Weird disciple - Chapitre 104 - La vallée

 

Xie Yi se leva et épousseta ses vêtements.

Sa ceinture lui serrait la taille, tandis que ses larges manches avaient cédé la place à des protège-bras. La deuxième couche, plus épaisse, s’arrêtait aux épaules, lui permettant de bouger librement. Débarrassé de ses robes excessivement amples, Xie Yi se sentait beaucoup plus à l’aise.

« Je pars donc chasser », déclara-t-il avec un large sourire laissant apparaître ses dents.

« Prends garde à toi, petit frère », lui recommanda Mingtian pour lui dire au revoir. « Ne te blesse pas et veille à bien manger. »

« Oui, oui. À bientôt. »

La bête poussa un petit hurlement d’adieu et regarda son compagnon s’éloigner. Puis elle s’étira avant de se mettre en route pour retrouver Xue Hua.

Pendant ce temps, Xie Yi prit la direction de la vallée. Son épée ne possédait pas la moindre trace de pouvoir spirituel et ne pouvait pas servir à voler ; il devait donc s’y rendre à pied.

Néanmoins, son habileté et sa puissance accéléraient considérablement son allure.

Lorsqu’il atteignit la vallée, une journée s’était écoulée et, une fois encore, l’obscurité descendait sur la forêt.

Xie Yi regarda autour de lui. Il était impossible de voir très loin : la végétation dense et le brouillard omniprésent limitaient son champ de vision. Des formations rocheuses surgissaient partout, rétrécissant les sentiers et donnant à l’ensemble du lieu l’impression d’être beaucoup plus exigu qu’il ne l’était réellement.

Le jeune homme pinça les lèvres et dégaina son épée tout en avançant, les sens en alerte.

Dans sa vie précédente, il avait détesté cet endroit parce qu’il n’y avait entendu aucune voix.

Le brouillard anormal était censé renforcer les démons intérieurs, donnant l’impression qu’ils vous parlaient. Le fait de n’avoir rien entendu l’avait mis mal à l’aise.

Maintenant qu’il entendait bel et bien une voix, il se demandait si c’était préférable.

« Tu peux te taire ? » se demanda-t-il à lui-même.

La voix éclata de rire. « Je n’en ai pas envie. Force-moi. »

Hum, il s’agissait bel et bien de son démon intérieur. Exactement comme celui qu’il avait été autrefois. Si l’on voulait faire taire quelqu’un, il fallait lui trancher les cordes vocales, sans quoi il ne se tairait jamais vraiment.

« Pourquoi ne pas rester ici ? C’est confortable. Personne ne te demandera quoi que ce soit. Tu pourras tuer des bêtes si tu en as envie, ou des cultivateurs s’il en passe par ici. Tu pourras manger tout ce que tu voudras. Organiser tes journées comme bon te semblera. Pourquoi ne pas rester ? »

Xie Yi continuait d’avancer, le regard tourné vers l’avant. Le sol était inégal et se fissurait sous ses pieds.

Il ne s’agissait pas de simples paroles. Elles tiraient sur son cœur, l’hypnotisaient, cherchaient à l’amadouer.

La proposition était effectivement tentante. C’était une goutte d’eau dans le désert.

« J’aime les plats épicés », dit-il soudain d’une voix égale. « J’aime ces morceaux de pâte sur des bâtonnets que Shi Yue me prépare toujours pour mon anniversaire. J’aime Xu Yan qui me court après comme une poule affolée protégeant ses poussins. J’aime Feng Yan qui me réprimande et me tire l’oreille.

« J’aime Li Mei qui me tapote les cheveux sans raison, Ying Hua qui se contente de rester tranquillement dans une pièce avec moi, Xue Hua qui s’inquiète pour ma santé, MingMing qui est toujours à mes côtés et le sourire de Shi Yue. J’aime me lever pour m’entraîner à l’épée, combattre les hommes de papier, dessiner des formations ridiculement simples et échouer dans les techniques spirituelles sans me faire réprimander pour autant. »

Il continua ainsi, encore et encore, sans que sa voix ne vacille une seule fois.

« La petite chambre que je partage avec Xu Yan. Le pavillon des quartiers supérieurs. La salle d’entraînement. Ces robes agaçantes, beaucoup trop amples. Les cours, les règles, l’agitation des disciples. Le réconfort que tout cela m’apporte. »

…

Un silence assourdissant s’installa, puis un minuscule soupir se fit entendre.

Lorsque le silence revint, ce n’était ni celui de sa vie précédente ni celui qui avait régné un instant plus tôt.

Xie Yi plissa les yeux. La tranquillité qui l’entourait apaisait ses oreilles.

« Voilà ma réponse », déclara-t-il tout de même. « Bien sûr, la secte est agaçante et certaines choses me manquent… Mais tout ce que j’y gagne en échange en vaut largement la peine. Je suis satisfait de ma vie. »

Il entendit un grognement sourd, puis la voix disparut de nouveau dans le silence pour un moment.

« Tu ne sais donc pas que tu es censé te laisser ébranler lorsque tu entends la voix de ton démon intérieur ? Fais au moins un petit effort pour lutter. »

« Pourquoi ? Je sais bien que ne devoir suivre aucune règle et pouvoir courir partout en tuant tout ce qui bouge constitue une manière facile de vivre. Je n’ai jamais eu à me demander ce que les autres pensaient. Je sais aussi que j’aime me battre et ressentir cette excitation. Et alors ? »

Celui qui avait autrefois été son propre démon décida de se renier complètement. Comme c’était intéressant.

Le silence se transforma en solitude. Xie Yi cligna des yeux. « Hein. Je pensais que rencontrer mon démon intérieur me poserait davantage de problèmes. »

À présent, il se demandait pourquoi les autres cultivateurs en étaient toujours si tourmentés. N’était-ce rien de plus que de résister à la tentation ?

Franchement, ces gens ne savaient vraiment pas apprécier ce qu’ils avaient dans leur vie s’ils se laissaient si facilement ébranler.

Aspirer à davantage était acceptable ; l’exiger menait à la destruction. Xie Yi avait appris à ses dépens qu’à force de vouloir en prendre toujours plus, on finissait tôt ou tard par comprendre qu’on ne pouvait pas tout assumer.

C’était pourquoi il préférait commencer modestement. Comme avec Huo Cheng, il voulait, pour le moment, découvrir les limites de ce qu’il était capable de supporter dans chaque domaine de sa vie.

Xie Yi laissa ses pensées vagabonder tout en observant les environs.

D’une certaine manière, il aimait se trouver dans la vallée. Il n’y avait pas de bruit et chaque recoin offrait la possibilité de se mettre à couvert et d’échapper aux regards. Le brouillard engloutissait les sons et donnait l’impression de marcher sur des nuages, malgré le froid glacial qui s’insinuait jusque dans les os. C’était comme se noyer dans une mer blanche et glacée.

Pendant un instant, il se raidit brusquement, puis se détendit de nouveau.

Bien qu’il fût presque aveuglé par le brouillard, il changea de direction et atteignit bientôt la paroi d’une falaise.

Dans un endroit pareil, on n’était jamais tout à fait seul. Mais, pour une fois, il y avait bel et bien quelqu’un à proximité. Une silhouette élancée était appuyée contre la pierre.

La jeune femme — ou plutôt la jeune fille ? — sursauta en le voyant et se redressa à moitié d’un bond. Son épée dégainée, les jambes fléchies en position de combat, elle le dévisagea avec méfiance.

« As-tu besoin d’aide ? » demanda Xie Yi, sans prêter attention à son comportement. Son regard s’attardait sur sa taille, où une tache rouge sang s’étalait. La blessure n’était pas mortelle, mais elle semblait douloureuse. La jeune femme portait une tenue adaptée à la chasse : un pantalon plutôt qu’une jupe, et ses cheveux étaient attachés en une queue-de-cheval serrée qui oscillait derrière son dos.

Elle le fixa, ses yeux nerveux parcourant son corps.

Xie Yi haussa les épaules, sortit de nulle part une pilule et la lui lança.

Par réflexe, elle la rattrapa. Ses yeux s’écarquillèrent. Le parfum prononcé des herbes, associé à la faible émission d’énergie spirituelle, suffisait à lui révéler ses propriétés.

Elle l’avala.

« Pourquoi aider une inconnue ? » demanda-t-elle, perplexe, tout en se détendant.

Xie Yi haussa de nouveau les épaules. « Mon maître dit que c’est une bonne chose. Je ne suis pas pressé. Cela ne m’a pas demandé beaucoup d’efforts. »

Un nouveau duel de regards s’engagea. La jeune femme savait plutôt bien soutenir un regard.

Elle expira par le nez et laissa échapper un petit rire. « Quel drôle de type. »

« Que fais-tu ici sans pilules ? »

« Je chasse », répondit-elle en s’adossant à la pierre avant de se laisser glisser jusqu’à s’asseoir. Son visage se crispa brièvement. « On ne m’en a pas donné. »

« C’est stupide », déclara Xie Yi en haussant un sourcil.

Elle ne portait pas la robe d’une secte ; elle appartenait donc probablement à une famille ordinaire et possédait simplement un talent pour la cultivation. Peut-être avait-elle appris par elle-même.

« Ta famille n’en possède-t-elle pas ? »

« Bien sûr que si », gronda-t-elle. « Mais ils refusent de partager. Mon père, surtout. Il donne tout à mon demi-frère. Et si je ne remplis pas le quota de chasse, je n’aurai rien à manger. Je crois qu’ils s’acharnent contre moi. »

« Des relations familiales difficiles ? » supposa Xie Yi.

Il avait désormais entendu parler assez souvent de ce genre de situation : des familles qui réservaient leurs ressources à certains enfants.

Elle hocha tristement la tête. « Honnêtement, si ce n’était pas pour cette petite fille qu’ils ont adoptée, je m’enfuirais. Mais elle est tellement mignonne. J’ai peur qu’elle soit la prochaine victime si je ne leur obéis pas. »

Puis elle s’interrompit et repoussa nerveusement ses cheveux noirs qui lui tombaient devant le visage. Elle se mordilla la lèvre.

« Qu’est-ce que je suis en train de faire ? » murmura-t-elle pour elle-même. « Désolée. Ne fais pas attention à moi. Je raconte n’importe quoi. Merci pour la pilule, je vais… partir maintenant. »

Elle eut du mal à se relever, puis se tourna vers la droite.

« Ce n’est pas par là », la corrigea précipitamment Xie Yi. « La sortie se trouve de l’autre côté. »

Son visage s’empourpra.

Mal à l’aise et affichant une expression douloureuse, elle s’inclina légèrement. « … Merci. Je te rendrai la pareille si nous nous rencontrons de nouveau. »

Xie Yi émit un petit son approbateur et la regarda s’éloigner.

Quelques pas à peine suffirent pour qu’elle disparaisse dans le brouillard blanc. Xie Yi inclina la tête.

Il avait mémorisé le petit insigne sur son revers, qui lui semblait vaguement familier. S’il le revoyait, il irait se renseigner sur sa famille. Quel genre de personnes pouvait se comporter ainsi ?

Elles méritaient d’être punies.

Ah. Il aurait pu lui demander son nom. Bah, il finirait bien par le découvrir un jour.

Satisfait de cette idée, Xie Yi reprit son chemin initial et avança péniblement à travers les murs de brume blanche. Au fil du temps, le sol sous ses pieds devint de plus en plus rocailleux.



Traduction: Darkia1030

 

 

 

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