shuofang qui montaient la garde à l’intérieur et à l’extérieur de la station-relais étaient toujours à leurs postes. Fu Yi les rappela tous pour qu’ils retournent dans leurs chambres se reposer. Il réveilla également la femme qui travaillait sous les ordres de Xu Yan, qui s’appelait Luo Yi et lui demanda de conduire la voiture sur la route de la station-relais jusqu’à ce qu’elle se soit éloignée d’un li.

L’eau fut bientôt chaude. Fu Yi retourna dans la chambre avec une bassine.

En silence, il essora un linge, s’assit au chevet du lit et essuya doucement le visage et le corps de Xu Yan, retirant la sueur poisseuse et les liquides humides qui y adhéraient encore. Xu Yan semblait si épuisé qu’il dormait toujours profondément et ne remarqua même pas que Fu Yi lui avait remis ses vêtements extérieurs.

Fu Yi recouvrit Xu Yan de sa propre cape et le souleva dans ses bras, à l’horizontale.

Xu Yan réagit enfin. Par réflexe, il fronça les sourcils et saisit la manche de Fu Yi, murmurant du fond de sa gorge : « Fu Yi… »

Fu Yi s’immobilisa.

Cependant, Xu Yan gardait les yeux fermés. Il se rendormit et sa respiration redevint régulière.

Fu Yi le porta dans les escaliers, traversa le tapis de feuilles mortes, humides et molles, puis sortit de la station-relais. Il prit la direction du sud et marcha en silence.

L’air de la route forestière déserte était chargé de l’humidité laissée par la pluie récente. L’homme dans ses bras dormait d’un sommeil agité et frissonnait souvent sans en avoir conscience. Fu Yi le serra plus étroitement contre lui.

À l’extrémité de la route forestière attendait une voiture qui patientait depuis longtemps.

Luo Yi ne s’attendait probablement pas à voir Xu Yan arriver dans les bras de quelqu’un. Horrifiée, elle sauta de la voiture et s’écria : « Qu’avez-vous fait à notre maître ? »

« Il n’a rien » répondit Fu Yi. À l’aide des pieds de Xu Yan, il écarta le rideau de la voiture et l’y déposa. Il retira ensuite le banc transversal, étendit sa cape sur le plancher et installa Xu Yan dessus, afin qu’il puisse s’allonger confortablement.

Luo Yi s’agita dans tous les sens pour l’aider, tout en éclairant le visage de Xu Yan avec une lanterne. Horrifiée, elle s’exclama : « Le visage de notre maître est si pâle, et vous prétendez qu’il n’a rien ? Qu’est-ce que vous lui avez fait, au juste ? »

À la faible lumière de la lanterne, le visage de Xu Yan était effectivement assez pâle. Ses lèvres portaient des croûtes de sang rouge vif et ses yeux restaient fermés. Il était impossible de dire s’il dormait ou s’il avait perdu connaissance.

« Taisez-vous » ordonna froidement Fu Yi. « Partez immédiatement vers le sud avec lui. Ne revenez jamais à Qian’an. Le plus vite possible. Ne me laissez pas le temps de changer d’avis. »

Luo Yi comprit qu’il valait mieux ne rien ajouter. Elle sauta aussitôt dans la voiture, saisit les rênes et lança d’une voix forte : « Hue ! »

La voiture s’éloigna lentement. Fu Yi se retourna et partit dans la direction opposée.

‘Ne reviens jamais à Qian’an.’

‘Ne nous revoyons plus jamais.’

 

Traduction: Darkia1030

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