Panguan - Chapitre 115 - Des temps immémoriaux

 

« Bonjour, bonhomme de neige. »

 

« Hmm… »

Au bord du bassin peu profond, au sommet du mont Songyun, Da Zhao était assise sur un socle de pierre arrondi, le menton posé dans la main, et poussa un long soupir.

« Ah… » Xiao Zhao, accroupie à côté d’elle, poussa à son tour un soupir.

Elle tenait un brin de roseau fin et allongé dont elle se servait pour taquiner la tête des petites tortues dans le bassin. Elle s’y prenait avec une grande intégrité : elle n’en taquinait qu’une seule et n’osait même pas toucher à l’autre.

« Arrêtez donc de soupirer ! Soupirer ainsi à longueur de matinée, dès le réveil, ce n’est pas de bon augure ! » lança Lao Mao, debout à côté d’elles, les manches rabattues sur les mains. Il les regardait de biais, tel un ancien d’une famille traditionnelle, soucieux des convenances.

« Tu appelles ça le matin ? » Da Zhao leva le visage vers le ciel et, contemplant le soleil qui approchait du zénith, contesta les paroles de Lao Mao.

« Exactement ! » renchérit Xiao Zhao. « Le soleil nous chauffe déjà le dos ! Comment peut-on encore parler du petit matin ? »

Elles se plaignaient, mais leurs voix restaient très basses, comme si elles craignaient de déranger quelqu’un. Elles ne pouvaient que se serrer les unes contre les autres pour chuchoter.

Lao Mao tourna la tête vers la maison, fit une moue et dit : « Eh bien, si la personne qui se trouve à l’intérieur affirme qu’il est encore tôt le matin, alors c’est tôt le matin. Si vous voulez le contredire, entrez donc le lui dire en face. »

« Pourtant, cela fait déjà combien de temps qu’il est levé ? Et il prétend encore que c’est le petit matin… » Da Zhao baissa docilement la tête, renifla et déclara : « C’est une dictature où une seule personne a le dernier mot. »

Xiao Zhao renchérit : « Il fait passer un cerf pour un cheval. »

Da Zhao ajouta : « Il inverse le noir et le blanc. »

Xiao Zhao conclut : « Un souverain tyrannique. »

Lao Mao : « … »

Si la personne à l’intérieur était un souverain tyrannique, alors, vu sa position, lui-même n’était autre que le grand eunuque qui attendait devant la porte.

« Allez donc vous faire voir ! » répliqua Lao Mao aux deux petites effrontées.

Il était rare de voir des marionnettes se comporter avec autant d’audace : elles se rassemblaient devant la porte de leur maître pour médire de lui, comme si celui-ci ne pouvait pas les entendre.

Elles profitaient simplement du tempérament divin de Chen Budao, qui ne prenait pas la peine de leur en tenir rigueur.

Parfois, Lao Mao avait même l’impression que Chen Budao ne les considérait pas vraiment comme des marionnettes. Mais ce n’était qu’une pensée qui lui traversait l’esprit de temps à autre. Que pouvaient-elles être d’autre, sinon des marionnettes ?

Il ne semblait pas exister d’autre référence à laquelle les comparer.

« Ne joue donc pas avec ça. Tu risques de provoquer un problème, alors que ces petites bêtes ont mis tant d’années à survivre jusqu’à aujourd’hui. » Lao Mao regarda le fin roseau que tenait Xiao Zhao, puis la petite tortue, avant d’ajouter malgré lui : « Et puis, es-tu certaine de bien les reconnaître ? Ne va pas taquiner la mauvaise ! »

À ces mots, la tige de roseau trembla dans la main de Xiao Zhao. Elle s’arrêta aussitôt et retourna avec précaution la petite tortue pour examiner son ventre.

Les étrangers ignoraient tous que, sur la carapace ventrale de ces deux petites tortues, les trésors du mont Songyun, des caractères y étaient inscrits. Ils avaient été tracés par un autre des grands trésors du mont Songyun, à l’époque…

Il était encore jeune alors, et son écriture n’avait pas la finesse acérée et élancée qu’elle aurait plus tard. Ses caractères étaient appliqués, mais conservaient une certaine gaucherie enfantine.

Lao Mao se souvenait encore du jour où Wen Shi avait profité de l’absence de Chen Budao, descendu de la montagne, pour repêcher l’une des petites tortues. Il l’avait posée sur le bureau, le ventre tourné vers le haut, puis, tenant son pinceau avec un respect solennel… avait inscrit le caractère « Chen » sur sa carapace ventrale.

Ensuite, avec ses yeux noirs comme de l’encre, il avait silencieusement menacé Lao Mao de ne rien raconter.

Ce fut à cette occasion que Lao Mao comprit profondément que cette petite boule de neige taciturne savait aussi faire des bêtises. Il s’agissait de ces mauvais coups que l’on ne voyait pas venir et qu’il réservait exclusivement à Chen Budao.

Lao Mao se souvenait également très clairement de l’issue de cette affaire de petite tortue…

Lorsque Chen Budao était revenu au mont Songyun, il avait découvert dès le jour même le caractère inscrit sur le ventre de la petite tortue.

Pourtant, il ne s’était pas fâché. Il s’était contenté de s’appuyer contre la porte pour regarder son jeune disciple s’entraîner. Une fois l’exercice terminé, il lui avait fait signe d’approcher et l’avait appelé dans la pièce.

Il avait attrapé l’autre petite tortue, l’avait retournée et déposée sur le bureau, puis avait pris un pinceau et l’avait trempé dans l’encre. Saisissant la main de Wen Shi, il lui avait appris, en guidant sa main trait pour trait — autrement dit, en le contraignant — à inscrire le caractère « Shi » sur la carapace ventrale de la tortue.

Wen Shi s’était ensuite renfermé sur lui-même pendant deux jours.

Lao Mao soupira intérieurement. Plus de mille ans s’étaient écoulés. Les nuages blancs s’étaient transformés en chiens gris (NT : idiome évoquant les changements incessants du monde et le passage du temps), les choses avaient changé et les gens n’étaient plus les mêmes. Et voilà que le grand trésor d’autrefois dormait à présent dans le lit de Chen Budao.

Lao Mao tourna de nouveau silencieusement la tête vers la maison et y jeta un regard.

En tant que Dapeng aux ailes dorées créé par Chen Budao de ses propres mains, et qui avait vu Wen Shi grandir au fil des années, il avait le cœur chargé de vicissitudes et se trouvait submergé par des sentiments complexes. Ces sentiments pouvaient se résumer ainsi : la paume et le dos de la main sont faits de la même chair. Il ne savait plus, pour le moment, lequel des deux avait séduit l’autre.

Xiao Zhao vérifia que le caractère inscrit sur le ventre de la petite tortue était bien « Shi », puis poussa un long soupir de soulagement. Elle la remit dans le bassin et lui caressa doucement la tête avec la tige de roseau en disant : « Le soleil est déjà haut dans le ciel, réveille-toi donc ! »

« Nous avons préparé plein de bonnes choses à manger. Tu n’as pas faim ? » ajouta Da Zhao.

« Nous avons fait chauffer l’eau quatre fois. Tu ne veux pas prendre un bain ? »

« Et si, après le bain, il se rendormait ? »

« … Ah. »

Le visage de Lao Mao prit des teintes diverses en entendant leur conversation. Il ne put vraiment pas se retenir : il se rapprocha de la fenêtre et passa lentement la tête à l’intérieur.

Dans la pièce, Chen Budao était accoudé au bureau et feuilletait un vieux recueil. Wen Shi, la tête posée sur ses jambes, dormait encore, recroquevillé sur le côté.

Lao Mao venait à peine de jeter un coup d’œil qu’il vit Chen Budao lever les yeux de son livre et poser l’index sur ses lèvres.

Lao Mao se hâta de retirer la tête et de retourner se cacher dans un coin du mur.

« Est-il réveillé ? » demanda Da Zhao, les yeux en amande brillants d’espoir.

« Est-ce qu’on va bientôt manger ? » Xiao Zhao retrouva elle aussi toute son énergie.

« Non. Il nous a demandé de nous taire. » répondit Lao Mao.

Or, à peine eut-il fini de parler que la personne allongée sur le lit bougea.

Wen Shi n’avait pas connu un sommeil aussi paisible depuis très longtemps.

Lorsqu’il était enfant, il n’osait pas dormir trop longtemps à cause des liens karmiques qui l’entravaient. En grandissant, il avait eu l’esprit trop préoccupé pour trouver un sommeil réparateur. Plus tard, après avoir perdu son âme spirituelle et ses souvenirs, même ses rêves étaient devenus vides et désolés. Il lui arrivait parfois de voir surgir quelques fragments épars de son passé, mais, à son réveil, il souffrait de maux de tête pendant plusieurs jours d’affilée.

Il n’avait jamais nourri de grandes attentes à l’égard du sommeil et ne le considérait pas non plus comme un moment de détente. Pour lui, dormir était simplement une nécessité à laquelle il ne pouvait se soustraire. Il lui arrivait de passer une nuit entière dans un état de somnolence, allongé dans son lit, sans que cela vaille le bref somme léger et décousu qu’il pratiquait autrefois entre deux parties de go.

C’était la première fois depuis qu’il avait des souvenirs qu’il dormait une nuit entière sans le moindre fardeau ni la moindre préoccupation.

Lorsqu’il ouvrit les yeux, le jour était déjà bien avancé.

Au début, il eut du mal à s’habituer à cette luminosité. Il garda les yeux à demi fermés, tandis que la lumière s’infiltrait peu à peu entre ses cils. C’était un processus lent et apaisant. Pour une fois, il éprouva même l’envie rare de rester encore un peu au lit.

Jusqu’à ce qu’il entende des voix indistinctes à l’extérieur de la pièce.

Il leva le coude pour se couvrir les yeux, mais heurta le corps d’une autre personne. Et ce n’était pas tout : la sensation de l’oreiller lui paraissait également étrange…

Ce n’était pas vraiment la sensation d’un oreiller.

Wen Shi : « … »

Une seconde plus tôt, il était encore dans le brouillard; la seconde suivante, il était parfaitement réveillé. Il ouvrit brusquement les yeux et entendit la voix de Chen Budao s’élever au-dessus de lui : « Ils t’ont réveillé ? »

Wen Shi le regarda, hébété.

C’était la première fois qu’il ouvrait les yeux pour découvrir Chen Budao sous un tel angle. Il lui fallut un instant pour comprendre ce qu’il voyait.

« As-tu assez dormi ? Les cernes sous tes yeux n’ont pourtant pas beaucoup pâli. » Chen Budao baissa la tête et effleura la peau sous ses yeux. Puis, avec un sérieux parfaitement feint, il examina son propre pouce, comme si les légères traces sombres avaient pu y déteindre.

À moitié réticent à quitter le lit, à moitié désireux de se cacher, Wen Shi tourna légèrement le visage vers l’intérieur et effleura les pans de la robe de Chen Budao, empilés autour de sa taille. Ce n’est qu’alors qu’il comprit dans quelle position il avait dormi.

« Je… » Il prit appui sur le bord de la couchette pour se relever, mais, lorsque sa taille se tendit jusqu’à un certain point, son corps se raidit de manière très visible.

« Tu souffres beaucoup ? » Chen Budao posa son livre sur le côté et tendit la main vers lui.

La paume de Chen Budao était à une température idéale. Lorsqu’il la posa sur les muscles tendus de Wen Shi, elle apaisa la douleur sourde qui venait brusquement de se manifester. Mais, à cet instant, la robe de Wen Shi n’était pas nouée et s’ouvrit légèrement; la main de Chen Budao se retrouva directement sous le tissu…

Du point de vue de Wen Shi, il était difficile de ne pas faire le rapprochement avec la scène de la veille.

Il saisit brusquement le poignet de Chen Budao et dit : « Ça suffit. »

« Vraiment ? »

« Oui. »

Chen Budao observa ses yeux, puis son regard glissa vers sa main et ses lèvres pincées. Soudain, il laissa échapper un petit rire et dit : « Maintenant que la lumière du jour est là, tu commences à avoir honte ? »

Wen Shi : « … »

‘Honte de quoi ?’

‘Pas du tout.’

‘Tu te fais des idées.’

‘Pourquoi aurais-je honte ?’

L’ancêtre des maîtres des marionnettes fronça légèrement les sourcils. Son expression était glaciale et grave, comme s’il interdisait à quiconque, familier ou non — surtout à Chen Budao — de s’approcher. Tout en supportant certaines sensations étranges qu’il lui était impossible d’exprimer, il tenta de quitter le lit pour s’éloigner de cette scène.

Mais, dès qu’il bougea, il sentit quelque chose tirer sur lui.

Perplexe, Wen Shi regarda d’abord sa propre main. Une partie des fils de marionnette s’enroulait encore autour de ses doigts… Ils étaient simplement dans un désordre indescriptible, manifestement manipulés et tirés dans tous les sens à de nombreuses reprises.

Chacun d’eux était déployé sur une grande longueur. Ils serpentaient et s’entremêlaient avant de disparaître dans les vêtements étalés sur le lit.

Wen Shi tira sur l’ourlet de sa robe. Il découvrit alors que certains fils s’enroulaient autour de sa taille, les parties les plus lâches descendant presque jusqu’à ses hanches. D’autres contournaient ses jambes, et leurs extrémités s’emmêlaient en désordre autour de ses chevilles.

Or, au moment où son regard se posa sur ses chevilles, il aperçut fortuitement une tache sombre près du bord du lit. Une légère odeur de bambou s’en dégageait. Il devait s’agir de l’huile médicinale renversée la veille au soir, qui s’était écoulée par les petits trous du tube de bambou…

Wen Shi : « … »

Le spectacle était un véritable désastre et son visage n’était pas dans un meilleur état.

Bien qu’il n’ait pas prononcé un seul mot, son expression afficha clairement une question : ‘Pourquoi mes fils de marionnette sont-ils enroulés autour de moi ? Alors que je…’

« C’est vrai. » dit Chen Budao.

Il venait justement de saisir un fil entre ses doigts et de l’enrouler autour de ceux-ci. Il avait ainsi parfaitement entendu toutes les interrogations du maître des marionnettes de premier rang.

Il souleva le fil et le présenta à Wen Shi. Avec un sourire qui n’en était pas tout à fait un, il dit : « Pourquoi ne lui demandes-tu pas pourquoi, au moment crucial, il s’est montré si désobéissant ? Après toutes ces années, il n’a toujours pas appris à se tenir tranquille. »

Wen Shi : « … »

Ces paroles firent remonter quelques souvenirs.

À l’époque où Wen Shi venait tout juste de commencer à apprendre l’art des marionnettes, il ne se liait pas aux autres et refusait même de se rendre à mi-pente de la montagne pour s’entraîner. Il ne prenait que Chen Budao pour cible. Dès qu’il en avait l’occasion, il lui lançait ses fils de marionnette : au début, il les projetait tout droit, sans finesse; par la suite, il avait appris à attaquer par surprise.

Malheureusement, il n’en avait jamais tiré le moindre avantage.

Chaque fois qu’il lançait ses fils, alors qu’ils étaient sur le point d’atteindre Chen Budao, celui-ci tendait la main pour les attraper. Tout en le réprimandant en riant, il lui lançait: « Tu te rebelles, maintenant ? » Il se servait des fils pour tirer Wen Shi vers lui, puis l’enroulait de plusieurs tours, comme un zongzi (NT : gâteau de riz gluant enveloppé dans des feuilles), allant jusqu’à nouer exprès un joli nœud en forme de papillon.

Ensuite, Wen Shi devait lutter contre ses propres fils de marionnette.

Lorsqu’il était enfant, il lui fallait plusieurs heures pour les démêler. Une fois qu’il avait terminé, son visage était rouge de colère et il était couvert de sueur. Malgré cela, il ne retenait pas la leçon : quelques jours plus tard, il recommençait.

Il essuyait défaite après défaite, puis repartait à l’assaut après chaque échec.

Et il avait continué jusqu’à aujourd’hui.

« Quand tu étais petit, je pouvais encore mettre cela sur le compte de ton caractère obstiné » murmura Chen Budao en déposant le fil de marionnette dans sa main. « Mais maintenant que tu as grandi, tu le fais exprès, n’est-ce pas ? »

Wen Shi replia légèrement la jambe, et sa cheville, toujours emmêlée dans les fils de marionnette, disparut sous sa robe.

« … Non. » Il passa la langue sur sa lèvre inférieure desséchée, sans lever les yeux.

À l’extérieur, Lao Mao attendait depuis longtemps d’entendre le moindre bruit. Estimant qu’il pouvait enfin parler, il frappa à la porte et s’apprêta à entrer. « Da Zhao et Xiao Zhao ont fait chauffer de l’eau. Alors, si vous… »

« N’ouvre pas la porte. »

Wen Shi eut instinctivement le sentiment que ce désordre sur le lit ne devait être vu par personne. Il bougea les doigts et, dans un fracas retentissant, la porte, qui venait à peine de s’entrouvrir, se referma violemment.

Lao Mao reçut le battant en pleine figure. Furieux, il battit des ailes et s’enfuit.

Wen Shi n’avait pas le temps de se préoccuper de ce vacarme. Il replia une articulation de ses doigts, et tous les fils de marionnette emmêlés se rétractèrent aussitôt. Ils s’enroulèrent docilement à la base de ses doigts, sans laisser deviner le moins du monde dans quel état ils se trouvaient auparavant.

Il remit ensuite sa longue robe et la noua correctement, essuya les traces d’huile médicinale, puis attacha soigneusement ses cheveux. En un instant, tout fut remis en ordre. Il était presque impossible de deviner ce qui s’était passé dans cette pièce la nuit précédente.

Si l’on disait « presque », c’était parce qu’au moment où il descendit du lit et s’apprêtait à sortir, son regard effleura par inadvertance une marque rouge sur le côté du cou de Chen Budao, à un endroit que son col ne pouvait dissimuler.

C’était lui qui l’avait mordillé la veille au soir, alors qu’il était au comble de l’impatience et du désir.

Wen Shi : « … »

Il lâcha précipitamment : « Je vais faire ma toilette » puis s’empressa de partir.

Mais il n’avait pas fait deux pas qu’une main lui tapota l’épaule. « Attends un instant. »

Wen Shi se retourna. Chen Budao baissa la tête et déposa un baiser au coin de ses lèvres, puis dit en souriant : « Bonjour, Bonhomme de neige. »

*

Lao Mao venait de voler deux tours pour évacuer sa colère. À peine avait-il retrouvé le sol qu’il vit la porte de la chambre de Chen Budao s’ouvrir de l’intérieur. Une silhouette blanche, la taille ceinte d’une bande bleue, s’élança hors de la pièce.

Ses longs cheveux étaient attachés très haut, et sa silhouette se tenait droite, les épaules et le dos bien alignés. Son visage n’exprimait pas grand-chose. Lorsqu’il passa près des autres, le vent souleva l’ourlet de sa robe blanche, qui flottait autour de lui comme un nuage errant contournant la montagne.

En passant devant le groupe, il ralentit un instant et dit d’une voix grave : « Bonjour. » Puis il s’enfonça dans la pinède verdoyante et dévala le sentier de montagne.

Chen Budao apparut ensuite sur le seuil. Vêtu d’une robe d’extérieur rouge, il s’appuya nonchalamment contre l’encadrement de la porte. Il leva la main pour se protéger d’un soleil dont les rayons n’avaient pourtant rien d’agressif, puis regarda en souriant la silhouette blanche contourner la paroi rocheuse.

Il se tourna vers Lao Mao, Da Zhao et Xiao Zhao et leur dit : « Bonjour. »

À cet instant, Lao Mao fut saisi d’une étrange impression.

C’était comme si les mers turquoises étaient devenues des champs de mûriers, comme si les êtres s’en étaient allés tandis que demeuraient les choses. Pourtant, les pins verdoyants et les nuages errants de cette montagne étaient toujours ceux d’autrefois.

Éternels et immuables, ils n’avaient pas changé depuis des temps immémoriaux.

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Notes du traducteur :

Mûriers et océans : allusion au mythe de la déesse taoïste Magu, déesse de la longévité, qui aurait vu la mer se transformer trois fois en champs de mûriers et vice-versa. C'est l'image de l'immensité du temps cosmique.

Pins et nuages: dans la tradition chinoise, le pin est le symbole de la constance et de la longévité; les nuages qui errent, celui de l'insouciance éternelle de la nature.

Le monde humain s'use et se transforme mais la nature, elle, est détachée, sereine, et inchangée. Le contraste entre la fragilité des hommes et la constance des montagnes est un grand classique de la poésie chinoise.

 

Traduction: Darkia1030

Check: Hent-du

 

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